Tests erronés de dépistage du cancer du sein - Québec aurait fait la sourde oreille
Le dévoilement d'une étude révélant d'importantes marges d'erreur concernant des tests réalisés en pathologie pour des cas de cancer du sein a crevé un abcès qui existait depuis trop longtemps, croient les médecins spécialistes du Québec. Selon le président de la Fédération, le Dr Gaétan Barrette, les pathologistes avaient sonné l'alarme à plusieurs reprises et informé le gouvernement de leurs inquiétudes quant au processus diagnostic, mais celui-ci, quoi qu'il en dise, aurait fait la sourde oreille.
Pour sa défense, le ministre a déclaré qu'il n'avait jamais eu connaissance de l'étude en question avant mercredi. S'il y avait des erreurs de diagnostic, la loi oblige les médecins à les divulguer, a-t-il soutenu. «Ce qu'on savait, c'est qu'il y avait des améliorations à apporter au niveau de la pathologie, et à ma connaissance, il n'y avait pas de question de faux diagnostics ou de diagnostics erronés», a dit M. Bolduc.
Il a confirmé avoir aussitôt demandé au Collège des médecins du Québec (CMQ) et à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de faire enquête.
Le président de l'Association des pathologistes du Québec (APQ), Louis A. Gaboury, s'est étonné que le ministre n'ait jamais entendu parler de l'étude, puisqu'elle a été distribuée à tous les participants lors du Congrès annuel de l'Association en avril dernier, y compris à des experts de l'INSPQ.
Mais selon le Dr Barrette, plus grave encore est le fait que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ait «laissé planer le doute sur la validité de l'étude». «Je suis déçu de la réaction du ministre. [...] Il n'a pas reconnu le problème et n'a mis en oeuvre aucune mesure pour corriger la situation», a-t-il souligné.
Pour le président de la Coalition priorité cancer, le Dr Pierre Audet-Lapointe, contre-vérifier les résultats de l'étude revient à prendre les pathologistes pour des amateurs. «C'est une association extrêmement sérieuse et il est de mauvais aloi d'en réduire la crédibilité», a-t-il dit.
L'étude à double insu menée à l'initiative de l'Association des pathologistes du Québec et révélée par Radio-Canada, a rendu compte d'erreurs qui ont conduit à des traitements inappropriés. Des échantillons de 15 patientes ont été envoyés dans 25 laboratoires québécois pour leur faire subir une nouvelle analyse, grâce à une subvention de 60 000 $ de la compagnie française Hoffman-Laroche. Ainsi, de 15 à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie étaient erronés, et certains laboratoires ont présenté des marges d'erreur allant jusqu'à 30 % sur les marqueurs pour le Herceptin, un traitement fabriqué par la compagnie subventionnaire. «En médecine, on ne peut pas tolérer un tel taux de variation», a indiqué le Dr Barrette. L'étude ne permettrait toutefois pas de chiffrer le nombre de cas qu'il faudra rappeler.
Un deuxième Terre-Neuve
Selon le président de l'APQ, les résultats de l'étude rendent le Québec comparable à Terre-Neuve, qui avait été sévèrement blâmée dans le rapport Cameron en mars dernier dernier pour des tests erronés du cancer du sein: en raison d'erreurs de laboratoire entre 1997 et 2005, près de 400 patientes n'avaient alors pas reçu le meilleur traitement pour combattre leur maladie. «On a les mêmes problèmes qu'à Terre-Neuve», a déclaré le Dr Gaboury. «Si on avait été ouverts à ce que les tests soient refaits, par exemple en Ontario, on aurait fait les choses correctement. Mais au Québec, on se préoccupe plus de donner de l'argent pour le traitement que du diagnostic qui mène à ce traitement.»
Il a également évoqué les problèmes de recrutement des résidents dans cette spécialité — l'an dernier il n'y avait eu qu'un seul candidat — et les retards dans les tests diagnostics. «On a des patientes qui attendent huit semaines avant d'avoir les résultats pour une cytologie, ce n'est pas normal», a-t-il indiqué. Le Dr Barrette a pour sa part qualifié de «médiocres» les outils utilisés par les pathologistes et les techniciens.
