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Les masques de la discrimination

Des travailleuses domestiques manifestent pour recevoir la protection de la Loi sur la santé et la sécurité au travail

Stéphane Baillargeon   1 juin 2009  Québec
C’est masquées que des travailleuses domestiques ont manifesté hier à Montréal pour dénoncer leur exclusion du régime de santé et de sécurité au travail.
Photo : Jacques Grenier
C’est masquées que des travailleuses domestiques ont manifesté hier à Montréal pour dénoncer leur exclusion du régime de santé et de sécurité au travail.
Malgré les demandes répétées de modifications de la loi, les aides domestiques du Québec, majoritairement originaires des Philippines, sont toujours exclues du régime de la santé et de la sécurité au travail. Elles manifestaient de nouveau hier contre cette situation jugée discriminatoire.

À peine deux douzaines de personnes ont manifesté hier matin au parc Nelson-Mandela de Montréal, contre l'exclusion des travailleuses domestiques du régime de santé et de sécurité au travail. Cette discrimination a été présentée comme un «apartheid social», d'où le choix symbolique du lieu de la manifestation.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a également parlé d'une discrimination grave dans un avis déposé en décembre dernier. L'organisme a même évoqué une triple faute fondamentale puisque les personnes touchées sont écartées de la protection légale pour des raisons de sexe (il s'agit surtout de femmes), de condition sociale (elles sont pauvres) et d'origine ethnique (elles viennent très souvent des Philippines).

Malgré les demandes répétées de modifications de la loi, y compris par une centaine d'organisations syndicales et communautaires, les aides domestiques du Québec sont toujours exclues du régime de la santé et de la sécurité au travail. Pire: une proposition d'abrogation a encore été rejetée vendredi dans le cadre des travaux d'examen en commission parlementaire du nouveau projet de loi 35 modifiant le régime de santé et de sécurité au travail.

Pourtant, on le répète, il n'y avait hier qu'un peu plus de vingt personnes à la manifestation, aucun membre des partis d'opposition, aucun représentant des grandes centrales syndicales. «Les organisations syndicales nous appuient», a corrigé Christiane Gadoury, organisatrice communautaire de l'Union des travailleurs et des travailleuses accidentées du travail de Montréal (UTTAM), un des deux organismes derrière la manifestation avec l'Association des femmes philippines au Québec (PINAY). «La CSN et la FTQ appuient aussi la lutte des travailleuses domestiques, mais elles ne sont pas là parce qu'elles ont d'autres obligations, j'imagine.»

Des cas

Selon des statistiques datant de 2001, il y avait alors au Québec 25 000 travailleurs domestiques, dont 87 % étaient des femmes et 80 % des immigrantes, en grande majorité des femmes originaires des Philippines. Une enquête du département de travail social de l'Université McGill a révélé que plusieurs de ces femmes ne bénéficient pas de conditions de travail, de santé et de sécurité décentes.

C'est le cas d'Anita (un nom d'emprunt), une jeune femme qui travaille comme aide domestique. Une porte de voiture violemment fermée lui a fracturé un doigt, au travail, en août dernier.

«Mon docteur m'a recommandé de remplir une demande auprès de la Commission de la santé et de la sécurité au travail, raconte Anita, rencontrée à la manifestation. Il m'a remis un formulaire à chacune de mes visites et à mon employeur. [...] Mon employeur a contacté la CSST qui lui a dit que tant que j'étais payée il n'avait même pas besoin de remplir ce formulaire. Je ne comprends pas cette réponse. Je n'ai obtenu aucune aide de la commission qui devrait m'aider. J'avais mal et je n'ai pu m'absenter du travail qu'un seul jour, sans quoi je n'aurais pas été payée.»

