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Michel David   23 juin 2009  Québec
Pauline Marois avait commencé depuis plusieurs jours à préparer les esprits à la défaite de Paul Crête dans Rivière-du-Loup, alors qu'il partait pourtant favori, en expliquant que les résultats devraient être interprétés en fonction du chemin parcouru depuis l'élection du 8 décembre dernier, alors que le PQ avait recueilli seulement 14,2 % des voix.

Toutes les explications qu'elle pourra trouver à la victoire libérale ne changeront cependant rien à l'incontournable réalité: même avec le meilleur candidat imaginable, le PQ a été incapable de l'emporter dans une circonscription exclusivement francophone, qui a voté oui à hauteur de 55 % en 1995, alors que le gouvernement Charest en est à son troisième mandat et doit gérer la pire crise économique depuis les années 1930. Bref, même avec les meilleures «conditions gagnantes», le PQ a été battu nettement.

Il est vrai que Jean D'Amour était aussi un bon candidat. Manifestement, le manque d'éthique dont il a fait preuve en se transformant en lobbyiste aussitôt après avoir quitté l'Hôtel de Ville de Rivière-du-Loup de même que sa condamnation pour conduite en état d'ébriété n'ont pas pesé lourd par rapport aux mérites qu'on lui reconnaît.

Le coup est difficile à encaisser pour Mme Marois, qui n'arrive pas à s'imposer réellement comme solution de rechange à Jean Charest et dont le nouveau Plan pour un Québec souverain laisse la population très sceptique. Le pire est que les choses ne peuvent que s'améliorer pour les libéraux. S'ils s'en tirent aussi bien en ces temps de morosité, qu'est-ce que ce sera quand la reprise économique aura remis l'électorat de bonne humeur?

Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives d'une élection partielle à trois ou quatre ans des prochaines générales, mais l'élection d'hier n'en constitue pas moins un sérieux avertissement pour le PQ. Il n'avait aucune chance dans Marguerite-Bourgeoys, mais Christine Normandin n'a pas même réussi à atteindre les 21,7 % de décembre dernier.

Dans une autre circonscription que Rivière-du-Loup, l'ADQ, qui n'a pas de chef, aurait peut-être pu se satisfaire de 15 % des voix. Dans l'ancien fief de Mario Dumont, c'est très inquiétant pour l'avenir.

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Le PQ ne s'est jamais défait de cette fâcheuse habitude de se mettre des bâtons dans les roues. À partir du moment où il avait décidé de reporter son congrès national au printemps 2011, quelle était l'urgence de relancer le débat sur l'accession à la souveraineté? Pourquoi ne pas avoir attendu au début de l'automne pour présenter le nouveau plan?

Sans parler de la sortie de Jacques Parizeau qui, avec sa discrétion habituelle, a déclaré urbi et orbi que le PQ ne cherchait qu'à provoquer une crise politique. Non seulement son intervention a-t-elle brisé net l'élan du PQ à l'Assemblée nationale, où le gouvernement était dans les câbles depuis des mois, mais elle a aussi donné du poids au discours de M. D'Amour, qui opposait précisément la préoccupation libérale pour le développement économique à la dangereuse obsession séparatiste du PQ. Il devrait dire un gros merci à Monsieur!

Si les libéraux eux-mêmes estiment que l'intervention de M. Parizeau a marqué un tournant dans la campagne, les sondages indiquaient depuis plusieurs mois que le PQ n'arrivait pas à tirer profit des difficultés du gouvernement Charest.

Déjà, à la fin d'avril, un sondage Crop avait placé libéraux et péquistes presque à égalité dans les intentions de vote. Le dernier Crop, réalisé immédiatement après la publication du plan de Mme Marois et les commentaires de M. Parizeau, accorde maintenant cinq points d'avance au PLQ. Même des députés péquistes proches de Mme Marois constatent sous le sceau de la confidence qu'elle tire son parti vers le bas.

Au cours des dernières semaines, le PLQ a fait valoir aux électeurs de Rivière-du-Loup les avantages de «voter du bon bord», mais cela ne les avait pas empêchés d'envoyer des députés d'opposition à Québec et à Ottawa depuis quinze ans. Rien n'indique non plus que les électeurs de Rivière-du-Loup sont plus allergiques aux transfuges fédéraux que ceux de Lac-Saint-Jean, Borduas ou encore Bourget, qui ont tous élu d'anciens députés bloquistes au cours des dernières années.

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Il est ironique que le gouvernement Harper ait choisi le jour où Clément Gignac était élu triomphalement député de Marguerite-Bourgeoys — et peut-être à la veille d'être nommé ministre — pour annoncer officiellement la création d'une Commission des valeurs mobilières pancanadienne. M. Harper aurait voulu faire un pied de nez à Jean Charest qu'il n'aurait pas agi autrement.

Bien avant d'être embauché par le ministère fédéral des Finances pour élaborer un argumentaire visant à neutraliser l'opposition des provinces, notamment celle du Québec, M. Gignac s'était dit favorable au projet.

Il avait parfaitement le droit de choisir le PLQ plutôt que le PQ pour se lancer en politique, mais il est inquiétant de savoir qu'il appuyait un projet qui, après la prise de contrôle de la Bourse de Montréal par celle de Toronto, affaiblirait encore davantage le secteur financier québécois. C'est le genre de chose qui colle à la peau.

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mdavid@ledevoir.com






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