SODEC: Québec veut éviter un cas «à la Jean Pelletier»
Québec — Christine St-Pierre est déterminée à congédier le président et chef de la direction de la SODEC Jean-Guy Chaput et refuse qu'il touche une prime de départ. Mais elle attend la décision du conseil d'administration pour qu'il ne se pas transforme en un cas «à la Jean Pelletier».
La ministre de la Culture, après avoir dit mardi que l'homme aux dépenses qualifiées de «somptueuses» par le vérificateur général n'avait plus l'«autorité morale» pour diriger la SODEC, n'a pas fait grand mystère du sort qui attendait le gestionnaire, hier. «Le conseil d'administration va analyser la situation [demain]. Il va me faire une recommandation et à partir de la recommandation, soit qu'ils vont aller dans le sens que je veux ou alors je vais prendre, moi, mes responsabilités», a-t-elle dit hier en sortant du caucus des libéraux.
Mme St-Pierre admet que les jugements d'annulation de congédiement obtenus ces dernières années par Jean Pelletier, ancien président de Via Rail et ancien chef de cabinet de Jean Chrétien congédié dans la foulée des commandites, forcent le gouvernement à se montrer extrêmement prudent. Questionnée à ce sujet, la ministre a soutenu qu'il y a des clauses dans le contrat de M. Chaput «qui permettent d'agir» [de le congédier], mais que des analyses supplémentaires sont nécessaires. «On va regarder le contrat, ce que le contrat stipule. C'est évident qu'il y a des choses à mesurer là-dedans. Est-ce qu'on s'embarque pour se faire poursuivre?»
Selon les circonstances de son départ, M. Chaput pourrait aussi avoir droit à une prime importante, une situation que la ministre tient à éviter: «Ce n'est pas souhaitable. Je ne pense pas que les contribuables trouveraient ça acceptable», a-t-elle dit.
Fermeté inhabituelle
La fermeté avec laquelle le gouvernement traite le cas de M. Chaput, qui, selon le VG, n'a pas détourné de fonds ni fraudé, a soulevé des questions sur les tenants et aboutissants de l'affaire.
Le Devoir faisait état hier d'un important différend entre le président de la SODEC et le délégué général du Québec à Paris, Wilfrid-Guy Licari. La ministre a toutefois soutenu qu'elle n'était pas au courant de cette querelle avant d'en prendre connaissance dans nos pages.
Quant à l'hypothèse d'un règlement de compte qui court, elle l'a qualifiée de «pas sérieuse» et rappelle qu'à son arrivée au ministère de la Culture il y a 25 mois, des rumeurs circulaient déjà au sujet des dépenses de M. Chaput, des rumeurs qu'elle a prise au sérieux. Le Parti québécois avait d'ailleurs posé des questions à ce sujet lors de l'étude de crédit du printemps 2006. La loi sur la gouvernance des sociétés d'État a permis en 2007 à Mme St-Pierre de scinder les postes de président et chef de la direction et de président du conseil de la SODEC. «Ça me donnait une plus grande latitude, et là, le président du conseil d'administration pouvait aller poser des questions sur les comptes de dépenses.»
En chambre hier, la ministre a cité le vérificateur général Renaud Lachance qui, dans une entrevue à la station 93,3 à Québec, avait soutenu que «la ministre, elle a fait son devoir et elle a fait jouer les mécanismes nécessaires, et aujourd'hui, on la sait, cette information-là».
Certaines sources jugent curieux le fait que la conférence de presse de M. Lachance ait eu lieu au moment même où Jean-Guy Chaput se trouvait à Cannes dans la fameuse chambre 308 du 1835, White Palm. Mais au Bureau du vérificateur général, on soutient que le dépôt du tome du rapport contenant le chapitre sur la SODEC n'est qu'une coïncidence. «Il y avait rien de prémédité par rapport à Cannes», a insisté la responsable des communications du Vérificateur général, Raymonde Côté-Tremblay, expliquant que le hasard des dates et des reports liés aux élections ont conduit au dépôt le 21 mai. Elle souligne que le chapitre sur la SODEC était inclus dans un tome du rapport du vérificateur général (expert indépendant nommé par l'Assemblée nationale), dans lequel il y avait d'autres «très beaux éléments dont personne n'a parlé». «Si on avait sorti un rapport sur la SODEC tout seul, dans la semaine de Cannes, un rapport particulier, un rapport distinct, là vous auriez pu vous poser des questions», a-t-elle répondu.
