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Le Canada made in Toronto

Lise Payette   2 octobre 2009  Québec
Denis Coderre vient de comprendre comment ça marche. Il lui a fallu du temps et il aura fallu que Toronto lui rentre l'ego dans la bande pour qu'il comprenne. La relation Canada-Québec était tout entière étalée au grand jour dans l'accrochage qui a eu lieu au coeur même du Parti libéral du Canada cette semaine. La succursale du Québec a pris son trou.

Ce n'est pas la première fois que ça se produit et ça ne sera pas la dernière. Quand j'entends Jean Charest affirmer que le Québec va parler haut et fort à la grande rencontre des pays sur l'environnement, qui aura lieu en décembre prochain, malgré le fait que le Canada lui ait bien fait comprendre qu'il n'allait parler que d'une seule voix canadienne, comme d'habitude, je pouffe de rire.

Je me souviens avoir assisté, comme ministre, à la rencontre internationale des femmes, à la mi-temps de la décennie des femmes décrétée par l'ONU, à Copenhague, et de m'être fait dire par le ministre canadien qu'il serait le seul à prendre la parole, malgré le fait que le Québec avait un bilan bien plus intéressant à présenter que le Canada dans le dossier des femmes. Niet. Pas question.

Le Canada a donc été le seul pays représenté, par un homme cette fois-là. Un homme qui n'avait pas grand-chose à dire, car le Canada n'a jamais été à l'avant-garde de l'émancipation des femmes. Tous les autres pays avaient donné la parole aux femmes. Pas le Canada. Le Québec a été muet. Je devrais plutôt dire muselé. Muselé par sa situation de province dans un pays qui considère le Québec comme un boulet.

Denis Coderre doit lire absolument le livre dont Chantal Hébert a recommandé la lecture dans une chronique du Devoir récemment. Le livre de l'économiste Brian Lee Crowley a pour titre Fearful Symmetry: The Fall and Rise of Canada's Founding Values. Il n'a pas encore été traduit et c'est bien dommage, car s'il existait en français, il deviendrait le livre de chevet de tout Québécois qui se respecte.

Le message de M. Crowley n'est pas nouveau pour moi, car il y a trente ans que j'affirme ce qu'il vient de découvrir. Que le Québec, avec ses revendications, son originalité, son désir de liberté, sa créativité, sa langue et sa culture, empêche les Canadiens de se faire le pays qu'ils souhaitent: un pays conservateur dans ses valeurs, puritain dans sa morale, et fort sur le « law and order » qui lui sert de colonne vertébrale.

Je suis aussi de plus en plus convaincue que si les Québécois ne se décident pas bientôt à assumer leur pleine souveraineté, ils vont se faire « mettre à la porte » par le reste du Canada comme on chasse un grand enfant turbulent dont on ne veut plus à la maison. Tout le propos de M. Crowley va dans ce sens. Et son livre arrive à point pour conforter un bon nombre de Canadiens dans leur désir de dompter le Québec, de le faire taire et de se débarrasser de cette bande de petits fraudeurs en puissance qui ne sont pas très travailleurs et qui attendent la charité du reste du Canada. Bon débarras. C'est ce qu'ils vont dire.

Denis Coderre vient de se faire marcher sur les pieds par Toronto. Peut-être vient-il de prendre la vraie mesure de Michael Ignatieff en même temps. Peut-être vient-il de comprendre comment fonctionne la relation Canada-Québec quand il s'agit de déterminer qui aura le pouvoir. Dans ce qu'on appelle « l'union canadienne », il paraît évident que le pouvoir est toujours au même endroit. Toronto n'a jamais dit son dernier mot.

Denis Coderre et son entourage ont au moins eu la fierté de réagir. Ils ont manifesté leur mécontentement et souligné le mépris dont ils venaient d'être les victimes, ce qui est un geste courageux dans les circonstances. Le problème, c'est qu'ils vont probablement réintégrer leurs fonctions dès que la crise sera passée en s'imaginant qu'ils ont changé le monde par leur dénonciation. C'est peu probable qu'ils aient le courage d'aller au bout de leur raisonnement.