Contrairement aux cinq provinces canadiennes à l'ouest, le Québec ne participe pas au Programme de gestion de la qualité des services de laboratoires. Ce programme permet de comparer ses résultats avec ceux de ses pairs pour s'assurer d'en contrôler la qualité. Il a par contre entamé, il y a deux ans, le processus d'accréditation pour assurer la qualité de ses laboratoires, y compris ceux des hôpitaux. «Il faut que le Québec mette l'argent et les efforts. Il n'y a pas non plus de candidats. Je ne suis pas surpris de ce qui arrive en ce moment», a soutenu Jagdish Butany, président de l'Association canadienne des pathologistes.
Le ministre appelé à réagir
La Fédération des médecins spécialistes du Québec soutient que le nombre important de diagnostics erronés dans les laboratoires québécois visent tous les cancers, et pas seulement le cancer du sein. Selon le président de la Fédération, cette situation ne peut pas durer et il y a lieu de faire de nouveaux examens, une possibilité qu'envisage le ministre de la Santé. «Je n'exclus pas qu'on vérifie tous les cas sur une période donnée. On va être rigoureux, on va être prudents et on est là pour protéger le public.»
Mais rappeler tous les cas suspectés d'avoir reçu un mauvais diagnostic ne sera pas chose facile, a fait remarquer le Dr Audet-Lapointe. «Ça va être un travail titanesque. Imaginez s'ils doivent remonter deux ans en arrière. Il y a environ 6000 cas de cancers du sein diagnostiqués par année. C'est évident que ça va être coûteux, que ça va nécessiter l'emploi de beaucoup de pathologistes, a-t-il noté. Mais si le gouvernement avait assumé ses responsabilités, on n'en serait pas là.»
Comme il n'a pas lu l'étude en question, le ministre Bolduc ne pouvait pas dire si ses troublantes conclusions étaient fondées ou non. «Je ne peux pas les rassurer [les patientes atteintes du cancer du sein] tant que les experts ne se sont pas prononcés», a-t-il commenté, disant ne vouloir ni dramatiser ni minimiser la situation. Il devait pouvoir mettre la main sur un exemplaire de l'étude aujourd'hui. Une ligne Info-santé serait également en fonction. Un rapport préliminaire sur ce qui peut être fait devrait être produit au début de la semaine prochaine pour les femmes qui suivent un traitement ou qui en ont suivi un récemment.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
Pour sa défense, le ministre a déclaré qu'il n'avait jamais eu connaissance de l'étude en question avant mercredi. S'il y avait des erreurs de diagnostic, la loi oblige les médecins à les divulguer, a-t-il soutenu. «Ce qu'on savait, c'est qu'il y avait des améliorations à apporter au niveau de la pathologie, et à ma connaissance, il n'y avait pas de question de faux diagnostics ou de diagnostics erronés», a dit M. Bolduc.
Il a confirmé avoir aussitôt demandé au Collège des médecins du Québec (CMQ) et à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de faire enquête.
Le président de l'Association des pathologistes du Québec (APQ), Louis A. Gaboury, s'est étonné que le ministre n'ait jamais entendu parler de l'étude, puisqu'elle a été distribuée à tous les participants lors du Congrès annuel de l'Association en avril dernier, y compris à des experts de l'INSPQ.
Mais selon le Dr Barrette, plus grave encore est le fait que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ait «laissé planer le doute sur la validité de l'étude». «Je suis déçu de la réaction du ministre. [...] Il n'a pas reconnu le problème et n'a mis en oeuvre aucune mesure pour corriger la situation», a-t-il souligné.
Pour le président de la Coalition priorité cancer, le Dr Pierre Audet-Lapointe, contre-vérifier les résultats de l'étude revient à prendre les pathologistes pour des amateurs. «C'est une association extrêmement sérieuse et il est de mauvais aloi d'en réduire la crédibilité», a-t-il dit.
