L'avenir du Québec inquiète Legault
«Le Québec s'est engagé dans un déclin tranquille. Et cela, malheureusement trop souvent dans la résignation et l'indifférence.»
Photo : Clément Allard
François Legault a annoncé hier à Québec qu’il quittait la vie politique.
Québec — François Legault a fait ses adieux à la vie politique, hier, non sans partager ses inquiétudes quant au «déclin tranquille» du Québec, les Québécois étant incapables collectivement de tout projet ambitieux.
Âgé de 52 ans, François Legault abandonne son siège de la circonscription de Rousseau un peu plus de dix ans après que Lucien Bouchard l'eut invité à se lancer en politique. Celui qui a été successivement, de 1998 à 2003, ministre de l'Industrie et du Commerce, ministre de l'Éducation et ministre de la Santé et des Services sociaux pour ensuite devenir pendant six longues années un pilier de l'opposition péquiste, s'est dit «inquiet de l'avenir du Québec. Inquiet, parce que je sens que le Québec s'est engagé dans un déclin tranquille. Et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l'indifférence».
Au cours d'un point de presse au parlement, François Legault a livré une forme de testament politique dont il avait donné un avant-goût la semaine dernière dans sa remise en question des «vaches sacrées» et aussi en août dernier, quand il avait déclaré que le PQ devait mettre de côté son projet de souveraineté en raison du cynisme de la population. «Tout projet ambitieux, quel qu'il soit, peu importe les partis, est difficile à réaliser actuellement», a-t-il affirmé hier. «Certains me parleront sûrement de la souveraineté que nous n'avons pas encore réalisée, mais je pourrais aussi dire la même chose du renouvellement du fédéralisme, dont le fruit n'en finit plus de mûrir. La question du Québec n'est pas réglée, mais c'est comme si on refusait de se l'admettre collectivement.»
François Legault constate la même apathie devant les défis économiques et sociaux auxquels le Québec doit faire face. «La perte de confiance et le cynisme de la population envers la classe politique freinent tout élan», juge-t-il.
Avec le départ de François Legault, le Parti québécois perd son franc-tireur, celui qui a mené la charge ce printemps contre le gouvernement à l'Assemblée nationale. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a reconnu hier que sa démission était une «grosse perte» pour son équipe. Elle a salué «l'homme de rigueur et de chiffres» qui était aussi «capable de compassion». «Les six derniers mois ont mis en lumière sa ténacité, sa détermination et son sens de l'État, en particulier dans les dossiers de la Caisse de dépôt et placement, celui des FIER et plus dernièrement, celui des finances publiques», a souligné Mme Marois.
Le départ de M. Legault couronne une difficile semaine politique pour le Parti québécois. Pauline Marois balaie néanmoins du revers de la main les analyses voulant que son parti peine à reprendre l'initiative, au moment où l'Action démocratique chute et que le gouvernement Charest prête flanc à la critique sur plusieurs dossiers. «Je trouve qu'on fait une analyse un peu rapide. Je suis revenue au Parti québécois il y a deux ans. Nous étions la deuxième opposition, en chute dans les sondages. Nous avons été réélus avec 51 députés, nous avons formé l'opposition officielle. [...] C'est un peu facile de tirer maintenant des conclusions voulant qu'en deux jours et demi ou deux semaines, ça se serait désorganisé», s'est défendu la chef péquiste.
Si le premier ministre Jean Charest estime que «des divisions profondes» au sein du Parti québécois expliquent le départ de François Legault, il a tout de même eu de bons mots hier pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances. «Nous avons eu raison de ne pas le sous-estimer, car sur le plan parlementaire, il s'est révélé un adversaire de taille. Il en a fait la démonstration», a dit M. Charest lors d'un point de presse à Bruxelles, où il prend part à un forum sur les changements climatiques.
Au cours de la dernière session, M. Legault était parvenu avec une facilité déconcertante à mettre en boîte le ministre des Finances, Raymond Bachand, tant au sujet des pertes de la Caisse de dépôt et placement qu'en ce qui concerne la gestion des Fonds d'investissement régionaux (FIER). Son départ laissera un trou béant dans les rangs péquistes.
