Les masques de la discrimination
Des travailleuses domestiques manifestent pour recevoir la protection de la Loi sur la santé et la sécurité au travail
Photo : Jacques Grenier
C’est masquées que des travailleuses domestiques ont manifesté hier à Montréal pour dénoncer leur exclusion du régime de santé et de sécurité au travail.
Malgré les demandes répétées de modifications de la loi, les aides domestiques du Québec, majoritairement originaires des Philippines, sont toujours exclues du régime de la santé et de la sécurité au travail. Elles manifestaient de nouveau hier contre cette situation jugée discriminatoire.
À peine deux douzaines de personnes ont manifesté hier matin au parc Nelson-Mandela de Montréal, contre l'exclusion des travailleuses domestiques du régime de santé et de sécurité au travail. Cette discrimination a été présentée comme un «apartheid social», d'où le choix symbolique du lieu de la manifestation.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a également parlé d'une discrimination grave dans un avis déposé en décembre dernier. L'organisme a même évoqué une triple faute fondamentale puisque les personnes touchées sont écartées de la protection légale pour des raisons de sexe (il s'agit surtout de femmes), de condition sociale (elles sont pauvres) et d'origine ethnique (elles viennent très souvent des Philippines).
Malgré les demandes répétées de modifications de la loi, y compris par une centaine d'organisations syndicales et communautaires, les aides domestiques du Québec sont toujours exclues du régime de la santé et de la sécurité au travail. Pire: une proposition d'abrogation a encore été rejetée vendredi dans le cadre des travaux d'examen en commission parlementaire du nouveau projet de loi 35 modifiant le régime de santé et de sécurité au travail.
Pourtant, on le répète, il n'y avait hier qu'un peu plus de vingt personnes à la manifestation, aucun membre des partis d'opposition, aucun représentant des grandes centrales syndicales. «Les organisations syndicales nous appuient», a corrigé Christiane Gadoury, organisatrice communautaire de l'Union des travailleurs et des travailleuses accidentées du travail de Montréal (UTTAM), un des deux organismes derrière la manifestation avec l'Association des femmes philippines au Québec (PINAY). «La CSN et la FTQ appuient aussi la lutte des travailleuses domestiques, mais elles ne sont pas là parce qu'elles ont d'autres obligations, j'imagine.»
Des cas
Selon des statistiques datant de 2001, il y avait alors au Québec 25 000 travailleurs domestiques, dont 87 % étaient des femmes et 80 % des immigrantes, en grande majorité des femmes originaires des Philippines. Une enquête du département de travail social de l'Université McGill a révélé que plusieurs de ces femmes ne bénéficient pas de conditions de travail, de santé et de sécurité décentes.
C'est le cas d'Anita (un nom d'emprunt), une jeune femme qui travaille comme aide domestique. Une porte de voiture violemment fermée lui a fracturé un doigt, au travail, en août dernier.
«Mon docteur m'a recommandé de remplir une demande auprès de la Commission de la santé et de la sécurité au travail, raconte Anita, rencontrée à la manifestation. Il m'a remis un formulaire à chacune de mes visites et à mon employeur. [...] Mon employeur a contacté la CSST qui lui a dit que tant que j'étais payée il n'avait même pas besoin de remplir ce formulaire. Je ne comprends pas cette réponse. Je n'ai obtenu aucune aide de la commission qui devrait m'aider. J'avais mal et je n'ai pu m'absenter du travail qu'un seul jour, sans quoi je n'aurais pas été payée.»
Chaque année, plus de 100 000 travailleurs québécois reçoivent des prestations de la CSST. «La discrimination n'est pas acceptable, et il faut que le gouvernement intervienne dans ce secteur du travail», commente Evelyn Calugay, présidente de PINAY, l'organisme de protection et d'information des travailleuses domestiques philippines de la province qui compte 250 membres environ. La présidente Calugay note que les consoeurs travaillant à Toronto ou Vancouver sont couvertes par les lois provinciales sur la santé et la sécurité.
