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Avortement - Le mauvais tribun

Marie-Andrée Chouinard   19 août 2009  Québec
En politique, les sorties de crise commandent une maîtrise parfaite de l'art de communiquer. En santé, toute annonce, toute adresse, tout avis destiné à la population revêt un caractère grave, encore davantage lorsque cela provient du docteur en chef, le ministre de la Santé et des Services sociaux.

Au micro, ce dernier n'a pas droit au cumul des bévues, car celles-ci ébranlent la quiétude de la population. Aux commandes de son réseau, il ne peut se permettre la moindre faille dans la transmission d'un message, du précieux terrain de la pratique jusqu'à celui, touffu, de la bureaucratie ministérielle.

Le ministre Yves Bolduc souffre, hélas, d'une triste incapacité à diriger la cruciale information qui circule entre les acteurs de son réseau, son ministère et la population. Après les tergiversations pathétiques de la crise printanière au sujet des tests de dépistage du cancer du sein — acte 1: cafouillage! —, le médecin s'est enfoncé dans cette affaire des avortements pratiqués en clinique privée — acte 2: fatras!

La faiblesse de sa communication laisse d'ailleurs le champ libre à tous ceux qui savent rugir au bon moment. Gaétan Barrette, qui dirige la Fédération des médecins spécialistes, l'a — trop — bien compris.

Un communiqué de presse diffusé hier a enfin confirmé que les interruptions de grossesse seront retirées du projet de loi 34, destiné à mieux encadrer les interventions en cliniques privées. En dépit de cette résolution de problème, le mal s'est répandu. C'est la gangrène qui guette.

En insistant sur la sécurité et la qualité des soins en milieu privé, M. Bolduc a laissé entendre que les avortements exercés en clinique n'étaient pas sûrs. Ce sous-entendu est d'autant plus grave que ce n'est absolument pas le cas! Lors de la controverse au sujet du dépistage du cancer du sein — qui révélait, celle-là, de vraies lacunes en matière de sécurité —, le ministre avait au contraire adopté une attitude désinvolte, laissant croire à un faux problème. De toute évidence, l'homme a besoin d'un pilote pour guider ses réactions à vif. Car, disons-le, il n'a pas réglé hier sa dernière crise!

L'expérience politique, il est vrai, ne s'acquiert pas en cabinet médical. La gaucherie de M. Bolduc serait somme toute bénigne si ce n'était l'importance de la crédibilité dans le poste qu'il occupe. Or celle-ci s'étiole. La population voudrait bien croire cet homme à la bouille sympathique, mais elle doute maintenant de l'épaisseur de sa cuirasse. Si chancelant au micro, se changerait-il en guerrier au conseil des ministres? Dans le réseau de la santé, l'amertume suit chacune des crises qu'il gère faiblement. Au ministère lui-même, les communications sont pitoyables, ce qui ajoute à la confusion générale.

Si le premier ministre Jean Charest a encore, comme il le semble, toute confiance en cet homme qu'il a choisi deux fois plutôt qu'une, il devrait maintenant s'affairer à lui fournir le soutien nécessaire pour en faire davantage qu'un gestionnaire efficace aux méthodes Toyota, mais aussi un solide tribun. Il s'agit d'un cas... urgent.

***

machouinard@ledevoir.com






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