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Taillon à la tête d'un parti déchiré

Il est élu par un cheveu chef de l'ADQ

Robert Dutrisac   19 octobre 2009  Québec
Québec — C'est par un cheveu que Gilles Taillon a été élu, hier, chef de l'Action démocratique du Québec, un résultat déchirant pour un parti en reconstruction. Une seule voix a départagé le sexagénaire de son rival, Éric Caire, au deuxième tour de scrutin, après le retrait du troisième candidat, Christian Lévesque. À l'issue d'un vote téléphonique où l'électeur adéquiste exprimait à la fois son premier choix et un deuxième choix dans l'éventualité où son favori serait éliminé au premier tour, Gilles Taillon a obtenu 1957 voix contre 1955 pour Éric Caire — 50,03 % contre 49,97 % des voix —, soit deux votes de plus en faveur du vainqueur.

C'est un résultat d'autant plus serré qu'en cas d'égalité entre MM. Taillon et Caire (un seul vote de moins pour le premier et donc un de plus pour le deuxième), la victoire revenait au candidat qui menait au premier tour, en vertu du règlement du parti. Or, Éric Caire avait obtenu 41 % des votes au premier tour contre 40 % pour Gilles Taillon, selon les résultats transmis à M. Caire par le président de l'élection, Pierre-Éloi Talbot. Ce dernier a refusé, hier, de confirmer cette information qui sera rendue publique dans son rapport électoral, le mois prochain.

Un total de 3912 membres ont voté alors que 13 660 adéquistes avaient le droit de vote; un peu moins de 29 % des membres en règle ont pris la peine de composer le numéro pour voter. À titre de comparaison, 104 000 membres du Parti québécois sur une possibilité de 140 000, soit 74 %, avaient participé au scrutin téléphonique, semblable à celui de l'ADQ, qui avait fait élire André Boisclair.

Gilles Taillon est donc devenu le troisième chef de l'ADQ en 15 ans, après Jean Allaire, qui n'avait occupé cette fonction que quelques semaines en 1994, et Mario Dumont.

« C'est presque une égalité », a reconnu Gilles Taillon dans un bref discours victorieux devant quelque 400 militants. « Vous aurez compris que cette victoire, je l'accepte avec d'autant plus d'humilité que la course a été exceptionnellement serrée », a-t-il dit. Le nouveau chef s'est engagé à travailler en équipe et à exercer « un leadership encore plus coopératif ».

Les trois candidats s'étaient entendus avant que le résultat ne leur soit communiqué: ils se rallieraient quelle qu'en soit la teneur. C'est ce qu'Éric Caire a fait, tout comme Christian Lévesque. Il est à espérer qu'une fraude, même de faible ampleur, ou une erreur humaine, ne vienne remettre en cause ce résultat qui ne tient qu'à un fil.

La victoire de Gilles Taillon a suscité du mécontentement et entraîné des départs. L'ancienne députée de Charlesbourg, Catherine Morissette, qui avait rallié récemment le camp d'Éric Caire, a indiqué qu'elle quittait le parti. « Ça met fin à ma carrière politique », a dit cette adéquiste qui tient un blogue politique. « Je n'ai pas ma place dans un parti avec Gilles Taillon. » Un autre partisan de M. Caire, l'ancien député de Berthier, François Benjamin, ne cachait pas son dépit. « Je ne me reconnais pas dans Gilles Taillon », a-t-il dit. « Je vais questionner mon membership. »

De plus, le blogueur adéquiste Pierre Morin, lié au député de Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, du camp d'Éric Caire, refuse de travailler pour un parti dirigé par Gilles Taillon. « Ce leadership s'appui [sic] sur du vent », écrit-il sur Bleu Québec. « Ce n'est pas une belle victoire que celle de Gilles Taillon, elle n'est pas rassembleuse et elle ne freinera pas la lente agonie de ce parti qui laissera la droite québécoise aphone. »

L'ancien député de Chambly, Richard Merlini, qui a présidé la campagne d'Éric Caire, ne claque pas la porte du parti mais il veut « prendre du recul ». Il voit mal comment ce chef non élu pourra diriger l'ADQ.

Dans le camp de Gilles Taillon, on cite les exemples de René Lévesque, de Robert Bourassa et de Jacques Parizeau, qui ont mené les destinées de leur parti sans être députés. Rester à l'écart de l'Assemblée nationale pour une période un an et demi permettra au nouveau chef de mieux se consacrer à la reconstruction du parti, croit Gilles Taillon. Mais s'il y avait une élection partielle dans une circonscription à proximité de son lieu de résidence, à Gatineau, il se laisserait tenter. « Argenteuil, c'est un bien beau comté », a lancé le chef adéquiste. Il faudrait toutefois que l'actuel député libéral, David Whissell, tire sa révérence et que « M. Charest ait l'amabilité de ne pas présenter de candidat contre moi », comme il l'a fait pour Pauline Marois dans Charlevoix, a-t-il évoqué. À sa face même, cette possibilité apparaît comme des plus improbables.