«M. Legault était à peu près le seul à aborder les questions économiques. [...] Les enjeux de l'économie semblent extrêmement difficiles à aborder au PQ. Ils préfèrent ne pas en parler, tant les divisions semblent profondes», selon le premier ministre.
Le coeur n'y était plus
Mais si François Legault quitte la vie politique, c'est avant tout parce qu'il n'avait plus la «motivation personnelle» pour continuer son rôle de critique dans l'opposition. Il n'a «aucun plan» pour revenir en politique, a-t-il dit. François Legault se décrit comme «un gars d'action» qui aime mieux construire que critiquer. L'ex-dirigeant d'Air Transat retournera dans le secteur privé, mais pas avant avoir fait une pause de six mois à un an durant laquelle il en profitera pour voyager et passer du temps avec son épouse et ses deux enfants, âgés de 15 et 16 ans. Le député démissionnaire n'entend pas suivre l'avis de la Ligue des contribuables, qui l'a sommé de renoncer à son indemnité de transition, qui s'élève à quelque 130 000 $. «Je vais prendre ce [à quoi] j'ai le droit. Et puis, je ne pense pas que je suis venu en politique pour faire de l'argent», a dit l'ex-député millionnaire.
François Legault a tenu à remercier en premier lieu Lucien Bouchard grâce à qui, surtout, il a pu vivre «ces dix années passionnantes», puis Bernard Landry et André Boisclair. M. Legault a aussi témoigné sa «reconnaissance» à Pauline Marois, «une femme d'équipe» qui lui a offert toute sa collaboration dans les dossiers économiques. «Pauline Marois est une femme généreuse, tenace et sans rancune comme on en voit rarement en politique», a dit François Legault, une allusion au coup de Jarnac qu'il lui avait infligé en 2001 en brisant une alliance conclue avec elle pour la direction du PQ quand il s'est rallié à Bernard Landry.
C'est la semaine dernière, jeudi, que M. Legault a annoncé à Mme Marois qu'il avait l'intention de démissionner. La chef péquiste lui a demandé de réfléchir jusqu'à lundi, et M. Legault lui a alors confirmé sa décision.
Aux yeux de François Legault, le Québec doit relever trois défis. Le Québec est encore un des États les moins riches d'Amérique du Nord, ses réseaux publics de santé et d'éducation éprouvent de «graves problèmes d'efficacité» et, enfin, il vit une crise des finances publiques.
Pour augmenter sa richesse et éviter «l'exode de nos jeunes» aux États-Unis, le Québec devra investir davantage en éducation, se doter d'une fiscalité plus attrayante pour les entreprises et mieux utiliser ses outils de développement économique, telle la Caisse de dépôt et placement du Québec, croit François Legault.
Dans le secteur public, il faut adopter «une culture de l'évaluation», estime celui qui, comme ministre, avait introduit le concept de contrat de performance au sein des réseaux de l'éducation et de la santé. Il faut aussi se préoccuper des finances publiques, qui sont en «situation de crise» avec un problème de déficits structurels qui va s'accentuer au cours des prochaines années en raison du vieillissement de la population. «C'est collectivement qu'il va falloir se poser ces questions-là. Moi, je ne souhaite pas être la première génération qui laisse moins à ses enfants que ce qu'elle a reçu de ses parents.»
François Legault note qu'il aura fallu l'arrivée d'un leader charismatique, Barack Obama, aux États-Unis pour changer les choses et contrer le cynisme. «C'est certain que [pendant] les six dernières années [au Québec], on n'a pas vu de projets emballants», a-t-il fait observer.
Selon François Bonnardel, député de Shefford et porte-parole adéquiste en matière de finances, François Legault, c'est «un autre lucide qui décide de quitter le navire du Parti québécois». Pour lui, François Legault est un homme d'affaires qui «constate que le Québec s'enlise dans une saine gestion des finances publiques qui n'existe pas» et qui tient «un discours de centre droit». Personne à l'Action démocratique du Québec n'a pas tenté de convaincre M. Legault de se rallier au parti, a précisé M. Bonnardel.
