Tarifs: Charest modère ses troupes
Photo : Jacques Nadeau
À Drummondville, hier, Jean Charest s'est dit d'avis qu'il faut cesser de voir les services publics comme une simple dépense.
Drummondville — Réunis en conseil général en fin de semaine, les militants libéraux ont laissé libre cours à leur engouement pour l'imposition de tarifs — péage sur les autoroutes, hausse substantielle des tarifs d'électricité, nouveaux droits de scolarité pour le cégep —, mais le premier ministre Jean Charest ne partage pas leur fixation.
« On ne peut pas aborder la question des finances publiques en parlant juste des tarifs. Ce n'est pas vrai », a déclaré Jean Charest dans une conférence de presse tenue au terme du conseil général du Parti libéral du Québec. « Il y a l'autre colonne, il y a les dépenses du gouvernement. »
Dans son discours de clôture, Jean Charest a mis l'accent sur l'importance pour l'État de contrôler ses dépenses et sur le rôle du développement économique pour sortir le Québec de sa situation déficitaire. « Nous devrons tous mettre l'épaule à la roue. Le gouvernement devra, quant à lui, se serrer la ceinture. Nous allons resserrer nos dépenses. Nous allons le faire en protégeant les services publics », a-t-il livré devant quelque 500 militants.
« Ça veut dire que lorsque nous cherchons des moyens de résorber ce déficit, il faut éviter les approches idéologiques », a-t-il souligné.
Sans écarter le fait que des hausses de tarifs puissent contribuer à équilibrer le budget de l'État, Jean Charest a refusé de prendre position sur l'une ou l'autre des propositions contenues dans la résolution-cadre adoptée, hier, par les militants. Tout au plus a-t-il signalé à l'égard de l'imposition de nouveaux droits de scolarité au cégep — une proposition adoptée samedi à l'issue d'un vote serré — que « nous préserverons le principe d'accessibilité qui est, pour nous, très important ».
Les propositions du conseil général alimenteront le débat sur les finances publiques, notamment les consultations prébudgétaires que tiendra à la fin de l'année le ministre des Finances, Raymond Bachand, a mentionné M. Charest.
Tandis que les négociations dans le secteur public doivent s'amorcer prochainement, le premier ministre a évité d'évoquer les sacrifices auxquels les employés de l'État devraient consentir afin d'apporter leur contribution au redressement des finances publiques. Il a préféré parler de l'« esprit de partenariat » qui anime le gouvernement à l'égard de la fonction publique. « On n'est pas opposés l'un à l'autre. On fait face à la même réalité. »
Il faut d'ailleurs cesser de voir les services publics comme une simple dépense. « Il faut savoir tirer de nos politiques sociales des avantages économiques », a fait valoir Jean Charest. Il a cité l'exemple du système de santé au Québec, un avantage par rapport aux États-Unis, mais aussi celui des politiques familiales qui permettent aux femmes de participer au marché du travail davantage qu'ailleurs.
Hier, les militants libéraux ont adopté une proposition pour instaurer des péages sur les autoroutes interurbaines et sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal pour entrer et sortir de l'île de Montréal. Les libéraux ont cependant rejeté l'idée d'implanter pareil péage à Québec, Sherbrooke, Gatineau et Trois-Rivières.
Font aussi partie de la résolution-cadre telle qu'elle a été adoptée hier l'introduction d'une redevance sur l'eau et de droits miniers minimaux. Soucieux de la santé de leurs compatriotes, les militants libéraux recommandent de hausser les taxes sur l'alcool et d'en imposer une nouvelle sur les boissons gazeuses ou énergisantes, les croustilles et les friandises.
Par « équité générationnelle », les libéraux se sont prononcés en faveur de la création d'une caisse santé pour pallier les coûts futurs du système de santé. Dans une brève allocution, le président de la Commission-Jeunesse, Julien Gagnon, a insisté sur le respect de cette autre « valeur libérale ». Il a réclamé une réforme des finances publiques. « Ce qu'on demande finalement, ce n'est pas seulement l'équilibre budgétaire, mais c'est un surplus budgétaire » pour faire face aux défis à venir. Revenant d'une mission auprès des jeunes socialistes en France, Julien Gagnon s'est dit « impressionné de constater les ressemblances entre les conclusions des jeunes socialistes, d'une part, et les conclusions des jeunes libéraux ».
