Par défaut
16 avril 2003
Québec
Ces élections devaient être celles du changement; elles ont été celles du dépit. Les libéraux ont gagné par défaut. Le taux d'abstention et l'effondrement du vote péquiste depuis 1998 expliquent le résultat du scrutin et non un élan irrésistible vers un changement particulier que prétend incarner le Parti libéral du Québec.
Un électeur sur trois a en effet boudé le scrutin, ce qui est en soi une donnée plus qu'inquiétante pour la démocratie, et quelque 470 000 électeurs péquistes ont déserté le parti qu'ils avaient choisi en 1998, non pas pour reporter leur vote sur le parti d'alternance mais pour rester à la maison ou pour appuyer un tiers parti dans l'espoir de renforcer l'opposition.
Les gains enregistrés par l'ADQ (un surplus de 200 000 voix par rapport à 1998) représentent des pertes pour les libéraux, qui auraient normalement dû récolter les fruits de l'usure du pouvoir s'ils avaient vraiment incarné le changement, autant que pour le Parti québécois.
On a déjà vu une vague déferler avec plus de violence sur un électorat que celle qui porte le PLQ au pouvoir.
À l'échelle de la province, en effet, le parti de Jean Charest a recueilli moins de voix qu'aux dernières élections générales. Au total, il a récolté quelque 15 000 votes de moins qu'en 1998, selon les données disponibles hier sur le site Internet du Directeur général des élections.
Dans six circonscriptions (Beauce-Sud, Montmorency, Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Saint-Jean, Trois-Rivières et Vimont), le PLQ a remporté la victoire avec un nombre de voix inférieur à celui obtenu par le candidat libéral aux dernières élections générales. Au delà de 50 000 électeurs libéraux ont boudé les urnes dans les forteresses de PLQ de l'ouest de Montréal et de l'Outaouais.
Ces cinq années de travail dont M. Charest et ses collègues parlent avec tant d'ardeur pour expliquer la victoire libérale lui auront procuré des gains somme toute relatifs. L'illumination dont les Québécois auraient été l'objet en le voyant au débat télévisé n'aura finalement atteint que des partisans qui ne demandaient qu'à se laisser convaincre.
Le seul des trois principaux partis dont les appuis se sont accrus depuis 1998, c'est l'Action démocratique du Québec. Contrairement à ce qu'on a entendu lundi soir, l'appui à l'ADQ n'a pas doublé. Le parti de Mario Dumont a recueilli quelque 700 000 votes, contre près de 500 000 il y a quatre ans. Ces votes sont parsemés dans toutes les circonscriptions du Québec, avec une concentration dans la région de Chaudière-Appalaches, où il a fait élire trois députés.
Cet éparpillement du vote adéquiste, doublé de la défaite des candidats qui avaient été élus lors des élections partielles, confirme l'absence d'enracinement de ce parti qui restera vraisemblablement marginal. Le résultat obtenu par l'ADQ (18 % du vote mais 3 % des sièges) ainsi que le taux élevé d'abstention montrent encore une fois la nécessité de réformer nos institutions démocratiques.
***
Quoi qu'il en soit, le résultat est le même. Le gouvernement est libéral. Mais nous ne sommes pas en train de changer d'époque. Nous n'entrons pas dans une nouvelle ère. La majorité des électeurs se disait satisfaite du gouvernement et le PQ formera une opposition forte, composée de 45 députés, dont plusieurs anciens ministres.
Le PLQ a été élu avec un programme qui propose essentiellement une méthode de gestion des deniers et des services publics. Si le PLQ s'acquitte bien de sa tâche à cet égard, s'il réussit la quadrature du cercle fiscal, nous lui en serons tous reconnaissants: imaginez des baisses d'impôts avec plus de services. Mais l'État n'est pas une entreprise de services. C'est beaucoup plus, et c'est ici que la vigilance de l'opposition et le dynamisme des mouvements sociaux seront essentiels.
Déjà, M. Charest s'est investi, lundi soir, d'un mandat dont il n'a jamais parlé pendant la campagne électorale, et surtout pas au débat des chefs, celui de changer le Canada. Il s'agit, dit-il, d'un «agenda connu».
Tant qu'il cherchera à obtenir d'Ottawa notre part du butin, comme l'ont fait tous les premiers ministres du Québec depuis Duplessis, il aura l'appui des Québécois. Mais avant d'engager l'État du Québec et la nation québécoise dans une réforme de la fédération, fût-elle de nature administrative, il devra répondre de ses intentions devant l'Assemblée nationale, et si les changements proposés modifient l'équilibre des pouvoirs ou le statut du Québec, il devra obtenir l'appui explicite de la population. Il n'a pas le droit, avec un mandat obtenu par l'alternance, de jouer avec l'avenir de la nation.
En outre, le passage du PQ dans l'opposition ne met nullement fin à la poursuite du projet souverainiste. La question nationale n'a pas été l'enjeu de ces élections. C'est d'ailleurs ce qui rendrait hasardeuse toute tentative de réforme significative de la part du gouvernement. Le débat n'a pas eu lieu.
Cela dit, pour l'heure, M. Charest a promis de travailler avec tous les Québécois, quelle que soit leur allégeance. Il en aura besoin. D'abord pour bien comprendre ce Québec, sur lequel le résultat des urnes n'est guère éclairant. Ensuite parce qu'il y a trop de forces vives au Québec qui ne partagent pas les orientations politiques libérales mais qui resteront toujours disposées à oeuvrer au bien commun, désormais placé entre les mains d'un nouveau premier ministre.
