Une responsabilité
30 avril 2003
Québec
Le rôle d'un ministre dépasse largement celui d'un gestionnaire. Dans notre système parlementaire, il est certes responsable devant le peuple de l'administration de son ministère. Mais il incombe à l'homme ou à la femme politique un devoir bien plus noble que celui d'équilibrer les comptes. C'est celui de saisir les aspirations et les besoins de ses concitoyens pour les traduire, dans le domaine dont il a la charge, en lois, en programmes et en actions destinées à servir l'intérêt général.
Chaque homme, et chaque femme, choisi hier par le premier ministre Jean Charest pour gouverner le Québec est investi d'un pouvoir mais surtout d'une responsabilité. Il faut savoir exprimer notre gratitude à ceux et celles qui acceptent de l'assumer.
Le Québec n'est pas un hôpital. Et l'État du Québec n'est pas une coopérative de services publics. L'État est un mécanisme complexe de contrôle et de dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. Il est le lieu des compromis et des médiations entre les forces qui composent la société. Il peut invoquer la puissance que lui confère la légitimité démocratique pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Mais il est aussi, surtout pour une petite nation comme la nôtre, un instrument de développement.
Chacun des membres du nouveau gouvernement doit le comprendre et se mettre à l'oeuvre dans ce sens. Il ou elle a un devoir d'imagination, d'initiative et d'animation de la société. Son rôle est de mettre cette société en mouvement.
***
Pour les années à venir, les chantiers ne manquent pas, au-delà de ceux, comme la santé, qui viennent spontanément à l'esprit. Dans ce domaine d'ailleurs, le gouvernement aurait avantage à se mettre au diapason de la population qui veut conserver un système universel et accessible. Sans exclure complètement le rôle du secteur privé, il faut tout de même tenir compte de toutes les études sérieuses qui montrent que la privatisation de ce secteur engendre, partout où on l'a essayée, une hausse des coûts et un accroissement de la bureaucratie sans pour autant résorber les listes d'attente. La refonte de la première ligne doit se poursuivre. Une réflexion de fond s'impose sur le plan du financement. Les coûts sont condamnés à augmenter.
La santé ne tient pas qu'au système de soins. La prévention par l'assainissement de l'environnement, l'activité physique et une saine alimentation est déterminante. À cet égard, Thomas Mulcair s'est vu confier une responsabilité extrêmement importante comme titulaire de l'Environnement, pourvu que son ministère ne soit pas inféodé aux autres, à vocation économique. Mégaporcheries, forêt, politique de l'eau, recyclage des matières résiduelles, contrôle du parc automobile, autant de domaines dans lesquels le Québec a des croûtes à manger.
La sauvegarde du pays réel est une responsabilité transversale. Y aura-t-il, dans le discours inaugural de Jean Charest, un engagement envers le développement du transport en commun sous toutes ses formes, en particulier dans la région de Montréal? Va-t-on accentuer les efforts pour favoriser le développement d'énergies renouvelables (l'éolien, l'hydrogène) au pays de l'hydro-électricité? Aura-t-on l'intelligence de soutenir le développement de technologies qui favorisent le développement durable et ainsi appuyer l'essor d'un secteur économique promis à une croissance durable, notamment sur les marchés de l'exportation?
Car le Québec est branché sur le monde. À cet égard, nous n'avons guère entendu le Parti libéral se prononcer sur la question de la mondialisation et de ses conséquences. Le gouvernement précédent appuyait le principe d'une mondialisation équilibrée. Monique Gagnon-Tremblay devrait prendre le relais sans gêne.
Benoît Pelletier passe de la théorie à la pratique en matière de relations fédérales-provinciales. Il serait bien avisé de miser d'abord sur la consolidation des pouvoirs du Québec avant de chercher à les partager. Il a proposé que soit reconnu aux provinces un rôle plus actif dans les relations internationales. À côté du combat que dirigera Yves Séguin contre le déséquilibre fiscal, cela pourrait constituer pour lui une priorité.
Le développement du capital social des citoyens du Québec devrait être vu comme un objectif qui traverse toutes les missions du gouvernement.
En éducation, les défis sont clairs: nous avons un taux de décrochage et un taux d'analphabétisme fonctionnel parmi les plus élevés du monde industrialisé. Le Québec doit aussi se mettre à l'heure de la formation continue, tout au long de la vie.
En matière culturelle: la formation des publics, l'accès à l'art et aux oeuvres pour le plus grand nombre, mais aussi l'accès à l'information dans un contexte de concentration de la propriété des médias et de progrès désordonné des sciences.
Le Québec des régions est prêt à accepter des responsabilités. Mais attention aux gestes intempestifs. Il faut respecter les communautés d'appartenance que sont devenues les MRC. Et le nouveau gouvernement serait malavisé de se défaire trop vite d'instruments de développement comme la SGF. Sur le plan social, la voie est tracée avec la Loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. La route est ouverte mais n'est pas balisée. Quel bel objectif de faire du Québec non seulement une société prospère mais une société juste? Et puis Jacques Dupuis hérite d'une responsabilité délicate, celle de réformer nos institutions démocratiques. Changer le mode de scrutin ne suffira pas. Pourquoi pas doter le Québec, dans le cadre d'une démarche civique ambitieuse, d'une Constitution?