«Nous demandons au ministre du Travail du Québec d'abroger cette exclusion, dit à son tour Christiane Gadoury. Nous demandons que ces travailleuses soient couvertes automatiquement comme n'importe quelle autre du Québec.»
À peine deux douzaines de personnes ont manifesté hier matin au parc Nelson-Mandela de Montréal, contre l'exclusion des travailleuses domestiques du régime de santé et de sécurité au travail. Cette discrimination a été présentée comme un «apartheid social», d'où le choix symbolique du lieu de la manifestation.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a également parlé d'une discrimination grave dans un avis déposé en décembre dernier. L'organisme a même évoqué une triple faute fondamentale puisque les personnes touchées sont écartées de la protection légale pour des raisons de sexe (il s'agit surtout de femmes), de condition sociale (elles sont pauvres) et d'origine ethnique (elles viennent très souvent des Philippines).
Malgré les demandes répétées de modifications de la loi, y compris par une centaine d'organisations syndicales et communautaires, les aides domestiques du Québec sont toujours exclues du régime de la santé et de la sécurité au travail. Pire: une proposition d'abrogation a encore été rejetée vendredi dans le cadre des travaux d'examen en commission parlementaire du nouveau projet de loi 35 modifiant le régime de santé et de sécurité au travail.
Pourtant, on le répète, il n'y avait hier qu'un peu plus de vingt personnes à la manifestation, aucun membre des partis d'opposition, aucun représentant des grandes centrales syndicales. «Les organisations syndicales nous appuient», a corrigé Christiane Gadoury, organisatrice communautaire de l'Union des travailleurs et des travailleuses accidentées du travail de Montréal (UTTAM), un des deux organismes derrière la manifestation avec l'Association des femmes philippines au Québec (PINAY). «La CSN et la FTQ appuient aussi la lutte des travailleuses domestiques, mais elles ne sont pas là parce qu'elles ont d'autres obligations, j'imagine.»
Des cas
Selon des statistiques datant de 2001, il y avait alors au Québec 25 000 travailleurs domestiques, dont 87 % étaient des femmes et 80 % des immigrantes, en grande majorité des femmes originaires des Philippines. Une enquête du département de travail social de l'Université McGill a révélé que plusieurs de ces femmes ne bénéficient pas de conditions de travail, de santé et de sécurité décentes.
C'est le cas d'Anita (un nom d'emprunt), une jeune femme qui travaille comme aide domestique. Une porte de voiture violemment fermée lui a fracturé un doigt, au travail, en août dernier.
«Mon docteur m'a recommandé de remplir une demande auprès de la Commission de la santé et de la sécurité au travail, raconte Anita, rencontrée à la manifestation. Il m'a remis un formulaire à chacune de mes visites et à mon employeur. [...] Mon employeur a contacté la CSST qui lui a dit que tant que j'étais payée il n'avait même pas besoin de remplir ce formulaire. Je ne comprends pas cette réponse. Je n'ai obtenu aucune aide de la commission qui devrait m'aider. J'avais mal et je n'ai pu m'absenter du travail qu'un seul jour, sans quoi je n'aurais pas été payée.»
Chaque année, plus de 100 000 travailleurs québécois reçoivent des prestations de la CSST. «La discrimination n'est pas acceptable, et il faut que le gouvernement intervienne dans ce secteur du travail», commente Evelyn Calugay, présidente de PINAY, l'organisme de protection et d'information des travailleuses domestiques philippines de la province qui compte 250 membres environ. La présidente Calugay note que les consoeurs travaillant à Toronto ou Vancouver sont couvertes par les lois provinciales sur la santé et la sécurité.
«Nous demandons au ministre du Travail du Québec d'abroger cette exclusion, dit à son tour Christiane Gadoury. Nous demandons que ces travailleuses soient couvertes automatiquement comme n'importe quelle autre du Québec.»
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