Un projet
28 avril 2003
Québec
Avez-vous lu la lettre de Sébastien Paquin-Charbonneau dans le courrier des lecteurs du Devoir du 23 avril? Dans cette lettre à son grand-père décédé en 1996, cet étudiant âgé de 20 ans promettait, malgré la défaite électorale du Parti québécois, de rester debout et de garder vivant, avec sa génération, le rêve de son aïeul, celui de son père et le sien de faire du Québec un pays.
Ce n'est pas un rêve, c'est un projet. Les élections du 14 avril n'ont scellé le sort ni de l'indépendance du Québec ni du mouvement qui la porte. Ce jeune homme qui m'est inconnu n'est pas seul à rester debout et, surtout, à rester lucide.
Au cours des prochaines années, les raisons objectives favorables à l'accession du Québec à sa pleine souveraineté politique ne feront que se confirmer.
D'abord, la mondialisation aura poursuivi sa marche. Espérons que celle-ci aura été infléchie dans le sens d'une humanité plus juste et plus démocratique. La partie est loin d'être gagnée à cet égard. Mais de nouvelles instances seront créées pour gérer l'interdépendance entre les nations. Ces mécanismes de coopération auront confirmeront le rôle incontournable des États souverains dans l'organisation du monde. Le multilatéralisme finira bien par triompher de l'arrogance américaine. Les négociations en vue de la création d'une zone de libre-échange des Amériques vont reprendre leur cours. La place du politique dans la suite du monde va s'accentuer.
Le spectacle de petits pays, moins riches et moins avancés que le Québec, participant à la marche du monde, n'aura de cesse d'accentuer le sentiment que le peuple québécois, confiné au statut de province du dominion, reste en marge.
Or les Québécois seront de plus en plus tournés vers le monde plutôt que vers le reste du Canada. L'intérêt des Québécois pour la situation internationale va grandissant, visible dans les médias et les librairies. La participation de milliers de citoyens aux manifestations pour la paix le confirment. En outre, l'économie québécoise dépend dans une proportion de 60 % du commerce extérieur. Le Québec exporte deux fois plus aujourd'hui qu'en 1990 tandis que les échanges commerciaux avec le reste du Canada sont restés stables. Cette double tendance n'est pas prête de s'arrêter.
La réussite des Québécois sur la scène mondiale va renforcer l'identité québécoise et la dissocier peu à peu de l'identité canadienne. Pendant ce temps, le poids des personnes nées avant 1960 et qui se définissent encore comme Canadiens français va diminuer. Les générations de Québécois issues de l'immigration plus récente, dont les enfants fréquentent l'école française, affirment plus que jamais leur appartenance au Québec plutôt qu'au Canada. Ces Québécois tricotés serrés mais de laines étrangères, présents dans les débats et dans les mouvements sociaux, font prendre conscience du caractère universel de l'identité québécoise.
Dans le contexte de la mondialisation, le désir d'affirmer notre différence culturelle va aussi s'accroître.
Or, en parallèle, les prochains recensements canadiens vont confirmer le déclin du poids démographique et donc du poids politique du Québec au sein du Canada. L'assimilation des francophones hors Québec se poursuivra inexorablement et ce n'est certes pas la timide politique dévoilée récemment par Stéphane Dion qui va y changer quoi que ce soit. Intéressés par les affaires du monde, conscients de leur identité, les Québécois verront leur statut de minoritaires se cristalliser au sein de la fédération canadienne. Le déséquilibre fiscal ne se résorbera pas. Ottawa ne va pas renoncer à ses velléités d'investir le champ du pouvoir local, celui de l'éducation post-secondaire et celui des services sociaux et de santé.
De plus en plus minoritaires au Canada, les Québécois prendront conscience du déclin de leur pouvoir au sein de ce pays et sur la scène mondiale.
Dans quelques années, la table sera mise. De nouveaux leaders, issus des jeunes générations, rompus aux exigences de la coopération internationale et intéressés par les affaires du monde, mais enracinés dans les mouvements sociaux dans leur région et leur localité, libérés du complexe du colonisé, vont prendre les rênes.
Le politologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, disait l'autre jour que les élections du 14 avril marquent la fin de la guerre entre Québec et Ottawa. Celles-ci marquent la fin d'un cycle de confrontations entre deux branches de l'élite canadienne française issue de la Révolution tranquille. La question nationale ne pourra plus jamais être abordée de la même façon. La souveraineté ne peut plus être vue comme la résolution du conflit Québec-Canada. Le PQ doit en prendre acte.
Si le moment est venu de revoir le programme du parti, ce n'est pas pour en expurger l'idée de la souveraineté. Au contraire, celle-ci est plus adaptée à l'époque que jamais. En fait, le PQ devrait radicaliser sa position en faveur de l'indépendance, sans exclure la possibilité, comme une main tendue, d'établir une coopération avec le Canada une fois le Québec souverain, mais en dissociant clairement les deux opérations. L'accession du Québec à la souveraineté n'est pas le projet d'une nouvelle entente avec le Canada mais plutôt le mécanisme de l'inscription politique du Québec dans le monde.