Hausse des tarifs d'électricité
Samedi, les militants libéraux ont donné leur aval à une hausse substantielle des tarifs d'électricité. Ils ont recommandé au gouvernement Charest « d'ajuster progressivement les tarifs d'électricité afin qu'ils reflètent les coûts marginaux de production ».
Exiger que les tarifs d'Hydro-Québec traduisent les coûts des nouvelles centrales, comme le projet de La Romaine qui a reçu le feu vert de Québec, ou encore l'énergie éolienne, signifierait de multiplier par deux la note d'électricité assumée par les ménages québécois, selon un expert consulté par Le Devoir.
Dans leurs délibérations, ils ont fait valoir que les Québécois seraient ainsi encouragés à diminuer leur consommation d'électricité grâce à des mesures d'économie d'énergie. Leur proposition prévoit le développement d'un grand projet d'efficacité énergétique qui ferait appel à des compteurs électroniques. Les tarifs varieraient « selon le moment de la journée et l'intensité de la demande », précise la proposition.
Même les plus démunis écoperaient. Les militants ont rejeté une proposition qui aurait haussé le seuil de consommation d'électricité à bas tarif, ce qui aurait limité les hausses imposées aux ménages à revenu modeste qui sont locataires.
?ã Montréal, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a accusé le chef libéral de renier, en laissant planer des hausses généralisées des tarifs dans les services publics, ce qu'il avait répété en campagne électorale.
Manque de courage
Pauline Marois clame qu'encore une fois, Jean Charest « a dit une chose et a fait son contraire ». Elle a soutenu que Jean Charest a « rebattu les oreilles » de tous les électeurs sur le fait que son gouvernement n'augmenterait pas les taxes et tarifs.
De plus, la leader péquiste estime que le premier ministre manque de courage, en demandant aux militants libéraux d'« aller au front » et de proposer eux-mêmes les mesures qui devraient être adoptées par le gouvernement pour réduire le déficit. Pauline Marois se demande pourquoi le premier ministre n'a pas révélé sa stratégie pour atteindre l'équilibre budgétaire durant l'étude du projet de loi 40 sur les finances publiques et le déficit. Selon elle, en agissant de la sorte, il a fait preuve de mépris envers les membres de l'Assemblée nationale.
***
Avec La Presse canadienne
« On ne peut pas aborder la question des finances publiques en parlant juste des tarifs. Ce n'est pas vrai », a déclaré Jean Charest dans une conférence de presse tenue au terme du conseil général du Parti libéral du Québec. « Il y a l'autre colonne, il y a les dépenses du gouvernement. »
Dans son discours de clôture, Jean Charest a mis l'accent sur l'importance pour l'État de contrôler ses dépenses et sur le rôle du développement économique pour sortir le Québec de sa situation déficitaire. « Nous devrons tous mettre l'épaule à la roue. Le gouvernement devra, quant à lui, se serrer la ceinture. Nous allons resserrer nos dépenses. Nous allons le faire en protégeant les services publics », a-t-il livré devant quelque 500 militants.
« Ça veut dire que lorsque nous cherchons des moyens de résorber ce déficit, il faut éviter les approches idéologiques », a-t-il souligné.
Sans écarter le fait que des hausses de tarifs puissent contribuer à équilibrer le budget de l'État, Jean Charest a refusé de prendre position sur l'une ou l'autre des propositions contenues dans la résolution-cadre adoptée, hier, par les militants. Tout au plus a-t-il signalé à l'égard de l'imposition de nouveaux droits de scolarité au cégep — une proposition adoptée samedi à l'issue d'un vote serré — que « nous préserverons le principe d'accessibilité qui est, pour nous, très important ».
Les propositions du conseil général alimenteront le débat sur les finances publiques, notamment les consultations prébudgétaires que tiendra à la fin de l'année le ministre des Finances, Raymond Bachand, a mentionné M. Charest.