Aux prochaines élections, qu'elles arrivent la semaine prochaine ou plus tard, j'ai toujours l'intention de voter Bloc parce qu'il n'est pas question que j'appuie la grande soif de pouvoir de Toronto, ni un parti qui prend ses ordres de Toronto. Je ne partage pas l'opinion de ceux qui prêchent qu'il faut réintégrer les grands partis canadiens pour y avoir une voix. Je pense exactement le contraire. La seule voix que nous ayons, c'est quand nous parlons nous-mêmes. Notre parole confiée au Canada sur la scène internationale, c'est de la bouillie pour les chats.

Peut-être faudrait-il avoir le courage de se dire que le Canada ne nous aime pas, que nous sommes vraiment un boulet pour ces braves gens qui rêvent d'un beau grand pays très tranquille, pour ne pas dire « plate », et que nous ternissons l'image qu'ils veulent projeter d'eux-mêmes dans le monde. Cela nous aiderait peut-être à partir la tête haute plutôt que d'attendre le coup de pied au derrière final.
 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 06h41
    L'occasion était trop belle...
    Mme Payette ne pouvait pas manquer cette occasion de proposer un troisième, et s'il le faut un quatrième référendum.

  • Robert Beauchamp
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 08h03
    Toronto et l'empire
    Toronto est la métropole et la capitale de l'empire canadien.
    Tout converge vers Toronto et tout est décidé par et pour Toronto. Son meilleur ambassadeur est le ministre canadien des finances qui vient évidemment de Toronto comme la plupart de ses prédécesseurs.

  • Jacques Lafond
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 08h04
    Montréal vs Québec
    Ça fait 25 ans que le fédéral travaille activement, investit massivement, pour faire du Québec une province canadienne comme les autres et faire de Montréal une succursale de Toronto.

    Le directeur de la banque Royal à la place Ville Marie téléphone Toronto pour demander la permission d'aller pisser depuis au moins 25 ans.

    Ce n'est pas une affaire du parti Libéral cette affaire là. C'est une affaire généralisée. Denis Coderre se réveille. J'espère que d'autres vont se réveiller aussi ...

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 09h17
    Le très Québécois Denis Coderre
    Denis Coderre fait très, très Québécois. Il a rué dans les brancards comme l'adolescent que papa a voulu mettre au pas. Puis, une fois la bravade épuisée, il rentrera dans le rang, au nom de l'unité d'un parti qui vient de le mettre à genoux. En clair, il n'aura pas le courage d'aller au bout de sa révolte et de travailler à arracher le Québec du Canada.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 10h28
    Un parti propre au Québec
    Il faut sortir le Canada du Québec. (Vous avez bien lu !)

    En attendant, des élections s'en viennent au Canada; pour qui et surtout pour quoi voter ?

    Pour le Parti libéral commanditeux? Ce parti qui a imposé au Québec une Constitution niant à toute fin pratique le rôle fondateur des canadiens-français et des Québécois, le parti du vol du référendum de 1995, le parti de la clarté-camisole-de-force? Non merci.

    Pour le PC de Harper? On n'en veut plus des va-t-en guerre ( la guerre en Afghanistan qui aura coûté 5 milliards aux Québécois) et de gens qui veulent mettre des enfants en prison. Non merci.

    Pour le NPD centralisateur? On n'en veut pas du NPD centralisateur, qui veut que le fédéral contrôle la santé et l'éducation au Canada, alors que ce sont des juridictions exclusivement provinciales. Non merci.

    Au Québec, une chance qu'on a le Bloc! À ma connaissance, le Bloc a toujours pris parti pour le bien des Québécois et même pour celui des Canadiens nos voisins. Ce n'est pas pour rien que le Bloc recueille l'appui de 60% des francophones du Québec!

    Le ROC ( Canada anglais) devra apprendre à vivre avec le Bloc et à respecter nos aspirations.

    Comprendra-t-on une fois pour toutes que le bi-partisme, c'est FINI au Canada? L'ère des deux partis gouvernement-opposition est révolue parce qu'anti-démocratique. Apprenons à vivre avec la concertation et la coalition plutôt qu'avec le parti unique qui ne représente que 36% de la population. Alors, la solution est la coalition et la concertation entre les divers partis pour gouverner dans les intétêts de l'ensemble des citoyens et non pas dans l'intérêt d'un seul parti.

