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Tests erronés de dépistage du cancer du sein - Québec aurait fait la sourde oreille

Lisa-Marie Gervais   29 mai 2009  Québec
Le dévoilement d'une étude révélant d'importantes marges d'erreur concernant des tests réalisés en pathologie pour des cas de cancer du sein a crevé un abcès qui existait depuis trop longtemps, croient les médecins spécialistes du Québec. Selon le président de la Fédération, le Dr Gaétan Barrette, les pathologistes avaient sonné l'alarme à plusieurs reprises et informé le gouvernement de leurs inquiétudes quant au processus diagnostic, mais celui-ci, quoi qu'il en dise, aurait fait la sourde oreille.

Pour sa défense, le ministre a déclaré qu'il n'avait jamais eu connaissance de l'étude en question avant mercredi. S'il y avait des erreurs de diagnostic, la loi oblige les médecins à les divulguer, a-t-il soutenu. «Ce qu'on savait, c'est qu'il y avait des améliorations à apporter au niveau de la pathologie, et à ma connaissance, il n'y avait pas de question de faux diagnostics ou de diagnostics erronés», a dit M. Bolduc.

Il a confirmé avoir aussitôt demandé au Collège des médecins du Québec (CMQ) et à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de faire enquête.

Le président de l'Association des pathologistes du Québec (APQ), Louis A. Gaboury, s'est étonné que le ministre n'ait jamais entendu parler de l'étude, puisqu'elle a été distribuée à tous les participants lors du Congrès annuel de l'Association en avril dernier, y compris à des experts de l'INSPQ.

Mais selon le Dr Barrette, plus grave encore est le fait que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ait «laissé planer le doute sur la validité de l'étude». «Je suis déçu de la réaction du ministre. [...] Il n'a pas reconnu le problème et n'a mis en oeuvre aucune mesure pour corriger la situation», a-t-il souligné.

Pour le président de la Coalition priorité cancer, le Dr Pierre Audet-Lapointe, contre-vérifier les résultats de l'étude revient à prendre les pathologistes pour des amateurs. «C'est une association extrêmement sérieuse et il est de mauvais aloi d'en réduire la crédibilité», a-t-il dit.

L'étude à double insu menée à l'initiative de l'Association des pathologistes du Québec et révélée par Radio-Canada, a rendu compte d'erreurs qui ont conduit à des traitements inappropriés. Des échantillons de 15 patientes ont été envoyés dans 25 laboratoires québécois pour leur faire subir une nouvelle analyse, grâce à une subvention de 60 000 $ de la compagnie française Hoffman-Laroche. Ainsi, de 15 à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie étaient erronés, et certains laboratoires ont présenté des marges d'erreur allant jusqu'à 30 % sur les marqueurs pour le Herceptin, un traitement fabriqué par la compagnie subventionnaire. «En médecine, on ne peut pas tolérer un tel taux de variation», a indiqué le Dr Barrette. L'étude ne permettrait toutefois pas de chiffrer le nombre de cas qu'il faudra rappeler.

Un deuxième Terre-Neuve

Selon le président de l'APQ, les résultats de l'étude rendent le Québec comparable à Terre-Neuve, qui avait été sévèrement blâmée dans le rapport Cameron en mars dernier dernier pour des tests erronés du cancer du sein: en raison d'erreurs de laboratoire entre 1997 et 2005, près de 400 patientes n'avaient alors pas reçu le meilleur traitement pour combattre leur maladie. «On a les mêmes problèmes qu'à Terre-Neuve», a déclaré le Dr Gaboury. «Si on avait été ouverts à ce que les tests soient refaits, par exemple en Ontario, on aurait fait les choses correctement. Mais au Québec, on se préoccupe plus de donner de l'argent pour le traitement que du diagnostic qui mène à ce traitement.»

Il a également évoqué les problèmes de recrutement des résidents dans cette spécialité — l'an dernier il n'y avait eu qu'un seul candidat — et les retards dans les tests diagnostics. «On a des patientes qui attendent huit semaines avant d'avoir les résultats pour une cytologie, ce n'est pas normal», a-t-il indiqué. Le Dr Barrette a pour sa part qualifié de «médiocres» les outils utilisés par les pathologistes et les techniciens.

Contrairement aux cinq provinces canadiennes à l'ouest, le Québec ne participe pas au Programme de gestion de la qualité des services de laboratoires. Ce programme permet de comparer ses résultats avec ceux de ses pairs pour s'assurer d'en contrôler la qualité. Il a par contre entamé, il y a deux ans, le processus d'accréditation pour assurer la qualité de ses laboratoires, y compris ceux des hôpitaux. «Il faut que le Québec mette l'argent et les efforts. Il n'y a pas non plus de candidats. Je ne suis pas surpris de ce qui arrive en ce moment», a soutenu Jagdish Butany, président de l'Association canadienne des pathologistes.