Vol d'électricité
Certains ont tenu à se porter à la défense de M. Chaput, hier. «Je ne peux pas me prononcer sur les accusations récentes de gaspillage de fonds, mais je peux témoigner de l'implication profonde de Jean-Guy Chaput dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, le réseau communautaire et la culture de Montréal», dit Yves Bernard, gestionnaire de CIBL à l'époque où M. Chaput présidait le conseil d'administration de la station de radio communautaire, de 1982 à 1992. «Ce qu'on raconte sur lui depuis quelques jours dans les médias me fait mal au coeur parce que ce n'est vraiment pas l'image que j'en ai gardée. Son implication était vraiment extraordinaire.»
M. Chaput était alors directeur de la caisse populaire Maisonneuve. Il y est resté de 1983 à 1995, et se faisait «un honneur et une joie» de soutenir plusieurs organismes culturels, le Festival international de jazz de Montréal, le groupe humoriste Rock & Belles oreilles, comme des compagnies de théâtre. Le «banquier des artistes» avait reçu un éloge senti du chroniqueur Pierre Foglia dans La Presse en 1990.
M. Chaput a toutefois quitté la caisse pop après avoir été accusé de vol d'électricité à son domicile. Il avait aussi dû quitter momentanément la présidence de Pro-Est, un organisme où il avait été nommé par la péquiste Louise Harel, pilier d'Hochelaga-Maisonneuve. Son remplaçant, le libéral Pierre Bibeau, est devenu le conjoint de Line Beauchamp, elle-même alors directrice de Pro-Est.
Mme Beauchamp a ensuite fait le saut en politique et est devenue ministre de la Culture. C'est elle qui a nommé Jean-Guy Chaput à la tête de la SODEC, après qu'il eut été responsable de la campagne électorale du candidat libéral Richer Dompierre, dans Hochelaga-Maisonneuve, contre Louise Harel.
«Quand il a senti que les péquistes allaient perdre le pouvoir, il s'est collé sur Line Beauchamp, dit un dirigeant communautaire d'Hochelaga-Maisonneuve qui désire conserver l'anonymat. L'aide apportée à Richer Dompierre a été vécue comme une trahison suprême par Louise Harel.»
La ministre de la Culture, après avoir dit mardi que l'homme aux dépenses qualifiées de «somptueuses» par le vérificateur général n'avait plus l'«autorité morale» pour diriger la SODEC, n'a pas fait grand mystère du sort qui attendait le gestionnaire, hier. «Le conseil d'administration va analyser la situation [demain]. Il va me faire une recommandation et à partir de la recommandation, soit qu'ils vont aller dans le sens que je veux ou alors je vais prendre, moi, mes responsabilités», a-t-elle dit hier en sortant du caucus des libéraux.
Mme St-Pierre admet que les jugements d'annulation de congédiement obtenus ces dernières années par Jean Pelletier, ancien président de Via Rail et ancien chef de cabinet de Jean Chrétien congédié dans la foulée des commandites, forcent le gouvernement à se montrer extrêmement prudent. Questionnée à ce sujet, la ministre a soutenu qu'il y a des clauses dans le contrat de M. Chaput «qui permettent d'agir» [de le congédier], mais que des analyses supplémentaires sont nécessaires. «On va regarder le contrat, ce que le contrat stipule. C'est évident qu'il y a des choses à mesurer là-dedans. Est-ce qu'on s'embarque pour se faire poursuivre?»
Selon les circonstances de son départ, M. Chaput pourrait aussi avoir droit à une prime importante, une situation que la ministre tient à éviter: «Ce n'est pas souhaitable. Je ne pense pas que les contribuables trouveraient ça acceptable», a-t-elle dit.
Fermeté inhabituelle
La fermeté avec laquelle le gouvernement traite le cas de M. Chaput, qui, selon le VG, n'a pas détourné de fonds ni fraudé, a soulevé des questions sur les tenants et aboutissants de l'affaire.
Le Devoir faisait état hier d'un important différend entre le président de la SODEC et le délégué général du Québec à Paris, Wilfrid-Guy Licari. La ministre a toutefois soutenu qu'elle n'était pas au courant de cette querelle avant d'en prendre connaissance dans nos pages.
