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Le loup solitaire

Michel David   26 juin 2009  Québec
François Legault a toujours été un loup solitaire. Quand il a décidé de quitter Air Transat, au printemps 1997, il a vendu ses actions sans prévenir ses associés. En juin 2005, alors que tout le monde tenait pour acquis qu'il serait candidat à la succession de Bernard Landry, ses partisans avaient digéré tout aussi mal son soudain désistement.

L'annonce de sa démission n'a pas dû surprendre beaucoup ses collègues du caucus péquiste, à qui il avait souvent confié sa lassitude. Il reste qu'encore une fois, il a repris ses billes à un bien mauvais moment. Après une fin de session pénible à l'Assemblée nationale, des sondages inquiétants et la douloureuse défaite dans Rivière-du-Loup, son départ donne l'impression d'une débandade. Immanquablement, le leadership de Mme Marois s'en trouve affaibli. Il ne faudrait surtout pas que le PQ perde maintenant l'élection qui devra être tenue dans Rousseau.

Le départ de M. Legault rappelle celui de son mentor, Lucien Bouchard, dont il était demeuré proche. Dans son discours d'adieu, en janvier 2001, M. Bouchard avait déploré que les Québécois soient demeurés «étonnamment impassibles» face aux exactions fédérales. Hier, M. Legault s'est désolé de leur «apathie» et de leur «indifférence» devant le «déclin tranquille» du Québec, aussi bien sur le plan économique que politique.

Il est vrai que l'opposition lui pesait, même s'il était louangé de toutes parts, mais il n'était manifestement pas emballé par le nouveau «Plan pour un Québec souverain» présenté par Pauline Marois. En conférence de presse, il a eu la délicatesse d'éviter la question, se contentant de dire que la souveraineté lui semblait toujours «pertinente», mais il s'était volontairement exclu du comité de dix députés qui ont élaboré le plan.

M. Legault n'aimait pas les choses faites à moitié. L'été dernier, il avait créé une commotion au caucus en déclarant qu'à partir du moment où le PQ renonçait à tenir un référendum sur la souveraineté dans un avenir prévisible, il valait mieux mettre aussi la souveraineté en veilleuse pour s'attaquer aux problèmes urgents auxquels est confronté le Québec.

Si un gouvernement péquiste consacre l'essentiel de ses énergies à se quereller avec Ottawa et à promouvoir la souveraineté, comment pourrait-il se concentrer sur les défis économiques et financiers qu'il a proposés hier?

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M. Legault a rendu hommage à Mme Marois, soulignant qu'il est rare de rencontrer quelqu'un d'aussi peu rancunier en politique. Il est vrai que la chef du PQ aurait eu bien des raisons de lui en vouloir. Elle n'a jamais oublié que M. Legault l'a trahie après l'annonce de la démission de Lucien Bouchard, quand il s'est rallié à Bernard Landry après avoir proposé une alliance formelle à sa collègue.

«Qui a trahi, trahira», a déclaré Mme Marois au sujet de Clément Gignac. Même si elle ne pouvait reprocher aucun geste de déloyauté à M. Legault depuis qu'elle a succédé à André Boisclair, elle était bien placée pour savoir que l'ambition peut être contenue un certain temps, mais qu'elle ne meurt pas.

La chef du PQ était cependant bien consciente de ce que lui apportait son rival. Il n'était peut-être pas un homme d'équipe, mais son départ laisse un trou béant au sein de l'aile parlementaire, que la jeune garde n'est pas en mesure de combler pour le moment, comme le premier ministre Charest s'est fait un plaisir de le souligner. M. Legault était non seulement un formidable vulgarisateur, mais sa qualité d'homme d'affaires à succès servait aussi de caution au PQ et au projet souverainiste.

À plusieurs reprises depuis deux ans, M. Legault s'est mordu les lèvres pour ne pas s'emporter contre le manque de jugement politique de Mme Marois. À le voir rouler les ministres libéraux dans la farine l'un après l'autre, plusieurs ont dû se dire qu'il aurait fait un excellent chef. D'ailleurs, à 52 ans, il s'est bien gardé de fermer la porte à un éventuel retour en politique. L'avenir est si imprévisible au PQ.

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Il y a deux semaines, plusieurs ont été surpris d'entendre M. Legault dénoncer les «vaches sacrées», mais il a toujours été un «lucide» dans l'âme. En 2002, alors qu'il était ministre de la Santé dans le gouvernement Bouchard, il avait déclaré: «Il ne faut pas avoir peur de remettre en cause le modèle québécois.»

Un rapport rédigé à l'époque par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal l'avait identifié comme «le meneur de cette pensée de droite» au PQ, à laquelle étaient également associés Joseph Facal et André Boisclair.

Son départ va créer un déséquilibre dans la dynamique interne du PQ. M. Legault n'était pas un homme de droite, mais il croyait à une social-démocratie pragmatique. Lui parti, l'influence de l'aile dite progressiste sera renforcée.

Dans l'espoir de sauver son leadership au congrès de 2OO5, Bernard Landry avait permis l'adoption du programme le plus à gauche de toute l'histoire du PQ. De plus en plus, Mme Marois devra penser elle aussi au vote de confiance qui sera tenu au congrès du printemps 2011. Rien ne ferait plus plaisir à Jean Charest que de voir le PQ lui abandonner le centre.

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mdavid@ledevoir.com






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