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Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy
Âgé de 52 ans, François Legault abandonne son siège de la circonscription de Rousseau un peu plus de dix ans après que Lucien Bouchard l'eut invité à se lancer en politique. Celui qui a été successivement, de 1998 à 2003, ministre de l'Industrie et du Commerce, ministre de l'Éducation et ministre de la Santé et des Services sociaux pour ensuite devenir pendant six longues années un pilier de l'opposition péquiste, s'est dit «inquiet de l'avenir du Québec. Inquiet, parce que je sens que le Québec s'est engagé dans un déclin tranquille. Et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l'indifférence».
Au cours d'un point de presse au parlement, François Legault a livré une forme de testament politique dont il avait donné un avant-goût la semaine dernière dans sa remise en question des «vaches sacrées» et aussi en août dernier, quand il avait déclaré que le PQ devait mettre de côté son projet de souveraineté en raison du cynisme de la population. «Tout projet ambitieux, quel qu'il soit, peu importe les partis, est difficile à réaliser actuellement», a-t-il affirmé hier. «Certains me parleront sûrement de la souveraineté que nous n'avons pas encore réalisée, mais je pourrais aussi dire la même chose du renouvellement du fédéralisme, dont le fruit n'en finit plus de mûrir. La question du Québec n'est pas réglée, mais c'est comme si on refusait de se l'admettre collectivement.»
François Legault constate la même apathie devant les défis économiques et sociaux auxquels le Québec doit faire face. «La perte de confiance et le cynisme de la population envers la classe politique freinent tout élan», juge-t-il.
Avec le départ de François Legault, le Parti québécois perd son franc-tireur, celui qui a mené la charge ce printemps contre le gouvernement à l'Assemblée nationale. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a reconnu hier que sa démission était une «grosse perte» pour son équipe. Elle a salué «l'homme de rigueur et de chiffres» qui était aussi «capable de compassion». «Les six derniers mois ont mis en lumière sa ténacité, sa détermination et son sens de l'État, en particulier dans les dossiers de la Caisse de dépôt et placement, celui des FIER et plus dernièrement, celui des finances publiques», a souligné Mme Marois.
Le départ de M. Legault couronne une difficile semaine politique pour le Parti québécois. Pauline Marois balaie néanmoins du revers de la main les analyses voulant que son parti peine à reprendre l'initiative, au moment où l'Action démocratique chute et que le gouvernement Charest prête flanc à la critique sur plusieurs dossiers. «Je trouve qu'on fait une analyse un peu rapide. Je suis revenue au Parti québécois il y a deux ans. Nous étions la deuxième opposition, en chute dans les sondages. Nous avons été réélus avec 51 députés, nous avons formé l'opposition officielle. [...] C'est un peu facile de tirer maintenant des conclusions voulant qu'en deux jours et demi ou deux semaines, ça se serait désorganisé», s'est défendu la chef péquiste.
Si le premier ministre Jean Charest estime que «des divisions profondes» au sein du Parti québécois expliquent le départ de François Legault, il a tout de même eu de bons mots hier pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances. «Nous avons eu raison de ne pas le sous-estimer, car sur le plan parlementaire, il s'est révélé un adversaire de taille. Il en a fait la démonstration», a dit M. Charest lors d'un point de presse à Bruxelles, où il prend part à un forum sur les changements climatiques.
Au cours de la dernière session, M. Legault était parvenu avec une facilité déconcertante à mettre en boîte le ministre des Finances, Raymond Bachand, tant au sujet des pertes de la Caisse de dépôt et placement qu'en ce qui concerne la gestion des Fonds d'investissement régionaux (FIER). Son départ laissera un trou béant dans les rangs péquistes.
