La résignation tranquille
Il était prévisible que le cri d'alarme lancé par François Legault, qui s'inquiète du «déclin tranquille» du Québec, serait mal accueilli dans les milieux syndicaux. «Le monde est en train de mourir au travail [sic] et on parle de gains de productivité», s'est indigné le président de la CSQ, Réjean Parent.
Il est vrai qu'à la veille des négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public, le plaidoyer de M. Legault en faveur d'une plus grande efficacité dans les réseaux de la santé et de l'éducation n'est pas de nature à plaire aux centrales syndicales.
En octobre 2006, Lucien Bouchard avait suscité des réactions semblables, quand il avait déclaré, dans une entrevue accordée au réseau TVA, que les Québécois ne travaillaient pas suffisamment. «L'esclavage, c'est fini», avait déclaré sans rire le vice-président de la CSN, Roger Valois.
C'est très bien de dénoncer les conditions avantageuses consenties aux multinationales, comme l'a fait M. Parent, mais il demeure que la semaine de travail est en moyenne plus courte au Québec qu'en Ontario ou aux États-Unis, que les vacances sont plus longues et la retraite plus hâtive. Cela explique au moins en partie cet écart de richesse, donc de niveau de vie, que déplorait M. Legault.
Évoquer nos origines latines serait un peu simpliste, mais il y a certainement une question de psychologie collective. Un récent sondage SOM effectué pour le compte de la Sécurité financière Desjardins indiquait que l'argent constitue un facteur de stress pour seulement 15 % des Québécois, par rapport à 31,5 % dans les Prairies, 34,1 % en Ontario, 35,3 % en Colombie-Britannique et 38,4 % dans les Maritimes.
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Il est vrai que le Québec est moins touché par la récession que d'autres régions du Canada, mais la différence d'attitude face à l'argent est beaucoup trop importante pour être simplement conjoncturelle. Il y a sans doute là une question de valeurs, mais il est également permis de croire qu'un filet de sécurité sociale plus développé (et coûteux) qu'ailleurs contribue à renforcer ce détachement.
Rassurés par un discours politique qui fait miroiter les richesses inépuisables du Grand Nord ou encore les vertus quasi magiques de la souveraineté, les Québécois n'ont peut-être pas pris la pleine mesure du défi démographique et de la concurrence des économies émergentes. Mal servie par l'ADQ, la pensée «lucide» n'a pas encore pénétré les esprits. Pour la grande majorité, le «modèle québécois» demeure un gage de sécurité et ceux qui le remettent en question ne sont que des suppôts du néolibéralisme.
En revanche, la population semble tout à fait consciente de la situation fragile du français, même après trente-deux ans de loi 101. Selon le sondage de Léger Marketing effectué à la demande de l'Association d'études canadiennes, 87 % des francophones estiment que «la langue française est menacée à Montréal». Plus étonnant, 43 % croient que c'est également le cas dans le reste du Québec.
Tous les indicateurs d'insécurité sont à la hausse, par rapport à un sondage semblable effectué en 2007. Il y a aujourd'hui 66 % de francophones (58 % en 2007) qui trouvent que les anglophones «se comportent comme s'ils étaient une majorité» et 45 % (39 % en 2007) qui les jugent «trop agressifs dans leurs revendications».
Pourtant, la résignation et l'indifférence devant les enjeux politiques, économiques et financiers que déplorait M. Legault caractérisent aussi l'attitude des Québécois face à la question linguistique. Ils se disent peut-être inquiets dans les sondages, mais cela n'entraîne aucune réaction concrète.
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En réponse aux projections qui annoncent l'inévitable minorisation des francophones sur l'île de Montréal, le gouvernement Charest n'a proposé que quelques mesures insignifiantes, ce qui lui a valu de retrouver sa majorité en décembre dernier.
Il y a vingt ans, les tergiversations de Robert Bourassa sur la question de l'affichage avaient poussé des dizaines de milliers de personnes à descendre dans la rue. Aujourd'hui, les organismes de défense du français peinent à en mobiliser trois cents. Comme a déjà dit l'écrivain-cinéaste Jacques Godbout: «Entre deux parades de la Saint-Jean-Baptiste, le mouton rentre sagement à la bergerie.»
À l'époque, les centrales syndicales étaient au premier rang de la lutte pour un Québec plus français, mais les temps ont bien changé. Lors du Rendez-vous des gens d'affaires que le gouvernement Charest avait organisé l'automne dernier pour donner au moins l'impression de faire quelque chose, les représentants du PQ, dont M. Legault, avaient eu la mauvaise surprise d'entendre les porte-parole syndicaux s'opposer à sa proposition d'étendre aux entreprises de moins de 50 employés les dispositions de la Charte de la langue française. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, avait alors expliqué que «le mieux est l'ennemi du bien».
À cette occasion, on avait rendu publics les résultats d'un sondage sur la langue de service dans les petits commerces de Montréal, selon lequel une majorité de francophones ne réclamaient pas que l'on s'adresse à eux en français. Pourquoi en donner plus que le client en demande, n'est-ce pas?