À court terme, le nouveau chef devra désigner un nouveau leader parlementaire, ce qu'il fera la semaine prochaine, après avoir consulté son caucus.

En raison du résultat de cette course que Gilles Taillon a qualifiée hier d'« hollywoodienne », Janvier Grondin apparaît comme le véritable « kingmaker » de cette élection. Mercredi dernier, le député de Beauce-Nord accordait un appui conditionnel à Gilles Taillon, un geste qui, en rétrospective, a fait pencher la balance. M. Grondin, qui avait fait pression en vain sur le député de Chauveau, Gérard Deltell, pour qu'il se présente à la direction de l'ADQ, voit dans Gilles Taillon un chef en sursis dont l'avenir dépend de la fortune du parti à court terme. « Tous les chefs sont de transition quand on est dans la cave », a confié Janvier Grondin au Devoir.

*****

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
 
 
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  • Robert Henri
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 07h23
    Bravo!
    Presque pas de membres qui votent. Deux vois de différence. Des rats qui quittent le navire. Bravo! Il ne reste que peu de temps avant que ce parti nuisible et inutile disparaisse.

    Un parti qui ne fait que réagir, sans plan, sans programme porteur d'espoirs, ça ne peut pas aller plus loin.

    L'ADQ est moribond. Bravo!

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 08h15
    Taillon remplace Dumont dans le parti de bouffons
    Un parti de 3000 membres! Exit la droite.

    Rodrigue Tremblay
    Ville de Québec

  • Bernard Gervais
    Abonné
    lundi 19 octobre 2009 10h18
    L'ADQ n'avait pas besoin de ça !
    Comme si la déroute aux élections décembre, puis la démission de Mario Dumont ne suffisaient pas, voilà que l'ADQ se retrouve avec un nouveau chef qui ne l'a remporté que par 2 voix.

    Pire, seulement 30 % des membres de ce parti se sont donné la peine de voter !

    Pas de doute, l'ADQ, dont la cote de popularité n'est actuellement pas mieux que celle de QS, n'a pas encore terminé sa traversée du désert !

    Dire qu'il y a 2 ans cette formation politique a failli être portée au pouvoir !

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 10h20
    Le futur
    Le futur, nul ne le connaît avec exactitude même si ce parti, pas trop bien parti, a besoin de vitamines et son nouveau chef, de soins médicaux importants.

    L'énorme trou dans les finances provinciales pourrait aider l'ADQ si le PLQ et le PQ ne promettaient pas de mettre fin aux énormes déficits provinciaux prévus, à l'occasion de la prochaine campagne électorale provinciale.

    Il y a un bout à se devoir le Québécois.

  • Paul Rodgers
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 11h29
    Taillon le Rodrigue Biron de L'ADQ
    L'ADQ en est rendu là ou en était l'Union Nationale avec Rodrigue Biron comme dernier « cheuf »... Le mandat de Gilles Taillon débranchera le moribond du respirateur artificiel...

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 12h11
    Ex-membres ou abstentionnistes ?
    Probablement que le 70 % de membres qui n'ont pas voté, n'étaient plus en règle, avec des cartes échues...genre.

    Des membres qui ne votent pas ou des membres qui ne renouvellent pas leurs cartes, du pareil au même.

  • Claude Tardif
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 13h00
    Le vote préférentiel
    Le vote préférentiel a fait une différence: Les membres de l'ADQ donnaient leur premier et leur deuxième choix, plutôt que seulement leur premier choix comme avec le vote unique non-transférable. C'est ce qui a permis l'élection de Taillon sur Caire, qui menait au premier tour. C'est comme la dernière élection présidentielle au Ghana (John Atta Mills élu bien qu'il ne menait pas au premier tour), et la dernière élection à la mairie de Burlington (Bob Kiss ne menait pas au premier tour). Au Canada, le vote préférentiel aurait changé la donne aux dernières élections municipales à Kingston, en particulier, mais les journaux ne parlent jamais du rôle du système électoral. En particulier, la Déclaration des Droits des Électeurs de Représentation équitable au Canada (http://www.fairvote.ca/fr/frontpage) est passée sous silence.

  • Bernard Gervais
    Abonné
    lundi 19 octobre 2009 13h33
    Comment M. Taillon parviendra-t-il à imposer son autorité ?
    M. Taillon ne l'a remporté que par deux petites voix. Comment, dans ces conditions, parviendra-t-il à s'imposer vraiment comme nouveau chef de l'ADQ ? De plus, il ne siège plus à l'Assemblée nationale, ce qui sera loin de lui faciliter la tâche...

    Oubli de mots (première phrase de mon premier envoi) : ...déroute aux élections de décembre 2008...

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