    Je crois que la seule solution pour les Québécois actuellement, en attendant la souveraineté du Québec, est d'avoir à Ottawa un gouvernement de coalition où le Bloc aura son mot à dire et où on ne pourra pas cross(...) le Québec comme les gouvernements majoritaires libéraux et conservateurs l'ont fait dans le passé.

    Nous avons le choix de voter pour un parti qui n'est pas inféodé au ROC. Avec le Bloc, "Heureusement ici on a un parti propre au Québec", dans tous les sens.

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    vendredi 2 octobre 2009 11h30
    Fearful Symmetry: The Fall and Rise of Canada's Founding Values (Crowley)
    "Et son livre arrive à point pour conforter un bon nombre de Canadiens dans leur désir de dompter le Québec, de le faire taire et de se débarrasser de cette bande de petits fraudeurs en puissance qui ne sont pas très travailleurs et qui attendent la charité du reste du Canada. Bon débarras. C'est ce qu'ils vont dire." (Lise Payette)

    C'est ce qu'ils vont dire...et avec raison!

    Incidemment, c'est dommage que votre future mairesse ne puisse lire ce livre, publié en anglais; ca va manquer à sa culture; vous devriez payer un interprète pour le lui lire...

    Pour se qui est de Denis Coderre, il s'est fait remettre à sa place par l'aile québécoise du partie. C'est la grogne des libéraux fédéraux du Québec qui a eu raison de lui. Les ambitions démesurées qu'il affiche, au détriment des autres libéraux francophones, sont en train de le perdre et il est en passe de se nouer la corde au cou, lui même.

    Pour ce qui est de vos intentions de vote, elles sont connues d'avance, et elles ne sont d'aucuns intérêts pour les québécois (francophones et anglophones) qui ne partagent pas votre option et, ma foi, ils sont majoritaires, si on tient compte du fait que c'est un gouvernement libéral qui est au pouvoir, au Québec, et non le PQ. Vous pouvez toujours voter Duceppe tant que vous voulez, ce ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau mais ça permettra à vos amis blokiss de conserver leur job à 150,000$ et de se la couler douce, en se pognant le beigne!

  • Yves Côté
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 13h12
    Désaccord...
    Madame Payette voit encore une fois des plus clair. Une donnée prospective me sépare toutefois d'elle : celle que le Canada pourrait mettre à la porte un turbulent Québec. Malheureusement, je ne partage en rien cet optimisme. Moi ce que je crois, ce que je suppute comme seule avenue d'action possible pour un pays des plus réactionnaire, c'est l'accumulation de gestes de contention politique, économique et autres envers sa tant originale "Belle Province". Elle qui, après tout, ne devrait malgré tout pas prétendre à autre chose que de continuer à l'être... selon lui, bien évidemment.
    Et pourquoi cet avis ?
    Mais simplement parce que si la population du Canada en venait à vouloir se défaire d'un encombrant Québec, jamais leurs financiers ne la laisseraient aller au bout de sa logique... et qu'alors, ils sauraient mieux que tous trouver les arguments pour convaincre les Canadiens qu'ils ne doivent pas le faire.
    Non, le Québec ne sera jamais libre que par lui-même, par la volonté démocratique et majoritaire de sa population. Et cela est tant mieux quant à moi.
    Non seulement l'indépendance politique d'un pays demande un minimum de courage et de détermination de la part de son peuple, mais que cela puisse advenir sans cela, à coup sûr, ne peut mener qu'à l'échec du projet et au déclin définitif du dit-peuple.
    Et nous valons tous ensemble bien mieux que cela.

