vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 00h28
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La bouillie

Michel David   3 octobre 2009  Québec
Malgré de brillantes exceptions, comme François Legault, on évoque souvent les difficultés qu'éprouvent les gens d'affaires à se plier aux exigences de la politique, mais ils ne sont pas les seuls. Pour les universitaires, l'adaptation n'est pas toujours plus facile.

En préface à l'ouvrage du grand sociologue allemand Max Weber, Le Savant et le Politique, Raymond Aron expliquait le problème de la façon suivante: « La vocation de la science est inconditionnellement la vérité. Le métier de politicien ne tolère pas toujours qu'on la dise. »

Pour certains à l'esprit plus souple, comme Pierre Elliott Trudeau, cela ne posait pas de difficulté. D'autres, comme André Raynaud, pourtant un brillant économiste, ont été incapables de faire la transition.

Le nouveau député péquiste de Rousseau, Nicolas Marceau, a appris dès le jour de son assermentation que la franchise et la politique ne font pas nécessairement bon ménage. Pauline Marois l'a rabroué le plus gentiment possible, mais il n'a pas fini d'entendre le premier ministre Charest le prendre à témoin de la nécessité de réviser à la hausse la tarification des services publics, en particulier les tarifs d'électricité.

Lors d'une interpellation sur les finances publiques à l'Assemblée nationale hier matin, le ministre des Finances, Raymond Bachand, s'est empressé de le féliciter de son franc-parler et de sa bonne foi, lui souhaitant malicieusement de pouvoir conserver sa liberté de parole.

M. Marceau a cependant démontré qu'il pouvait apprendre. Ce qui lui semblait jusqu'à présent une « voie intéressante » pour résoudre l'équation budgétaire est maintenant une autre façon de « piger dans la poche des contribuables ».

***

Cela dit, l'ancien professeur d'économie à l'UQAM n'est pas le premier universitaire recyclé en politique à devoir vivre avec ses prises de position antérieures. Tout juste avant de se joindre à l'équipe de Jean Charest, en 1998, Benoît Pelletier, qui enseignait à l'Université d'Ottawa, écrivait: « La volonté politique d'aboutir à une quelconque réforme constitutionnelle qui satisferait en partie le Québec semble plus que jamais faire défaut. Et ce, tant au niveau de l'ordre central qu'au niveau des provinces majoritairement anglophones du pays. »

Cela n'a pas empêché M. Pelletier de pondre une politique constitutionnelle qui reposait entièrement sur une éventuelle ouverture du Canada anglais et de la défendre pendant des années en disant que le fruit n'était simplement pas mûr.

M. Marceau peut donc légitimement viser une belle carrière ministérielle.

Raymond Bachand, lui, n'a pas l'excuse de l'inexpérience. Même si, en son for intérieur, le ministre des Finances estime définitivement perdus les milliards que le Québec est en droit de réclamer d'Ottawa, il était choquant de l'entendre qualifier ces demandes de « bouillie pour les chats ». M. Pelletier ne se faisait peut-être pas plus d'illusions, mais il avait au moins le mérite d'essayer.

En toute justice, M. Bachand semble prendre au sérieux la compensation que le Québec devrait recevoir pour l'harmonisation de la TVQ avec la TPS fédérale, soit 2,6 milliards, mais la liste des revendications que Monique Jérôme-Forget avait annexée à son dernier discours sur le budget était beaucoup plus longue.

Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Claude Béchard, n'a pas dû apprécier beaucoup les propos de son collègue. Lors de sa prochaine visite à Ottawa, il risque d'être accueilli avec un sourire moqueur: « Allons, cher ami, soyons sérieux. Votre propre ministre des Finances dit que c'est de la bouillie pour les chats. »

***

En réalité, s'il y a de la bouillie quelque part, ce n'est pas là où la voit M. Bachand. De plus en plus, la grande consultation sur les finances publiques annoncée pour le début de l'an prochain apparaît comme une simple opération de relations publiques qui viendra confirmer une décision déjà prise.

Il est vrai qu'il est plus facile de plumer le contribuable québécois que de forcer la main du gouvernement fédéral et qu'une hausse de la tarification semble être devenue un passage obligé.

Il n'est cependant pas interdit de mâcher de la gomme en marchant. À entendre le premier ministre Charest se féliciter de l'entente fédérale-provinciale sur la santé de 2004 et de la hausse de la péréquation de 2007, en omettant de dire que la formule de calcul a été révisée au détriment du Québec depuis, on a l'impression qu'il considère le problème du déséquilibre comme réglé.

La position de Pauline Marois sur la question des tarifs n'est pas tellement plus convaincante. Soit, il est normal que l'opposition s'oppose, mais l'inversion des rôles au cours de la dernière année a de quoi laisser perplexe.

Quand le rapport Montmarquette a été rendu public, en avril 2008, Mme Marois l'avait fort bien accueilli, alors que Monique Jérôme-Forget, qui l'avait pourtant commandé, ne voulait rien savoir.