Quant à l'hypothèse d'un règlement de compte qui court, elle l'a qualifiée de «pas sérieuse» et rappelle qu'à son arrivée au ministère de la Culture il y a 25 mois, des rumeurs circulaient déjà au sujet des dépenses de M. Chaput, des rumeurs qu'elle a prise au sérieux. Le Parti québécois avait d'ailleurs posé des questions à ce sujet lors de l'étude de crédit du printemps 2006. La loi sur la gouvernance des sociétés d'État a permis en 2007 à Mme St-Pierre de scinder les postes de président et chef de la direction et de président du conseil de la SODEC. «Ça me donnait une plus grande latitude, et là, le président du conseil d'administration pouvait aller poser des questions sur les comptes de dépenses.»
En chambre hier, la ministre a cité le vérificateur général Renaud Lachance qui, dans une entrevue à la station 93,3 à Québec, avait soutenu que «la ministre, elle a fait son devoir et elle a fait jouer les mécanismes nécessaires, et aujourd'hui, on la sait, cette information-là».
Certaines sources jugent curieux le fait que la conférence de presse de M. Lachance ait eu lieu au moment même où Jean-Guy Chaput se trouvait à Cannes dans la fameuse chambre 308 du 1835, White Palm. Mais au Bureau du vérificateur général, on soutient que le dépôt du tome du rapport contenant le chapitre sur la SODEC n'est qu'une coïncidence. «Il y avait rien de prémédité par rapport à Cannes», a insisté la responsable des communications du Vérificateur général, Raymonde Côté-Tremblay, expliquant que le hasard des dates et des reports liés aux élections ont conduit au dépôt le 21 mai. Elle souligne que le chapitre sur la SODEC était inclus dans un tome du rapport du vérificateur général (expert indépendant nommé par l'Assemblée nationale), dans lequel il y avait d'autres «très beaux éléments dont personne n'a parlé». «Si on avait sorti un rapport sur la SODEC tout seul, dans la semaine de Cannes, un rapport particulier, un rapport distinct, là vous auriez pu vous poser des questions», a-t-elle répondu.
Vol d'électricité
Certains ont tenu à se porter à la défense de M. Chaput, hier. «Je ne peux pas me prononcer sur les accusations récentes de gaspillage de fonds, mais je peux témoigner de l'implication profonde de Jean-Guy Chaput dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, le réseau communautaire et la culture de Montréal», dit Yves Bernard, gestionnaire de CIBL à l'époque où M. Chaput présidait le conseil d'administration de la station de radio communautaire, de 1982 à 1992. «Ce qu'on raconte sur lui depuis quelques jours dans les médias me fait mal au coeur parce que ce n'est vraiment pas l'image que j'en ai gardée. Son implication était vraiment extraordinaire.»
M. Chaput était alors directeur de la caisse populaire Maisonneuve. Il y est resté de 1983 à 1995, et se faisait «un honneur et une joie» de soutenir plusieurs organismes culturels, le Festival international de jazz de Montréal, le groupe humoriste Rock & Belles oreilles, comme des compagnies de théâtre. Le «banquier des artistes» avait reçu un éloge senti du chroniqueur Pierre Foglia dans La Presse en 1990.
M. Chaput a toutefois quitté la caisse pop après avoir été accusé de vol d'électricité à son domicile. Il avait aussi dû quitter momentanément la présidence de Pro-Est, un organisme où il avait été nommé par la péquiste Louise Harel, pilier d'Hochelaga-Maisonneuve. Son remplaçant, le libéral Pierre Bibeau, est devenu le conjoint de Line Beauchamp, elle-même alors directrice de Pro-Est.
Mme Beauchamp a ensuite fait le saut en politique et est devenue ministre de la Culture. C'est elle qui a nommé Jean-Guy Chaput à la tête de la SODEC, après qu'il eut été responsable de la campagne électorale du candidat libéral Richer Dompierre, dans Hochelaga-Maisonneuve, contre Louise Harel.
«Quand il a senti que les péquistes allaient perdre le pouvoir, il s'est collé sur Line Beauchamp, dit un dirigeant communautaire d'Hochelaga-Maisonneuve qui désire conserver l'anonymat. L'aide apportée à Richer Dompierre a été vécue comme une trahison suprême par Louise Harel.»
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