La liste pourrait s'allonger: conciliation famille-travail, choc démographique, promotion de la langue française. Bonne chance messieurs, dames!
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec, chez Fides.
Chaque homme, et chaque femme, choisi hier par le premier ministre Jean Charest pour gouverner le Québec est investi d'un pouvoir mais surtout d'une responsabilité. Il faut savoir exprimer notre gratitude à ceux et celles qui acceptent de l'assumer.
Le Québec n'est pas un hôpital. Et l'État du Québec n'est pas une coopérative de services publics. L'État est un mécanisme complexe de contrôle et de dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. Il est le lieu des compromis et des médiations entre les forces qui composent la société. Il peut invoquer la puissance que lui confère la légitimité démocratique pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Mais il est aussi, surtout pour une petite nation comme la nôtre, un instrument de développement.
Chacun des membres du nouveau gouvernement doit le comprendre et se mettre à l'oeuvre dans ce sens. Il ou elle a un devoir d'imagination, d'initiative et d'animation de la société. Son rôle est de mettre cette société en mouvement.
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Pour les années à venir, les chantiers ne manquent pas, au-delà de ceux, comme la santé, qui viennent spontanément à l'esprit. Dans ce domaine d'ailleurs, le gouvernement aurait avantage à se mettre au diapason de la population qui veut conserver un système universel et accessible. Sans exclure complètement le rôle du secteur privé, il faut tout de même tenir compte de toutes les études sérieuses qui montrent que la privatisation de ce secteur engendre, partout où on l'a essayée, une hausse des coûts et un accroissement de la bureaucratie sans pour autant résorber les listes d'attente. La refonte de la première ligne doit se poursuivre. Une réflexion de fond s'impose sur le plan du financement. Les coûts sont condamnés à augmenter.
La santé ne tient pas qu'au système de soins. La prévention par l'assainissement de l'environnement, l'activité physique et une saine alimentation est déterminante. À cet égard, Thomas Mulcair s'est vu confier une responsabilité extrêmement importante comme titulaire de l'Environnement, pourvu que son ministère ne soit pas inféodé aux autres, à vocation économique. Mégaporcheries, forêt, politique de l'eau, recyclage des matières résiduelles, contrôle du parc automobile, autant de domaines dans lesquels le Québec a des croûtes à manger.
La sauvegarde du pays réel est une responsabilité transversale. Y aura-t-il, dans le discours inaugural de Jean Charest, un engagement envers le développement du transport en commun sous toutes ses formes, en particulier dans la région de Montréal? Va-t-on accentuer les efforts pour favoriser le développement d'énergies renouvelables (l'éolien, l'hydrogène) au pays de l'hydro-électricité? Aura-t-on l'intelligence de soutenir le développement de technologies qui favorisent le développement durable et ainsi appuyer l'essor d'un secteur économique promis à une croissance durable, notamment sur les marchés de l'exportation?
Car le Québec est branché sur le monde. À cet égard, nous n'avons guère entendu le Parti libéral se prononcer sur la question de la mondialisation et de ses conséquences. Le gouvernement précédent appuyait le principe d'une mondialisation équilibrée. Monique Gagnon-Tremblay devrait prendre le relais sans gêne.
Benoît Pelletier passe de la théorie à la pratique en matière de relations fédérales-provinciales. Il serait bien avisé de miser d'abord sur la consolidation des pouvoirs du Québec avant de chercher à les partager. Il a proposé que soit reconnu aux provinces un rôle plus actif dans les relations internationales. À côté du combat que dirigera Yves Séguin contre le déséquilibre fiscal, cela pourrait constituer pour lui une priorité.
Le développement du capital social des citoyens du Québec devrait être vu comme un objectif qui traverse toutes les missions du gouvernement.
En éducation, les défis sont clairs: nous avons un taux de décrochage et un taux d'analphabétisme fonctionnel parmi les plus élevés du monde industrialisé. Le Québec doit aussi se mettre à l'heure de la formation continue, tout au long de la vie.
En matière culturelle: la formation des publics, l'accès à l'art et aux oeuvres pour le plus grand nombre, mais aussi l'accès à l'information dans un contexte de concentration de la propriété des médias et de progrès désordonné des sciences.
Le Québec des régions est prêt à accepter des responsabilités. Mais attention aux gestes intempestifs. Il faut respecter les communautés d'appartenance que sont devenues les MRC. Et le nouveau gouvernement serait malavisé de se défaire trop vite d'instruments de développement comme la SGF. Sur le plan social, la voie est tracée avec la Loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. La route est ouverte mais n'est pas balisée. Quel bel objectif de faire du Québec non seulement une société prospère mais une société juste? Et puis Jacques Dupuis hérite d'une responsabilité délicate, celle de réformer nos institutions démocratiques. Changer le mode de scrutin ne suffira pas. Pourquoi pas doter le Québec, dans le cadre d'une démarche civique ambitieuse, d'une Constitution?
La liste pourrait s'allonger: conciliation famille-travail, choc démographique, promotion de la langue française. Bonne chance messieurs, dames!
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Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec, chez Fides.
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