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Conflits d'intérêts - Plus qu'une démission

Jean-Robert Sansfaçon   10 septembre 2009  Québec
Il était temps que le premier ministre Jean Charest cesse de prendre à la légère les accusations de conflit d'intérêts et de manquement à l'éthique concernant des membres de son Conseil des ministres. Hier, David Whissell a choisi d'abandonner son poste de ministre du Travail au lieu de vendre ses intérêts dans l'entreprise d'asphaltage ABC Rive-Nord.

On se souviendra qu'au moment de former son conseil des ministres, l'an dernier, le premier ministre Charest avait modifié la directive concernant les conflits d'intérêts pour que certains candidats de prestige puissent accéder au cabinet malgré la propriété d'intérêts dans des entreprises en lien contractuel avec l'État. Désormais, il leur suffirait de confier la gestion de leurs actifs à une fiducie sans droit de regard pour éliminer toute apparence de conflit d'intérêts, prétendait M. Charest. Mais voilà, la réalité l'aura vite rejoint.

Au cours des dernières semaines, nous avons appris que l'entreprise du ministre avait obtenu des contrats sans appel d'offres du ministère des Transports, dont la valeur totalisait pourtant plus de 800 000 $. Depuis l'arrivée de M. Whissell au Conseil des ministres, en 2007, le volume d'affaires de l'entreprise avec le gouvernement avait plus que doublé. Même si rien ne prouve quelque lien de cause à effet que ce soit, il devenait de plus en plus difficile pour M. Charest de maintenir l'image d'un gouvernement intègre dans un contexte où la multiplication des cas de favoritisme et de fraude mis au jour dans l'industrie de la construction et le monde municipal pesait de plus en lourd sur l'ensemble de la classe politique.

Hier, le premier ministre est donc revenu sur sa position en rétablissant l'ancienne règle qui interdit à un ministre de détenir des intérêts dans une entreprise fournissant des services au gouvernement. Du même souffle, il a dit souhaiter la création prochaine d'un poste de commissaire à l'éthique chargé d'appliquer un code de déontologie qui serait imposé aux membres de l'Assemblée nationale. Pour cela, il lui faut nécessairement présenter un projet de loi plus consistant et beaucoup plus cohérent que «l'ébauche» soumise le printemps dernier par le ministre Jacques Dupuis, mais aussitôt retirée avec l'accord de l'opposition.

Le geste d'humilité fait hier par le premier ministre de sacrifier l'un de ses ministres pourrait signifier qu'il est désormais déterminé à faire adopter, d'ici peu, un code digne de ce nom à l'unanimité des élus de l'Assemblée nationale. Si tel était le cas, ce serait une fort bonne décision.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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