Tandis que les négociations dans le secteur public doivent s'amorcer prochainement, le premier ministre a évité d'évoquer les sacrifices auxquels les employés de l'État devraient consentir afin d'apporter leur contribution au redressement des finances publiques. Il a préféré parler de l'« esprit de partenariat » qui anime le gouvernement à l'égard de la fonction publique. « On n'est pas opposés l'un à l'autre. On fait face à la même réalité. »
Il faut d'ailleurs cesser de voir les services publics comme une simple dépense. « Il faut savoir tirer de nos politiques sociales des avantages économiques », a fait valoir Jean Charest. Il a cité l'exemple du système de santé au Québec, un avantage par rapport aux États-Unis, mais aussi celui des politiques familiales qui permettent aux femmes de participer au marché du travail davantage qu'ailleurs.
Hier, les militants libéraux ont adopté une proposition pour instaurer des péages sur les autoroutes interurbaines et sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal pour entrer et sortir de l'île de Montréal. Les libéraux ont cependant rejeté l'idée d'implanter pareil péage à Québec, Sherbrooke, Gatineau et Trois-Rivières.
Font aussi partie de la résolution-cadre telle qu'elle a été adoptée hier l'introduction d'une redevance sur l'eau et de droits miniers minimaux. Soucieux de la santé de leurs compatriotes, les militants libéraux recommandent de hausser les taxes sur l'alcool et d'en imposer une nouvelle sur les boissons gazeuses ou énergisantes, les croustilles et les friandises.
Par « équité générationnelle », les libéraux se sont prononcés en faveur de la création d'une caisse santé pour pallier les coûts futurs du système de santé. Dans une brève allocution, le président de la Commission-Jeunesse, Julien Gagnon, a insisté sur le respect de cette autre « valeur libérale ». Il a réclamé une réforme des finances publiques. « Ce qu'on demande finalement, ce n'est pas seulement l'équilibre budgétaire, mais c'est un surplus budgétaire » pour faire face aux défis à venir. Revenant d'une mission auprès des jeunes socialistes en France, Julien Gagnon s'est dit « impressionné de constater les ressemblances entre les conclusions des jeunes socialistes, d'une part, et les conclusions des jeunes libéraux ».
Hausse des tarifs d'électricité
Samedi, les militants libéraux ont donné leur aval à une hausse substantielle des tarifs d'électricité. Ils ont recommandé au gouvernement Charest « d'ajuster progressivement les tarifs d'électricité afin qu'ils reflètent les coûts marginaux de production ».
Exiger que les tarifs d'Hydro-Québec traduisent les coûts des nouvelles centrales, comme le projet de La Romaine qui a reçu le feu vert de Québec, ou encore l'énergie éolienne, signifierait de multiplier par deux la note d'électricité assumée par les ménages québécois, selon un expert consulté par Le Devoir.
Dans leurs délibérations, ils ont fait valoir que les Québécois seraient ainsi encouragés à diminuer leur consommation d'électricité grâce à des mesures d'économie d'énergie. Leur proposition prévoit le développement d'un grand projet d'efficacité énergétique qui ferait appel à des compteurs électroniques. Les tarifs varieraient « selon le moment de la journée et l'intensité de la demande », précise la proposition.
Même les plus démunis écoperaient. Les militants ont rejeté une proposition qui aurait haussé le seuil de consommation d'électricité à bas tarif, ce qui aurait limité les hausses imposées aux ménages à revenu modeste qui sont locataires.
?ã Montréal, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a accusé le chef libéral de renier, en laissant planer des hausses généralisées des tarifs dans les services publics, ce qu'il avait répété en campagne électorale.
Manque de courage
Pauline Marois clame qu'encore une fois, Jean Charest « a dit une chose et a fait son contraire ». Elle a soutenu que Jean Charest a « rebattu les oreilles » de tous les électeurs sur le fait que son gouvernement n'augmenterait pas les taxes et tarifs.
De plus, la leader péquiste estime que le premier ministre manque de courage, en demandant aux militants libéraux d'« aller au front » et de proposer eux-mêmes les mesures qui devraient être adoptées par le gouvernement pour réduire le déficit. Pauline Marois se demande pourquoi le premier ministre n'a pas révélé sa stratégie pour atteindre l'équilibre budgétaire durant l'étude du projet de loi 40 sur les finances publiques et le déficit. Selon elle, en agissant de la sorte, il a fait preuve de mépris envers les membres de l'Assemblée nationale.
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Avec La Presse canadienne
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