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mdavid@ledevoir.com
Il est vrai qu'à la veille des négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public, le plaidoyer de M. Legault en faveur d'une plus grande efficacité dans les réseaux de la santé et de l'éducation n'est pas de nature à plaire aux centrales syndicales.
En octobre 2006, Lucien Bouchard avait suscité des réactions semblables, quand il avait déclaré, dans une entrevue accordée au réseau TVA, que les Québécois ne travaillaient pas suffisamment. «L'esclavage, c'est fini», avait déclaré sans rire le vice-président de la CSN, Roger Valois.
C'est très bien de dénoncer les conditions avantageuses consenties aux multinationales, comme l'a fait M. Parent, mais il demeure que la semaine de travail est en moyenne plus courte au Québec qu'en Ontario ou aux États-Unis, que les vacances sont plus longues et la retraite plus hâtive. Cela explique au moins en partie cet écart de richesse, donc de niveau de vie, que déplorait M. Legault.
Évoquer nos origines latines serait un peu simpliste, mais il y a certainement une question de psychologie collective. Un récent sondage SOM effectué pour le compte de la Sécurité financière Desjardins indiquait que l'argent constitue un facteur de stress pour seulement 15 % des Québécois, par rapport à 31,5 % dans les Prairies, 34,1 % en Ontario, 35,3 % en Colombie-Britannique et 38,4 % dans les Maritimes.
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Il est vrai que le Québec est moins touché par la récession que d'autres régions du Canada, mais la différence d'attitude face à l'argent est beaucoup trop importante pour être simplement conjoncturelle. Il y a sans doute là une question de valeurs, mais il est également permis de croire qu'un filet de sécurité sociale plus développé (et coûteux) qu'ailleurs contribue à renforcer ce détachement.
Rassurés par un discours politique qui fait miroiter les richesses inépuisables du Grand Nord ou encore les vertus quasi magiques de la souveraineté, les Québécois n'ont peut-être pas pris la pleine mesure du défi démographique et de la concurrence des économies émergentes. Mal servie par l'ADQ, la pensée «lucide» n'a pas encore pénétré les esprits. Pour la grande majorité, le «modèle québécois» demeure un gage de sécurité et ceux qui le remettent en question ne sont que des suppôts du néolibéralisme.
En revanche, la population semble tout à fait consciente de la situation fragile du français, même après trente-deux ans de loi 101. Selon le sondage de Léger Marketing effectué à la demande de l'Association d'études canadiennes, 87 % des francophones estiment que «la langue française est menacée à Montréal». Plus étonnant, 43 % croient que c'est également le cas dans le reste du Québec.
Tous les indicateurs d'insécurité sont à la hausse, par rapport à un sondage semblable effectué en 2007. Il y a aujourd'hui 66 % de francophones (58 % en 2007) qui trouvent que les anglophones «se comportent comme s'ils étaient une majorité» et 45 % (39 % en 2007) qui les jugent «trop agressifs dans leurs revendications».
Pourtant, la résignation et l'indifférence devant les enjeux politiques, économiques et financiers que déplorait M. Legault caractérisent aussi l'attitude des Québécois face à la question linguistique. Ils se disent peut-être inquiets dans les sondages, mais cela n'entraîne aucune réaction concrète.
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En réponse aux projections qui annoncent l'inévitable minorisation des francophones sur l'île de Montréal, le gouvernement Charest n'a proposé que quelques mesures insignifiantes, ce qui lui a valu de retrouver sa majorité en décembre dernier.
Il y a vingt ans, les tergiversations de Robert Bourassa sur la question de l'affichage avaient poussé des dizaines de milliers de personnes à descendre dans la rue. Aujourd'hui, les organismes de défense du français peinent à en mobiliser trois cents. Comme a déjà dit l'écrivain-cinéaste Jacques Godbout: «Entre deux parades de la Saint-Jean-Baptiste, le mouton rentre sagement à la bergerie.»
À l'époque, les centrales syndicales étaient au premier rang de la lutte pour un Québec plus français, mais les temps ont bien changé. Lors du Rendez-vous des gens d'affaires que le gouvernement Charest avait organisé l'automne dernier pour donner au moins l'impression de faire quelque chose, les représentants du PQ, dont M. Legault, avaient eu la mauvaise surprise d'entendre les porte-parole syndicaux s'opposer à sa proposition d'étendre aux entreprises de moins de 50 employés les dispositions de la Charte de la langue française. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, avait alors expliqué que «le mieux est l'ennemi du bien».
À cette occasion, on avait rendu publics les résultats d'un sondage sur la langue de service dans les petits commerces de Montréal, selon lequel une majorité de francophones ne réclamaient pas que l'on s'adresse à eux en français. Pourquoi en donner plus que le client en demande, n'est-ce pas?
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mdavid@ledevoir.com
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