Le ministre appelé à réagir

La Fédération des médecins spécialistes du Québec soutient que le nombre important de diagnostics erronés dans les laboratoires québécois visent tous les cancers, et pas seulement le cancer du sein. Selon le président de la Fédération, cette situation ne peut pas durer et il y a lieu de faire de nouveaux examens, une possibilité qu'envisage le ministre de la Santé. «Je n'exclus pas qu'on vérifie tous les cas sur une période donnée. On va être rigoureux, on va être prudents et on est là pour protéger le public.»

Mais rappeler tous les cas suspectés d'avoir reçu un mauvais diagnostic ne sera pas chose facile, a fait remarquer le Dr Audet-Lapointe. «Ça va être un travail titanesque. Imaginez s'ils doivent remonter deux ans en arrière. Il y a environ 6000 cas de cancers du sein diagnostiqués par année. C'est évident que ça va être coûteux, que ça va nécessiter l'emploi de beaucoup de pathologistes, a-t-il noté. Mais si le gouvernement avait assumé ses responsabilités, on n'en serait pas là.»

Comme il n'a pas lu l'étude en question, le ministre Bolduc ne pouvait pas dire si ses troublantes conclusions étaient fondées ou non. «Je ne peux pas les rassurer [les patientes atteintes du cancer du sein] tant que les experts ne se sont pas prononcés», a-t-il commenté, disant ne vouloir ni dramatiser ni minimiser la situation. Il devait pouvoir mettre la main sur un exemplaire de l'étude aujourd'hui. Une ligne Info-santé serait également en fonction. Un rapport préliminaire sur ce qui peut être fait devrait être produit au début de la semaine prochaine pour les femmes qui suivent un traitement ou qui en ont suivi un récemment.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac
 
 
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 29 mai 2009 01h02
    statistiques
    Les statistiques sont parfois trompeuses elles aussi, et un échantillon de 15 patientes à peine est-il vraiment suffisant pour faire des projections sur tous les cas de cancers depuis 10 ans au Québec? Un gros doute est certainement indiqué ici sur ces différentes méthodes de diagnostic plutôt que de traitement si vous permettez...

  • Normand Carrier
    Abonné
    vendredi 29 mai 2009 06h16
    Qu'a fait Couillard toutes ces années ?
    Encore une fois nos grands batisseurs ont fait de l'esbrouffe sans jamais décider et dépenser dans des programmes appropriés . Après les déconfitures a Terre-Neuve et les admissions et excuses publiques , il est d'autant plus désolants de constater que rien ne fût fait par ce bon Doc Couillard probablement occupé a se trouver un emploi sur les heures de travail ....
    Normand Carrier

  • Robert Henri
    Inscrit
    vendredi 29 mai 2009 06h23
    Vous entendez encore Charest aux élections?
    Nous sommes prêts!
    Nous sommes prêts!
    Nous sommes prêts!
    Nous sommes prêts!

    À vous laisser crever ? À magouiller pour moi et mes amis Libéraux?

    Je ne sais pas à quoi il était prêt le frisé mais certainement pas à servir le peuple).

  • Maco
    Abonné
    vendredi 29 mai 2009 07h59
    Les malades en otages.
    Odieuse stratégie de la part des médecins. Qu'ils aient raisons ou non!

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    vendredi 29 mai 2009 08h36
    Un effet de scène !
    Il est étrange que ce rapport sorte au moment où les pathologistes demandent une révision de leurs conditions de travail, ne trouvez-vous pas ? Comme toujours, on se sert de l'effet de peur créé chez la population pour négocier ! Et le gouvernement est très mal venu de ne pas y répondre, lui qui carbure aux apparences plutôt qu'à la réalité !

    www.prospectgestion.com

  • Richard Godin
    Inscrit
    vendredi 29 mai 2009 10h28
    Pas lu le rapport?
    Tiens, tiens... Le ministre de la Santé, le Dr Yves Bolduc, n'avait pas encore lu l'étude, alors que l'article du Devoir révèle qu'elle a été distribuée systématiquement aux participants d'un congrès médical, en avril dernier, dont les représentants de l'INSPQ alors présents. Ou bedon la garde rapprochée du Dr ministre n'est pas trop trop vite sur ses patins, en situation de crise. Ou bedon on nous prend pour des valises, ce qui est d'ailleurs fort probable.