Bonne chance, M. Charest!
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
Un électeur sur trois a en effet boudé le scrutin, ce qui est en soi une donnée plus qu'inquiétante pour la démocratie, et quelque 470 000 électeurs péquistes ont déserté le parti qu'ils avaient choisi en 1998, non pas pour reporter leur vote sur le parti d'alternance mais pour rester à la maison ou pour appuyer un tiers parti dans l'espoir de renforcer l'opposition.
Les gains enregistrés par l'ADQ (un surplus de 200 000 voix par rapport à 1998) représentent des pertes pour les libéraux, qui auraient normalement dû récolter les fruits de l'usure du pouvoir s'ils avaient vraiment incarné le changement, autant que pour le Parti québécois.
On a déjà vu une vague déferler avec plus de violence sur un électorat que celle qui porte le PLQ au pouvoir.
À l'échelle de la province, en effet, le parti de Jean Charest a recueilli moins de voix qu'aux dernières élections générales. Au total, il a récolté quelque 15 000 votes de moins qu'en 1998, selon les données disponibles hier sur le site Internet du Directeur général des élections.
Dans six circonscriptions (Beauce-Sud, Montmorency, Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Saint-Jean, Trois-Rivières et Vimont), le PLQ a remporté la victoire avec un nombre de voix inférieur à celui obtenu par le candidat libéral aux dernières élections générales. Au delà de 50 000 électeurs libéraux ont boudé les urnes dans les forteresses de PLQ de l'ouest de Montréal et de l'Outaouais.
Ces cinq années de travail dont M. Charest et ses collègues parlent avec tant d'ardeur pour expliquer la victoire libérale lui auront procuré des gains somme toute relatifs. L'illumination dont les Québécois auraient été l'objet en le voyant au débat télévisé n'aura finalement atteint que des partisans qui ne demandaient qu'à se laisser convaincre.
Le seul des trois principaux partis dont les appuis se sont accrus depuis 1998, c'est l'Action démocratique du Québec. Contrairement à ce qu'on a entendu lundi soir, l'appui à l'ADQ n'a pas doublé. Le parti de Mario Dumont a recueilli quelque 700 000 votes, contre près de 500 000 il y a quatre ans. Ces votes sont parsemés dans toutes les circonscriptions du Québec, avec une concentration dans la région de Chaudière-Appalaches, où il a fait élire trois députés.
Cet éparpillement du vote adéquiste, doublé de la défaite des candidats qui avaient été élus lors des élections partielles, confirme l'absence d'enracinement de ce parti qui restera vraisemblablement marginal. Le résultat obtenu par l'ADQ (18 % du vote mais 3 % des sièges) ainsi que le taux élevé d'abstention montrent encore une fois la nécessité de réformer nos institutions démocratiques.
***
Quoi qu'il en soit, le résultat est le même. Le gouvernement est libéral. Mais nous ne sommes pas en train de changer d'époque. Nous n'entrons pas dans une nouvelle ère. La majorité des électeurs se disait satisfaite du gouvernement et le PQ formera une opposition forte, composée de 45 députés, dont plusieurs anciens ministres.
Le PLQ a été élu avec un programme qui propose essentiellement une méthode de gestion des deniers et des services publics. Si le PLQ s'acquitte bien de sa tâche à cet égard, s'il réussit la quadrature du cercle fiscal, nous lui en serons tous reconnaissants: imaginez des baisses d'impôts avec plus de services. Mais l'État n'est pas une entreprise de services. C'est beaucoup plus, et c'est ici que la vigilance de l'opposition et le dynamisme des mouvements sociaux seront essentiels.
Déjà, M. Charest s'est investi, lundi soir, d'un mandat dont il n'a jamais parlé pendant la campagne électorale, et surtout pas au débat des chefs, celui de changer le Canada. Il s'agit, dit-il, d'un «agenda connu».
Tant qu'il cherchera à obtenir d'Ottawa notre part du butin, comme l'ont fait tous les premiers ministres du Québec depuis Duplessis, il aura l'appui des Québécois. Mais avant d'engager l'État du Québec et la nation québécoise dans une réforme de la fédération, fût-elle de nature administrative, il devra répondre de ses intentions devant l'Assemblée nationale, et si les changements proposés modifient l'équilibre des pouvoirs ou le statut du Québec, il devra obtenir l'appui explicite de la population. Il n'a pas le droit, avec un mandat obtenu par l'alternance, de jouer avec l'avenir de la nation.
En outre, le passage du PQ dans l'opposition ne met nullement fin à la poursuite du projet souverainiste. La question nationale n'a pas été l'enjeu de ces élections. C'est d'ailleurs ce qui rendrait hasardeuse toute tentative de réforme significative de la part du gouvernement. Le débat n'a pas eu lieu.
Cela dit, pour l'heure, M. Charest a promis de travailler avec tous les Québécois, quelle que soit leur allégeance. Il en aura besoin. D'abord pour bien comprendre ce Québec, sur lequel le résultat des urnes n'est guère éclairant. Ensuite parce qu'il y a trop de forces vives au Québec qui ne partagent pas les orientations politiques libérales mais qui resteront toujours disposées à oeuvrer au bien commun, désormais placé entre les mains d'un nouveau premier ministre.
Bonne chance, M. Charest!
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

