Jean Charest fait marche arrière - Whissel se heurte aux règles d'éthique et est éjecté de sa limousine
David Whissel et Jean Charest
Après plusieurs mois de controverses éthiques, Jean Charest a finalement contraint son ministre du Travail, David Whissell, à démissionner. Celui qui le remplace, Sam Hamad, est le premier pour qui Jean Charest, en 2003, avait modifié ses directives éthiques.
Québec — Les controverses éthiques auront coûté un ministre à Jean Charest: David Whissell. Aux prises avec plusieurs cas d'apparences de conflits d'intérêts découlant de ses directives assouplies du 4 mars 2009, Jean Charest a choisi hier de reculer. Il les a ramenées à ce qu'elles étaient avant 2007, au moment où il les avait diluées une première fois pour intégrer M. Whissell dans son cabinet. Jean Charest avait alors permis que la compagnie fermée d'un ministre puisse, à certaines conditions, conclure des contrats avec l'État, ce qui était auparavant interdit. Mais hier, soutenant que «l'apparence d'intégrité de [son] gouvernement est tout aussi importante que l'intégrité elle-même», il a choisi le statu quo ante, a réajusté ses directives, contraignant par le fait même M. Whissell de choisir entre son portefeuille ou la «liquidation du patrimoine familial». «J'ai choisi la famille», a tranché M. Whissell hier, lors d'une conférence de presse au sortir du Conseil des ministres. M. Whissell, qui est ingénieur, petit-fils et fils d'entrepreneurs en construction, demeure toutefois député d'Argenteuil, «pour l'instant», selon ses mots.
M. Whissell avait, en 2005, placé les 20 % d'actions d'Asphalte Béton Carrière Rive-Nord (communément appelée ABC Rive-Nord) qu'il possède dans une fiducie sans droit regard, conformément aux suggestions du jurisconsulte, Me Claude Bisson. Malgré cette précaution, et malgré qu'il se soit engagé à ne pas discuter de dossiers qui pourraient toucher l'entreprise, le ministre Whissell avait, depuis le printemps, dû répondre à plusieurs questions au sujet d'ABC Rive-Nord. D'abord, lorsqu'il a été démontré que le chiffre d'affaires de cette dernière avait fortement crû depuis son entrée au Conseil des ministres. Plus récemment, Radio-Canada indiquait que plusieurs contrats sans appel d'offres avaient été octroyés à ABC Rive-Nord, dont certains dans la circonscription même du ministre. Ces révélations ont conduit le Syndicat de la fonction publique la semaine dernière à réclamer une enquête du vérificateur général puisque les règles du Conseil du trésor veulent que les marchés publics excédant 100 000 $ se fassent par appel d'offres. M. Whissell s'est défendu en invoquant l'existence de sa fiducie, et le premier ministre le soutenait encore la semaine passée avec un argument semblable.
L'ex-ministre a nié qu'un autre élément ait nui à son dossier, soit le fait que son épouse, Francine Vaillancourt, soit actionnaire d'une firme d'ingénierie, Consultants Mirtec, qui a pu faire affaire avec l'État, notamment à Lachute dans le cadre de contrats d'asphaltage. Une telle chose toutefois serait permise par les directives éthiques de M. Charest depuis 2003, à condition que le ministre s'engage à ne pas discuter de dossiers où l'entreprise de ce proche pourrait être touchée. En 2003, les directives éthiques avaient été assouplies une première fois en ce sens par M. Charest au profit de Sam Hamad. La conjointe de celui-ci, à l'époque, avait une entreprise de traiteur qui, avant la nomination de M. Hamad, était embauchée par l'État «sur une base régulière». Ironie: c'est Sam Hamad, actuel ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui ajoutera à sa charge le portefeuille du Travail. Il a été assermenté tout de suite après la conférence de presse, sans même que les journalistes ne soient convoqués.
Rappelant l'existence du projet de loi 48, déposé au printemps dernier, Jean Charest a dit souhaiter la nomination d'un commissaire à l'éthique le plus rapidement possible, ce qui aurait l'avantage selon lui de «sortir des mains du premier ministre les cas particuliers» et de les placer «entre les mains d'une personne qui sera nommée par l'Assemblée nationale».
Charest comme Duplessis, dit le PQ
Pour le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, la décision d'hier prouve que Jean Charest «est incapable d'appliquer des règles d'éthique à la hauteur des attentes des Québécois». Ceux-ci ont l'impression que les ministres ont plongé dans les conflits d'intérêts avec l'aval du premier ministre. «Depuis Duplessis qu'on tente d'arrêter ça. Et je pense que M. Charest a fait un grand pas en arrière là-dessus malheureusement.» Marc Picard, de l'ADQ, a noté qu'il a fallu qu'il y ait des reportages sur le sujet pour que le premier ministre fasse volte-face, ce qui prouve qu'il ne fait que soigner son image. «C'est certainement plus payant [de] vendre de l'asphalte [que] d'être ministre», a-t-il commenté, cynique. Quant à Amir Khadir, de Québec solidaire, il croit que M. Charest a trop attendu pour agir et qu'il a par conséquent mal mesuré «l'indignation de la population».