Chaque année, plus de 100 000 travailleurs québécois reçoivent des prestations de la CSST. «La discrimination n'est pas acceptable, et il faut que le gouvernement intervienne dans ce secteur du travail», commente Evelyn Calugay, présidente de PINAY, l'organisme de protection et d'information des travailleuses domestiques philippines de la province qui compte 250 membres environ. La présidente Calugay note que les consoeurs travaillant à Toronto ou Vancouver sont couvertes par les lois provinciales sur la santé et la sécurité.

«Nous demandons au ministre du Travail du Québec d'abroger cette exclusion, dit à son tour Christiane Gadoury. Nous demandons que ces travailleuses soient couvertes automatiquement comme n'importe quelle autre du Québec.»
 
 
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  • Léonard Sauvageau
    Inscrit
    lundi 1 juin 2009 10h06
    A pays égal, loi égale
    Si le Québec est toujours partie du Canada, Ses lois sociales devraient être equivalentes à celles des autres provinces. C'est la moindre des choses.

  • Florence Richer
    Abonné
    lundi 1 juin 2009 13h38
    Travailleurs temporaires: une exploitation honteuse
    Quand on fait venir des femmes et des hommes d'ailleurs pour occuper les emplois les plus difficiles dans notre société ( aides domestiques, travailleurs agricoles, etc.) , il est du devoir le plus fondamental de s'assurer que ces gens soient traités avec les mêmes droits que le reste des travailleurs canadiens. Sinon, on créer une espèce de système de sous-traitance entre les pays et on accepte béatement qu'il existe des citoyens de secondes zones au Canada et au Québec.

    Comme société, ouvrons-nous les yeux et refusons cette nouvelle forme d'exploitation. Donnons aux aides domestiques et aux autres travailleuses et travailleurs des conditions saines de travail et une protection juste en cas d'accident.

  • Annie O'bomsawin-Bégin
    Inscrite
    lundi 1 juin 2009 14h08
    Pour une révision sérieuse de nos pratiques d'immigration
    Il me semble important que ces travailleuses soient effectivement sous la protection du Régime de la santé et de la sécurité au travail. Mais à mon avis, cette protection n'est pas suffisante pour régler la véritable cause du problème que ces femmes vivent.
    En effet, la véritable cause du problème est que le statut juridique de ces travailleuses dépend de la relation qu'elles ont avec leur employeur. On accepte de donner la résidence à ces femmes dans la mesure où elles travaillent dans un domicile privé à prendre soin d'enfants, de personnes âgées ou de personnes handicapées. Mais non seulement ces femmes doivent travailler dans le domicile privé de leur employeur, mais elles doivent aussi y résider.

    Il faut être naïf pour s'imaginer qu'une femme dans une telle situation de vulnérabilité n'est pas fréquemment mise dans l'obligation de donner beaucoup plus à son employeur que ce qui devrait normalement exigé.

    Le nombre d'heure de travail ne peut être calculé de la même manière qu'un travail régulier. Il est très facile d'abuser de la disponibilité de la travailleuse et de lui demander petite faveur par-ci un petit service par-là. Malgré toutes les régulations que l'on peut mettre en place, les relations humaines sont complexes ne se gèrent pas à coup de contrats.

    Imaginons qu'un employeur ou un proche d'un employeur soit mal intentionné et demande à l'aide familiale de lui faire une faveur de nature sexuelle. Que répondra cette femme dont le statut d'immigration, et certainement dont l'avenir dépend de la bonne relation avec son employeur? Malheureusement, cette situation doit se produire plus souvent que l'on veut bien se l'imaginer.

    Oui, il faudrait que ces aides familiales résidentes soient sous la protection du Régime de la santé et de la sécurité au travail, mais pour s'attaquer à la véritable cause du problème que vivent ces femmes, il faudrait passer à une réforme sérieuse de nos pratiques d'immigration.

  • Chryst
    Abonné
    lundi 8 juin 2009 13h26
    Exploitation honteuse
    On profite des plus démunis ou des plus vulnérables pour gonfler ses goussets.

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