«M. Legault était à peu près le seul à aborder les questions économiques. [...] Les enjeux de l'économie semblent extrêmement difficiles à aborder au PQ. Ils préfèrent ne pas en parler, tant les divisions semblent profondes», selon le premier ministre.
Le coeur n'y était plus
Mais si François Legault quitte la vie politique, c'est avant tout parce qu'il n'avait plus la «motivation personnelle» pour continuer son rôle de critique dans l'opposition. Il n'a «aucun plan» pour revenir en politique, a-t-il dit. François Legault se décrit comme «un gars d'action» qui aime mieux construire que critiquer. L'ex-dirigeant d'Air Transat retournera dans le secteur privé, mais pas avant avoir fait une pause de six mois à un an durant laquelle il en profitera pour voyager et passer du temps avec son épouse et ses deux enfants, âgés de 15 et 16 ans. Le député démissionnaire n'entend pas suivre l'avis de la Ligue des contribuables, qui l'a sommé de renoncer à son indemnité de transition, qui s'élève à quelque 130 000 $. «Je vais prendre ce [à quoi] j'ai le droit. Et puis, je ne pense pas que je suis venu en politique pour faire de l'argent», a dit l'ex-député millionnaire.
François Legault a tenu à remercier en premier lieu Lucien Bouchard grâce à qui, surtout, il a pu vivre «ces dix années passionnantes», puis Bernard Landry et André Boisclair. M. Legault a aussi témoigné sa «reconnaissance» à Pauline Marois, «une femme d'équipe» qui lui a offert toute sa collaboration dans les dossiers économiques. «Pauline Marois est une femme généreuse, tenace et sans rancune comme on en voit rarement en politique», a dit François Legault, une allusion au coup de Jarnac qu'il lui avait infligé en 2001 en brisant une alliance conclue avec elle pour la direction du PQ quand il s'est rallié à Bernard Landry.
C'est la semaine dernière, jeudi, que M. Legault a annoncé à Mme Marois qu'il avait l'intention de démissionner. La chef péquiste lui a demandé de réfléchir jusqu'à lundi, et M. Legault lui a alors confirmé sa décision.
Aux yeux de François Legault, le Québec doit relever trois défis. Le Québec est encore un des États les moins riches d'Amérique du Nord, ses réseaux publics de santé et d'éducation éprouvent de «graves problèmes d'efficacité» et, enfin, il vit une crise des finances publiques.
Pour augmenter sa richesse et éviter «l'exode de nos jeunes» aux États-Unis, le Québec devra investir davantage en éducation, se doter d'une fiscalité plus attrayante pour les entreprises et mieux utiliser ses outils de développement économique, telle la Caisse de dépôt et placement du Québec, croit François Legault.
Dans le secteur public, il faut adopter «une culture de l'évaluation», estime celui qui, comme ministre, avait introduit le concept de contrat de performance au sein des réseaux de l'éducation et de la santé. Il faut aussi se préoccuper des finances publiques, qui sont en «situation de crise» avec un problème de déficits structurels qui va s'accentuer au cours des prochaines années en raison du vieillissement de la population. «C'est collectivement qu'il va falloir se poser ces questions-là. Moi, je ne souhaite pas être la première génération qui laisse moins à ses enfants que ce qu'elle a reçu de ses parents.»
François Legault note qu'il aura fallu l'arrivée d'un leader charismatique, Barack Obama, aux États-Unis pour changer les choses et contrer le cynisme. «C'est certain que [pendant] les six dernières années [au Québec], on n'a pas vu de projets emballants», a-t-il fait observer.
Selon François Bonnardel, député de Shefford et porte-parole adéquiste en matière de finances, François Legault, c'est «un autre lucide qui décide de quitter le navire du Parti québécois». Pour lui, François Legault est un homme d'affaires qui «constate que le Québec s'enlise dans une saine gestion des finances publiques qui n'existe pas» et qui tient «un discours de centre droit». Personne à l'Action démocratique du Québec n'a pas tenté de convaincre M. Legault de se rallier au parti, a précisé M. Bonnardel.
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Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy
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