L'étude à double insu menée à l'initiative de l'Association des pathologistes du Québec et révélée par Radio-Canada, a rendu compte d'erreurs qui ont conduit à des traitements inappropriés. Des échantillons de 15 patientes ont été envoyés dans 25 laboratoires québécois pour leur faire subir une nouvelle analyse, grâce à une subvention de 60 000 $ de la compagnie française Hoffman-Laroche. Ainsi, de 15 à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie étaient erronés, et certains laboratoires ont présenté des marges d'erreur allant jusqu'à 30 % sur les marqueurs pour le Herceptin, un traitement fabriqué par la compagnie subventionnaire. «En médecine, on ne peut pas tolérer un tel taux de variation», a indiqué le Dr Barrette. L'étude ne permettrait toutefois pas de chiffrer le nombre de cas qu'il faudra rappeler.
Un deuxième Terre-Neuve
Selon le président de l'APQ, les résultats de l'étude rendent le Québec comparable à Terre-Neuve, qui avait été sévèrement blâmée dans le rapport Cameron en mars dernier dernier pour des tests erronés du cancer du sein: en raison d'erreurs de laboratoire entre 1997 et 2005, près de 400 patientes n'avaient alors pas reçu le meilleur traitement pour combattre leur maladie. «On a les mêmes problèmes qu'à Terre-Neuve», a déclaré le Dr Gaboury. «Si on avait été ouverts à ce que les tests soient refaits, par exemple en Ontario, on aurait fait les choses correctement. Mais au Québec, on se préoccupe plus de donner de l'argent pour le traitement que du diagnostic qui mène à ce traitement.»
Il a également évoqué les problèmes de recrutement des résidents dans cette spécialité — l'an dernier il n'y avait eu qu'un seul candidat — et les retards dans les tests diagnostics. «On a des patientes qui attendent huit semaines avant d'avoir les résultats pour une cytologie, ce n'est pas normal», a-t-il indiqué. Le Dr Barrette a pour sa part qualifié de «médiocres» les outils utilisés par les pathologistes et les techniciens.
Contrairement aux cinq provinces canadiennes à l'ouest, le Québec ne participe pas au Programme de gestion de la qualité des services de laboratoires. Ce programme permet de comparer ses résultats avec ceux de ses pairs pour s'assurer d'en contrôler la qualité. Il a par contre entamé, il y a deux ans, le processus d'accréditation pour assurer la qualité de ses laboratoires, y compris ceux des hôpitaux. «Il faut que le Québec mette l'argent et les efforts. Il n'y a pas non plus de candidats. Je ne suis pas surpris de ce qui arrive en ce moment», a soutenu Jagdish Butany, président de l'Association canadienne des pathologistes.
Le ministre appelé à réagir
La Fédération des médecins spécialistes du Québec soutient que le nombre important de diagnostics erronés dans les laboratoires québécois visent tous les cancers, et pas seulement le cancer du sein. Selon le président de la Fédération, cette situation ne peut pas durer et il y a lieu de faire de nouveaux examens, une possibilité qu'envisage le ministre de la Santé. «Je n'exclus pas qu'on vérifie tous les cas sur une période donnée. On va être rigoureux, on va être prudents et on est là pour protéger le public.»
Mais rappeler tous les cas suspectés d'avoir reçu un mauvais diagnostic ne sera pas chose facile, a fait remarquer le Dr Audet-Lapointe. «Ça va être un travail titanesque. Imaginez s'ils doivent remonter deux ans en arrière. Il y a environ 6000 cas de cancers du sein diagnostiqués par année. C'est évident que ça va être coûteux, que ça va nécessiter l'emploi de beaucoup de pathologistes, a-t-il noté. Mais si le gouvernement avait assumé ses responsabilités, on n'en serait pas là.»
Comme il n'a pas lu l'étude en question, le ministre Bolduc ne pouvait pas dire si ses troublantes conclusions étaient fondées ou non. «Je ne peux pas les rassurer [les patientes atteintes du cancer du sein] tant que les experts ne se sont pas prononcés», a-t-il commenté, disant ne vouloir ni dramatiser ni minimiser la situation. Il devait pouvoir mettre la main sur un exemplaire de l'étude aujourd'hui. Une ligne Info-santé serait également en fonction. Un rapport préliminaire sur ce qui peut être fait devrait être produit au début de la semaine prochaine pour les femmes qui suivent un traitement ou qui en ont suivi un récemment.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