Québec — Les controverses éthiques auront coûté un ministre à Jean Charest: David Whissell. Aux prises avec plusieurs cas d'apparences de conflits d'intérêts découlant de ses directives assouplies du 4 mars 2009, Jean Charest a choisi hier de reculer. Il les a ramenées à ce qu'elles étaient avant 2007, au moment où il les avait diluées une première fois pour intégrer M. Whissell dans son cabinet. Jean Charest avait alors permis que la compagnie fermée d'un ministre puisse, à certaines conditions, conclure des contrats avec l'État, ce qui était auparavant interdit. Mais hier, soutenant que «l'apparence d'intégrité de [son] gouvernement est tout aussi importante que l'intégrité elle-même», il a choisi le statu quo ante, a réajusté ses directives, contraignant par le fait même M. Whissell de choisir entre son portefeuille ou la «liquidation du patrimoine familial». «J'ai choisi la famille», a tranché M. Whissell hier, lors d'une conférence de presse au sortir du Conseil des ministres. M. Whissell, qui est ingénieur, petit-fils et fils d'entrepreneurs en construction, demeure toutefois député d'Argenteuil, «pour l'instant», selon ses mots.
M. Whissell avait, en 2005, placé les 20 % d'actions d'Asphalte Béton Carrière Rive-Nord (communément appelée ABC Rive-Nord) qu'il possède dans une fiducie sans droit regard, conformément aux suggestions du jurisconsulte, Me Claude Bisson. Malgré cette précaution, et malgré qu'il se soit engagé à ne pas discuter de dossiers qui pourraient toucher l'entreprise, le ministre Whissell avait, depuis le printemps, dû répondre à plusieurs questions au sujet d'ABC Rive-Nord. D'abord, lorsqu'il a été démontré que le chiffre d'affaires de cette dernière avait fortement crû depuis son entrée au Conseil des ministres. Plus récemment, Radio-Canada indiquait que plusieurs contrats sans appel d'offres avaient été octroyés à ABC Rive-Nord, dont certains dans la circonscription même du ministre. Ces révélations ont conduit le Syndicat de la fonction publique la semaine dernière à réclamer une enquête du vérificateur général puisque les règles du Conseil du trésor veulent que les marchés publics excédant 100 000 $ se fassent par appel d'offres. M. Whissell s'est défendu en invoquant l'existence de sa fiducie, et le premier ministre le soutenait encore la semaine passée avec un argument semblable.
L'ex-ministre a nié qu'un autre élément ait nui à son dossier, soit le fait que son épouse, Francine Vaillancourt, soit actionnaire d'une firme d'ingénierie, Consultants Mirtec, qui a pu faire affaire avec l'État, notamment à Lachute dans le cadre de contrats d'asphaltage. Une telle chose toutefois serait permise par les directives éthiques de M. Charest depuis 2003, à condition que le ministre s'engage à ne pas discuter de dossiers où l'entreprise de ce proche pourrait être touchée. En 2003, les directives éthiques avaient été assouplies une première fois en ce sens par M. Charest au profit de Sam Hamad. La conjointe de celui-ci, à l'époque, avait une entreprise de traiteur qui, avant la nomination de M. Hamad, était embauchée par l'État «sur une base régulière». Ironie: c'est Sam Hamad, actuel ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui ajoutera à sa charge le portefeuille du Travail. Il a été assermenté tout de suite après la conférence de presse, sans même que les journalistes ne soient convoqués.
Rappelant l'existence du projet de loi 48, déposé au printemps dernier, Jean Charest a dit souhaiter la nomination d'un commissaire à l'éthique le plus rapidement possible, ce qui aurait l'avantage selon lui de «sortir des mains du premier ministre les cas particuliers» et de les placer «entre les mains d'une personne qui sera nommée par l'Assemblée nationale».
Charest comme Duplessis, dit le PQ
Pour le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, la décision d'hier prouve que Jean Charest «est incapable d'appliquer des règles d'éthique à la hauteur des attentes des Québécois». Ceux-ci ont l'impression que les ministres ont plongé dans les conflits d'intérêts avec l'aval du premier ministre. «Depuis Duplessis qu'on tente d'arrêter ça. Et je pense que M. Charest a fait un grand pas en arrière là-dessus malheureusement.» Marc Picard, de l'ADQ, a noté qu'il a fallu qu'il y ait des reportages sur le sujet pour que le premier ministre fasse volte-face, ce qui prouve qu'il ne fait que soigner son image. «C'est certainement plus payant [de] vendre de l'asphalte [que] d'être ministre», a-t-il commenté, cynique. Quant à Amir Khadir, de Québec solidaire, il croit que M. Charest a trop attendu pour agir et qu'il a par conséquent mal mesuré «l'indignation de la population».
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