Le gouvernement prétend aujourd'hui que la récession a rendu nécessaire une hausse des tarifs, alors que le PQ soutient qu'il faut la reporter précisément en raison de la récession. En réalité, les libéraux ne voulaient pas compromettre leurs chances de remporter les dernières élections, tandis que les péquistes s'emploient à gagner les prochaines.

mdavid@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 06h05
    L'art de la politique .......
    On ne peut empêcher les politiciens de jouer la <game> politique mais les électeurs devraient être assez aguerris pour noter et obsever ce jeu et l'évaluer a sa juste mesure ! Ce qui devient innacceptabe est l'hypocrisie et les mensonges dont dire une chose et faire le contraire dans le but de se faire élire ! Abandonner des pans des promesses électorales tel baisser les impôts , enlever la taxe sur les biens culturels , obliger le casque protecteur sur les pentes de skis , ne pas hausser la taxe de vente , dire que la récession n'affectera pas l'équilibre budgétaire et on pourrait continuer longtemps . Cela s'appelle se faire élire sous de fausses représentation et mentir carrément au bon peuple ! Ceci crée un cynisme malsain et un manque de confiance envers la classe politique et doit être combattu et comdanné ......
    Normand Carrier

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 09h23
    Nos politiciens sont four... ou plutôt confus
    Pour atteindre un but, on doit avoir un plan clair et franc.
    Quand on cherche des détours, on risque de manquer la cible.
    Charest veut augmenter les taxes et il cherche des détours comme il sait si bien le faire, pour faire avaler la pilule.
    Comme modèle de "girouette" on ne peut trouver mieux.

    Pour atténuer son incompétence, il vise les faiblesses des autres et dénature les propos de l'adversaire. Les politiciens fédéraux comme provinciaux sont des incompétents et ne cherchent qu'à se faire réélire et nous les citoyens, on subit leur chantage.

    J'ai décidé de ne plus voter aux élections car les promesses électorales ne sont pas respectées et on ment comme on respire.
    Le peuple va se révolter et le jour n'est pas si loin...Une révolte est la conséquence de ce que l'on vit.


    On va s'ennuyer encore plus de Falardeau...

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 10h49
    Leurs cerveaux affectés ?
    C'est connu, les politiciens doivent s'entraîner à dire non ce qu'ils pensent, mais ce qui est politiquement ou électoralement rentable. S'ils y arrivent, Charest est un exemple de réussite, leurs cerveaux s'en trouvent-ils irrémédiablement affectés ? Deviennent-ils incapables de penser ce qu'ils disent et de dire ce qu'ils pensent ? Une étude serait intéressante.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Rodrigue Guimont
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 11h03
    Notre gouvernement Charest : de la bouillie pour les nuls
    Ce gouvernement ne sait plus ou donner de la tête, à vouloir plaire aux plus possédants il n'ose aller chercher, souteneurs obligent, ce qui pourraient leur déplaire.

    Augmenter les tarifs d'électricité n'est surtout pas la solution pour réduire les dépenses gouvernementales. D'autant plus qu'on serait en droit penser que ce gouvernement élu avec une faible majorité en décembre dernier (42% des votes, 66 députés sur un total de 125) n'a moralement pas le droit de le faire si, raison de plus, une augmentation cacherait une volonté politique de scinder en tout ou en partie notre société d'état pour la rendre alléchante pour d'éventuels acheteurs (lire à ce propos l'opinion de deux chercheurs : http://www.ledevoir.com/2009/10/02/269728.html ).

    Une génération de Québécois, a construit ce réseau d'électricité, trois générations en profitent et il suffirait à un gouvernement libéral légèrement majoritaire, avec quelques députés de plus, pour saccager ce qu'on a pris des décennies à construire? Non jamais... du moins sans referendum...

    Quant aux milliards qu'Ottawa nous doit encore, il ne faudrait pas mettre une croix dessus, ce que le gouvernement Charest aimerait bien faire parce que cela lui rappelle trop sa faiblesse même fédérale. Une dette est une dette, parlez en aux contribuables!

    D'un autre coté augmenter les contributions fiscales des plus fortunés, serait juste et équitable.

    On pourrait également réduire de 50% les sommes allouées au système d'éducation privé ce qui rapporterait environ 222 millions de dollars, ce qui n'est pas négligeable. On ne peut, même en temps normal, pourvoir à deux systèmes d'éducation parallèle. Ce n'est pas le rôle de l'État.

    Augmentation des frais de garderie également de 7 à 9 dollars pour les parents gagnant plus de 75 000 par année.

    Imposer une redevance sur l'eau embouteillée, comme toutes les ressources du sous-sol, ces richesses appartiennent à l'État du Québec et sa possession est collective.

    Pour les mêmes raisons imposer une redevance sur tous les produits miniers du sous-sol québécois, taxe quasi inexistante à l'heure actuelle.

    Imposer une contribution sur les gros cylindres de bateaux de plaisance (de plus de 200 chevaux vapeur) qui plus souvent qu'autrement polluent nos lacs et rivières. Si la surface de l'eau est d'ordre fédéral (le permis de conduire est fédéral, une autre aberration!) l'eau est québécoise, le Québec pourrait légiférer en cette matière et peut-être ainsi réduire par le fait même l'impact dévastateur fait à nos rives.

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 3 octobre 2009 15h00
    Du déjà vu....
    Vous avez bien raison de souligner que c'est par souci de gagner de futures élections et non pas souci du bien public que le PQ s'oppose à la hausse des tarifs.

    Peut-être le PQ préfère-t-il, encore une fois, couper dans la santé et dans l'éducation, en plus de procéder à la hausse de tous les tarifs (électricité, etc.), pour financer un éventuel référendum, si jamais la population lui permet un retour au pouvoir, tout en maugréant contre l'incurie d'un gouvernement libéral qui les force à appliquer des mesures drastiques.

  • Élodie Gagné
    Abonné
    dimanche 4 octobre 2009 10h53
    Notre gouvernement Charest...
    Je souscris entièrement au texte de Mme & M.JMR et IJ sur les moyens à prendre pour aider à résoudre le problème économique du Québec autre que la solution facile du gouvernement de hausser les taux de l'électricité.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Chroniques
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012