  • Michel Métivier
    Inscrit
    vendredi 29 mai 2009 12h41
    Le retour sur l'investissement est meilleur en travaux routiers...
    Évidemment, pour la bande du Frisé il est plus rentable d'investir des milliards dans la construction et la réfection des routes que de mettre de l'argent dans le soin des gens... le retour dans les coffres du parti est mieux assuré de cette façon...

  • 93Licar
    Abonnée
    vendredi 29 mai 2009 12h57
    Tactique syndicale?
    Au-delà de la véracité des conclusions du rapport commandé par l'Association des pathologistes du Québec, je crois que les pathologistes et le syndicat des médecins spécialistes prennent en otage les femmes et leur famille, ayant été traitées pour le cancer du sein afin d'obliger le ministre de la santé à enfin leur donner les conditions et les facilités de travail qu'ils réclament depuis plusieurs années.

    Si les pathologistes et les spécialistes trouvaient la situation décrite dans le rapport si alarmante pourquoi ne se sont-ils pas adressés directement à la population plutôt que d'exercer un chantage, en se servant de nous, sur le ministre seulement aujourd'hui?

    Il y a quelque chose de répugnant dans cette façon de faire des employés de l'État : ces dénonciations de la détérioration du système de santé, de l'éducation, de la piètre qualité des services à la population se font uniquement quand ça risque d'améliorer leurs conditions salariales ou de travail mais jamais autrement, hasard?

    Christiane Gervais
    Montréal/Ahuntsic

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    vendredi 29 mai 2009 14h06
    Cette situation ne date pas d'hier...
    C'est drôle que cette situation soit exposé sur la place publique maintenant. Ce problème existait bien, avant 2003, dans le temps du PQ, et qu'à fait notre blondinette pour y rémédier alors qu'elle était ministre de la santé.

    Peut-être était-elle trop préoccupée par l'atteinte du déficit zéro et/ou par la course à la chefferie, après le départ de Bouchard! Et Bernard dans tout ça...!

  • Bibiane Beauregard
    Abonnée
    vendredi 29 mai 2009 14h17
    Notre confiance au système de santé s' en va chez l' diable
    Nous avons beau faire notre part en passant des tests préventifs de toutes sortes (sein, col de l' utérus...)vlà tu pas que nous apprenons qu' il y a de fortes chances qu' ils soient d' aucune utilité. Je suis outrée et triste qu' il nous soit impossible d' accorder la note de passage à la crédibilité de résultats de laboratoires et à ceux qui les commandent ou interprètent...je ne sais plus.

    Pourtant, mes deux derniers tests préventifs (ci-haut mentionnés)ont été faits dans les règles de l' art avec empathie, douceur et sourire.

    Devrais-je en attendre les résultats avec effroi ou espoir?

    Bibiane B.

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    vendredi 29 mai 2009 14h37
    Et qui a financé l'étude?
    la cie qui fait les tests! elle voudrait qu'on les fasse deux fois, donc deux fois plus payant!
    Une autre belle job du service de l'information (biaisée) de Radio-Canada

  • Daniel Francoeur
    Inscrit
    vendredi 29 mai 2009 17h40
    Le grand démolisseur à l'oeuvre !
    Québec: république de bananes avec son grand dictateur qui s'autoproclame «grand bâtisseur». Qu'il laisse donc le soin aux Québécoises d'en décider. Le vote des femmes risque de lui rappeler qu'on ne bâtit pas en jouant avec la santé des Québécoise.

    Oui, ce gouvernement ne voit pas plus loin que le bout de son nez en santé. Sauf si c'est pour tout donner au privé, pour priver les Québécois des soins auxquels ils on droits. En mettant un incompétent, qui pense que la santé c'est comme la production de voitures, à la tête du ministère de la santé. Il est normale que notre réseau de la santé suive la performance mondiale de Toyota, qui en arrache présentement. M. Le ministre un char et un patient , c'est pas pareil !

    Mais quand un gouvernement ne croit pas au régime public de la santé, a-t-il intérêt à l'améliorer ? Son aplatventrisme idéologique l'empêche de vouloir améliorer le système. En effet, chaque fois que le système de santé québécois se détériore, ce gouvernement faussement libéral et hautement conservateur, y voit un pas de plus vers sa cible ultime. Enfin du privé pour tous !

    Les multinationales de la santé font un lobbying puissant en ce sens, rappelez vous Couillard, qui jouait double jeu. Un autre grand «bâtisseur».

    Mais heureusement ce gouvernement sait ce qu'on veut, et il nous le donne : des clowns pour nous amuser !

    J'ai hâte que les Québécois se dote d'un régime d'élection proportionnel, qui brise enfin la dictature de la ligne de parti. Et qui permette l'élection d'un premier ministre par tous les Québécois. Sinon, on risque de voir des clowns pas drôles, patapouf compris, pour encore bien des années...

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