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L'héritage de Monique Jérôme-Forget s'effrite

Après les PPP, la modernisation de l'État est mise sous le boisseau par Québec

Antoine Robitaille   7 juillet 2009  Québec
Québec — Après les PPP, un autre héritage de l'ex-ministre Monique Jérôme-Forget a été mis sous le boisseau: la modernisation de l'État. Depuis le 23 juin, toute la structure mise en place et développée par l'ex-ministre, le «sous-secrétariat à la modernisation de l'État», a été transférée au ministère des Services gouvernementaux, dont la titulaire est Dominique Vien.

Le sous-secrétariat supervise une dizaine de projets de réforme qui ont été lancés en 2003 par Monique Jérôme-Forget. La «modernisation» est l'euphémisme choisi par le gouvernement pour remplacer la «réingénierie», un mot devenu tabou dès l'automne 2003. Mme Jérôme-Forget, qui était devenue présidente du Conseil du trésor dès avril 2003, en avait fait le coeur de son action avant que ne s'ajoute sur sa table le portefeuille des Finances, en mai 2007.

«La toile de fond»

Dans le site Internet du Conseil du trésor, qui n'avait pas encore été modifié hier, on décrivait la modernisation comme la «toile de fond d'un Québec renouvelé». On y expliquait aussi qu'elle regroupe des priorités telles que la création de Services Québec, le développement du Gouvernement en ligne et la création de l'Agence des partenariats public-privé. La ministre Jérôme-Forget, qui a démissionné le 8 avril, s'était aussi donné comme but la réduction de la taille de la fonction publique, la modernisation du réseau de la santé et des services sociaux. Elle voulait revoir le rôle et la gouvernance des sociétés d'État et réexaminer les organismes publics. Le site précise que «la présidente du Conseil du trésor et ministre responsable de l'Administration gouvernementale, Mme Monique Jérôme-Forget, coordonne les travaux de modernisation de l'État».

Monique Gagnon-Tremblay ne veut plus les «coordonner»? Au bureau de la nouvelle présidente du Conseil du trésor, on répond que ce changement est purement administratif. Il ne faut pas y voir, a précisé l'attachée de presse Geneviève Villemure-Denis, une façon de minorer l'héritage et les combats de Mme Jérôme-Forget. «La ministre [Gagnon-Tremblay] ne donne pas un signal que c'est moins important, c'est un changement administratif», a-t-elle insisté. Fait à noter, Mme Gagnon-Tremblay a gardé sous sa responsabilité l'Agence des PPP qui sera, à partir du 3 août, présidée par Normand Bergeron, actuellement sous-ministre aux Ressources naturelles. Le président de l'Agence des PPP, Pierre Lefebvre, un proche de Mme Jérôme-Forget et issu du secteur privé, a annoncé récemment qu'il «ne solliciterait pas un nouveau mandat» à la tête de l'organisme, pour reprendre les termes de Mme Villemure-Denis. Le 23 juin, jour où le conseil des ministres a entériné un grand chambardement au palier des sous-ministres, M. Lefebvre a été nommé secrétaire associé du Conseil du trésor. Il entrera en poste le 3 août, mais il s'agirait d'une mesure transitoire avant qu'il ne quitte la fonction publique.

C'est ce même jour que la sous-ministre responsable de la Modernisation, Sylvie Grondin, a été transférée au ministère des Services gouvernementaux. Jointe par Le Devoir, elle a soutenu que ce déplacement était «normal». Si le Plan de modernisation de 2003 a été très «médiatisé», c'est qu'il s'agissait d'une première étape chère à la ministre de l'époque. «Là, on entre dans une seconde étape beaucoup plus administrative. On fait des évaluations de mise en commun de projets pour trouver des nouvelles façons de faire. C'est plus sur le plan administratif que politique que ça se passe. C'est pour ça qu'on en parle moins dans les médias. Mais ça ne veut pas dire pour autant que l'appareil n'est pas en action», a-t-elle soutenu. C'est pourquoi, à ses yeux, la modernisation a «moins besoin de l'appui du Conseil du trésor de façon très officielle et très rigoureuse». Les choses étant bien enclenchées, il s'agit de «poursuivre sur la lancée des changements». La modernisation a fait l'objet de deux rapports d'étape qui en ont décrit la progression. Mme Grondin ne croit pas qu'il y en aura un troisième, même si le deuxième rapport mettait en lumière plusieurs tâches inachevées.

Des «patentes»

Des sources indiquent que Mme Gagnon-Tremblay n'est pas tellement intéressée par les «patentes de l'autre Monique». Depuis qu'elle est en poste au Conseil du trésor, poste qu'elle a accepté de mauvaise grâce («j'étais bien aux Relations internationales», l'a-t-on entendu dire), Mme Gagnon-Tremblay a souligné à de multiples reprises que les PPP n'étaient pas une «religion», laissant entendre que des projets prévus pour être en PPP pourraient se réaliser en «conventionnel». Quant à la modernisation, on souligne que la ministre Gagnon-Tremblay aurait eu «peu de temps» et «peu d'intérêt» pour s'en occuper, même si elle est ministre «responsable de l'Administration gouvernementale». En effet, elle sera absorbée dès l'automne par les négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public. Celles-ci s'annoncent ardues, d'une part parce que les syndicats font front commun et se sont fait imposer les dernières conventions; d'autre part, parce que l'État est désargenté. Justement, la modernisation avait pour but, au départ, de «dégager des marges de manoeuvre», pour reprendre l'expression consacrée. Pour plusieurs, la montagne a accouché d'une souris. À part la politique du non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux, qui permet d'économiser quelque 400 millions annuellement, la modernisation a marginalement permis de réduire les coûts de l'État.






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