Dépenses à la SODEC - Le souffre-douleur
Le président de la SODEC, Jean-Guy Chaput, n'est sans doute pas parfaitement irréprochable. Mais les incriminations et la condamnation gouvernementale dont il est l'objet sont démesurées par rapport aux fautes qu'on lui reproche.
À juste titre, le Vérificateur général a soulevé des irrégularités inquiétantes dans les frais de représentation et de déplacement de la SODEC. Quatre-vingt mille dollars de dépenses de restauration justifiés de manière évasive. De la paresse dans la présentation de pièces justificatives. Un jeu comptable qui laissait croire que 211 000 $ voués à la culture avaient fondu en frais de déplacement du personnel.
Surtout, le désormais célèbre «palace» cannois à 1330 $ la nuit que M. Chaput occupait d'ailleurs, insouciant, pendant qu'ici on faisait de lui un infâme dépensier.
Il semble qu'en haut lieu, on ait décidé qu'il ne valait pas la peine que M. Chaput s'explique. La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, généralement modérée et hésitante, a sorti l'artillerie lourde, proclamant que le dirigeant n'avait plus «l'autorité morale pour diriger maintenant cette société d'État». Elle ne lui a pas encore montré la porte, mais...
Ce type d'éclat sent mauvais la «petite politique». Surtout à côté de l'indifférence qui enveloppe souvent les ministres qui sont aux prises avec de (vrais) dossiers brûlants. Sur l'autel d'une éthique gouvernementale ces jours-ci malmenée gît le parfait souffre-douleur.
Quand M. Chaput a finalement parlé, il a servi à ses détracteurs une défense somme toute efficace: il a concédé que certains flous comptables étaient à préciser. Il a exhibé l'autorisation gouvernementale pour la dépense des 211 000 $, qui n'enlevait rien au milieu culturel. Il a justifié la note de 80 000 $ pour des réceptions de sept jours ayant amusé quelque 900 personnes — 89 $ la tête. Il a défendu le coût de sa chambre à Cannes. Transformé en dilapidateur effronté, Jean-Guy Chaput a tenté de démontrer qu'on l'avait fait trôner à tort en prince des magouilles. À moins qu'il n'y ait une raison obscure encore cachée au public, sa condamnation est exagérée pour les méfaits qu'on lui impute.
La dissonance est encore plus vive quand on pense à tous les ratés du passé dénoncés par le Vérificateur sans qu'il y ait de sacrifiés. Les exagérations de la Société nationale du cheval de course, révélées en 2006, étaient odieuses. Les avantages versés aux dirigeants de la Société des alcools du Québec étaient abusifs. A-t-on oublié — déjà? — la «réussite» du réseau des FIER et son hôtel pour chiens et chats soutenu par des fonds destinés à l'Estrie?
Le gouvernement s'époumone avec cet apparent souffre-douleur, qui devra répondre de ses actes devant son conseil d'administration. Pendant ce temps, les vrais scandales sont étouffés par un chahut secondaire. Autour des 40 milliards de dollars d'épargne envolée en 2008 à la Caisse de dépôt et placement du Québec, plane encore un profond mystère.
***
machouinard@ledevoir.com
À juste titre, le Vérificateur général a soulevé des irrégularités inquiétantes dans les frais de représentation et de déplacement de la SODEC. Quatre-vingt mille dollars de dépenses de restauration justifiés de manière évasive. De la paresse dans la présentation de pièces justificatives. Un jeu comptable qui laissait croire que 211 000 $ voués à la culture avaient fondu en frais de déplacement du personnel.
Surtout, le désormais célèbre «palace» cannois à 1330 $ la nuit que M. Chaput occupait d'ailleurs, insouciant, pendant qu'ici on faisait de lui un infâme dépensier.
Il semble qu'en haut lieu, on ait décidé qu'il ne valait pas la peine que M. Chaput s'explique. La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, généralement modérée et hésitante, a sorti l'artillerie lourde, proclamant que le dirigeant n'avait plus «l'autorité morale pour diriger maintenant cette société d'État». Elle ne lui a pas encore montré la porte, mais...
Ce type d'éclat sent mauvais la «petite politique». Surtout à côté de l'indifférence qui enveloppe souvent les ministres qui sont aux prises avec de (vrais) dossiers brûlants. Sur l'autel d'une éthique gouvernementale ces jours-ci malmenée gît le parfait souffre-douleur.
Quand M. Chaput a finalement parlé, il a servi à ses détracteurs une défense somme toute efficace: il a concédé que certains flous comptables étaient à préciser. Il a exhibé l'autorisation gouvernementale pour la dépense des 211 000 $, qui n'enlevait rien au milieu culturel. Il a justifié la note de 80 000 $ pour des réceptions de sept jours ayant amusé quelque 900 personnes — 89 $ la tête. Il a défendu le coût de sa chambre à Cannes. Transformé en dilapidateur effronté, Jean-Guy Chaput a tenté de démontrer qu'on l'avait fait trôner à tort en prince des magouilles. À moins qu'il n'y ait une raison obscure encore cachée au public, sa condamnation est exagérée pour les méfaits qu'on lui impute.
La dissonance est encore plus vive quand on pense à tous les ratés du passé dénoncés par le Vérificateur sans qu'il y ait de sacrifiés. Les exagérations de la Société nationale du cheval de course, révélées en 2006, étaient odieuses. Les avantages versés aux dirigeants de la Société des alcools du Québec étaient abusifs. A-t-on oublié — déjà? — la «réussite» du réseau des FIER et son hôtel pour chiens et chats soutenu par des fonds destinés à l'Estrie?
Le gouvernement s'époumone avec cet apparent souffre-douleur, qui devra répondre de ses actes devant son conseil d'administration. Pendant ce temps, les vrais scandales sont étouffés par un chahut secondaire. Autour des 40 milliards de dollars d'épargne envolée en 2008 à la Caisse de dépôt et placement du Québec, plane encore un profond mystère.
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