  • Stéphane Martineau
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 14h47
    l'avenir du Québec
    Démographie qui joue contre le Québec, poids économique qui diminue sans cesse, je me demande qu'est-ce que les fédéralistes peuvent bien espérer pour le Québec dans le Canada ? C'est vrai qu'il y a ceux qui nous veulent anglophones ou à tout le moins anglophiles, dehors la différence de la Belle Province...Vive le Grand tout canadian...Mais, les autres fédéralistes, ceux qui sont restés plus nationalistes....que pensent-ils obtenir ? Peut-être simplement la tranquillité petite bourgeoise, idéologie de chambre de commerce où seule l'économie a de l'importance....dérive moderne si bien décrite par Tocqueville au 19e siècle lors de son séjour aux États-Unis....une sorte de médiocrité douce et confortable.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 14h55
    À Raymonde Chouinard
    Convenu, Madame Harel ne parle pas l'anglais couramment. Mais, comme beaucoup de Québécois et Québécoises de sa génération, elle sait lire les textes anglais, et peut-être les comprend-elle avec plus d'intelligence que votre petite personne. Un peu de mesure dans vos insultes.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    vendredi 2 octobre 2009 16h11
    @Roland Berger
    Comme ça, vous considérez comme une "insulte" le fait de déplorer l'unilinguiste francophone chez une personnalité publique, oeuvrant au niveau des services aux citoyens, dans une ville bilingue....Montréal, ce n'est pas Québec!!!!

    Sorry! si j'ai touché à un point sensible de votre grande personnne en osant critiquer une de vos icônes...mister Berger!

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 17h58
    À Yves Côté, Stéphane Martineau et Jacques Lafond, que faut-il faire ?
    Il faudrait bien savoir ce que vous proposez d'autre que de se remettre à travailler pour dynamiser le rôle du Québec et des francophones dans le système fédéral.
    Autrement, si vous comptez bien, dans le scénario le plus optimiste, le prochain référendum, le troisième, ne pourra pas se tenir avant 2017. Soit après la fin du terme des libéraux et si on est toujours optimiste, la victoire du PQ, qui ne tiendra pas de référendum durant ce mandat, mais uniquement dans le mandat suivant. Donc dans au moins 7 ou 8 ans.
    Et le quatrième référendum, 15 ans plus tard, en 2032.

    Est-ce qu'on ne peut pas essayer autre chose, en attendant...?

  • IFA
    Abonné
    vendredi 2 octobre 2009 20h33
    D'accord
    Je suis d'accord avec votre désaccord monsieur Côté.
    Bravo pour le dernier paragraphe de votre réaction.

  • Jacques Lafond
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 04h38
    Le ROC
    Je ne pense pas, Madame Payette, que vous ayez raison de dire, avec Chantal Hébert et Lee Crowley, que le ROC vA laisser aller le Québec pour faire du ROC un pays à leurs image.

    Je pense qu'au contraire le Canada va continuer à investir massivement dans la ''canadialisation'' du Québec et du Canada. Voyez vous, Madame Payette, le Canada a compris en 1995 qu'il y avait au Québec un sentiment nationaliste québécois fort et légitime, et que dans le reste du Canada il n'y avait même pas un sentiment nationaliste canadien. On a donc décidé de changer ça. Et, on y est allé assez fort merci.

    Le scandale des commandites n'est qu'une petite pointe du iceberg. On a dépensé $2 milliards pour un registre des armes a feux, pensez vous ? Moi je ne pense pas. $2 milliard pour dactylographier une liste de gens ?? Voyons, Madame. Ce $2 milliards a passé, à la propagande canadienne au Québec et au Canada. Et, on a dépensé beaucoup plus que ça encore. Chaque petit (et grand) drapeau du Canada a été soigneusement et stratégiquement placé ...

    Vous pensez qu'après ça, on va laisser aller si facilement le ''morceau'' ? Oubliez ça, Madame.

    Le pire, est que le Québec est déjà un pays indépendant. Le Québec n'a pas signé la constitution Canadienne. On en a rien à foutre de la cours suprême du Canada, d'Ottawa, etc.

    Il est tout à fait incroyable que Pierre Trudeau a réussit a faire ''passer'' cette constitution dans la tête des gens sans la signature du Québec. Quelle incroyable affaire !! Le pire est que dans cette constitution, ça prend un accord unanime pour y faire un amendement. Et, les gens au Québec acceptent ça !!!???!!! Tout a fait incroyable.

  • Yves Cazelais
    Abonné
    jeudi 8 octobre 2009 11h07
    Démenti
    Je sais que vous ne lirez pas ce post, mais tous vos commentaires relatifs au livre de Crowley sont démentis pas un article du Devoir d'hier, mercredi, intitulé : « Les vraies origines de l'État providence ».

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