Le PQ, qui reste le principal leader du mouvement souverainiste, a quelques années pour recentrer son projet dans ces termes, en y associant le Québec pluraliste et les mouvements sociaux actuels et plus anciens. La place du référendum dans cette démarche n'est plus la même. L'accession du Québec à la souveraineté doit être envisagée comme une réforme dont le référendum n'est que l'ultime étape.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
mvenne@cam.org
Ce n'est pas un rêve, c'est un projet. Les élections du 14 avril n'ont scellé le sort ni de l'indépendance du Québec ni du mouvement qui la porte. Ce jeune homme qui m'est inconnu n'est pas seul à rester debout et, surtout, à rester lucide.
Au cours des prochaines années, les raisons objectives favorables à l'accession du Québec à sa pleine souveraineté politique ne feront que se confirmer.
D'abord, la mondialisation aura poursuivi sa marche. Espérons que celle-ci aura été infléchie dans le sens d'une humanité plus juste et plus démocratique. La partie est loin d'être gagnée à cet égard. Mais de nouvelles instances seront créées pour gérer l'interdépendance entre les nations. Ces mécanismes de coopération auront confirmeront le rôle incontournable des États souverains dans l'organisation du monde. Le multilatéralisme finira bien par triompher de l'arrogance américaine. Les négociations en vue de la création d'une zone de libre-échange des Amériques vont reprendre leur cours. La place du politique dans la suite du monde va s'accentuer.
Le spectacle de petits pays, moins riches et moins avancés que le Québec, participant à la marche du monde, n'aura de cesse d'accentuer le sentiment que le peuple québécois, confiné au statut de province du dominion, reste en marge.
Or les Québécois seront de plus en plus tournés vers le monde plutôt que vers le reste du Canada. L'intérêt des Québécois pour la situation internationale va grandissant, visible dans les médias et les librairies. La participation de milliers de citoyens aux manifestations pour la paix le confirment. En outre, l'économie québécoise dépend dans une proportion de 60 % du commerce extérieur. Le Québec exporte deux fois plus aujourd'hui qu'en 1990 tandis que les échanges commerciaux avec le reste du Canada sont restés stables. Cette double tendance n'est pas prête de s'arrêter.
La réussite des Québécois sur la scène mondiale va renforcer l'identité québécoise et la dissocier peu à peu de l'identité canadienne. Pendant ce temps, le poids des personnes nées avant 1960 et qui se définissent encore comme Canadiens français va diminuer. Les générations de Québécois issues de l'immigration plus récente, dont les enfants fréquentent l'école française, affirment plus que jamais leur appartenance au Québec plutôt qu'au Canada. Ces Québécois tricotés serrés mais de laines étrangères, présents dans les débats et dans les mouvements sociaux, font prendre conscience du caractère universel de l'identité québécoise.
Dans le contexte de la mondialisation, le désir d'affirmer notre différence culturelle va aussi s'accroître.
Or, en parallèle, les prochains recensements canadiens vont confirmer le déclin du poids démographique et donc du poids politique du Québec au sein du Canada. L'assimilation des francophones hors Québec se poursuivra inexorablement et ce n'est certes pas la timide politique dévoilée récemment par Stéphane Dion qui va y changer quoi que ce soit. Intéressés par les affaires du monde, conscients de leur identité, les Québécois verront leur statut de minoritaires se cristalliser au sein de la fédération canadienne. Le déséquilibre fiscal ne se résorbera pas. Ottawa ne va pas renoncer à ses velléités d'investir le champ du pouvoir local, celui de l'éducation post-secondaire et celui des services sociaux et de santé.
De plus en plus minoritaires au Canada, les Québécois prendront conscience du déclin de leur pouvoir au sein de ce pays et sur la scène mondiale.
Dans quelques années, la table sera mise. De nouveaux leaders, issus des jeunes générations, rompus aux exigences de la coopération internationale et intéressés par les affaires du monde, mais enracinés dans les mouvements sociaux dans leur région et leur localité, libérés du complexe du colonisé, vont prendre les rênes.
Le politologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, disait l'autre jour que les élections du 14 avril marquent la fin de la guerre entre Québec et Ottawa. Celles-ci marquent la fin d'un cycle de confrontations entre deux branches de l'élite canadienne française issue de la Révolution tranquille. La question nationale ne pourra plus jamais être abordée de la même façon. La souveraineté ne peut plus être vue comme la résolution du conflit Québec-Canada. Le PQ doit en prendre acte.
Si le moment est venu de revoir le programme du parti, ce n'est pas pour en expurger l'idée de la souveraineté. Au contraire, celle-ci est plus adaptée à l'époque que jamais. En fait, le PQ devrait radicaliser sa position en faveur de l'indépendance, sans exclure la possibilité, comme une main tendue, d'établir une coopération avec le Canada une fois le Québec souverain, mais en dissociant clairement les deux opérations. L'accession du Québec à la souveraineté n'est pas le projet d'une nouvelle entente avec le Canada mais plutôt le mécanisme de l'inscription politique du Québec dans le monde.
Le PQ, qui reste le principal leader du mouvement souverainiste, a quelques années pour recentrer son projet dans ces termes, en y associant le Québec pluraliste et les mouvements sociaux actuels et plus anciens. La place du référendum dans cette démarche n'est plus la même. L'accession du Québec à la souveraineté doit être envisagée comme une réforme dont le référendum n'est que l'ultime étape.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
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