Public-privé, tous sous le même toit
Photo : Jacques Nadeau
Le 2187, rue Larivière, dans le quartier Centre-Sud
Un mini-CLSC mixte qui abrite à la fois des ressources du système public et d'autres payées par la Fondation Chagnon (FC). Voilà ce qu'on retrouve dans un édifice du Centre-Sud de Montréal. Et l'intégration privé-public pourrait s'y intensifier sous peu.
Le PPP social a une adresse: 2187, rue Larivière, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, propriété de la Fondation Chagnon. Un organisme à but non lucratif au statut un peu spécial y loge: le Centre premier berceau, dont le conseil d'administration est formé de représentants de la Fondation Chagnon et de hauts fonctionnaires du gouvernement.
Avec son budget de fonctionnement de près de deux millions de dollars par année, dont un million provient de la FC et l'autre de Québec, le centre offre des services de psychothérapie et d'accompagnement à une centaine de jeunes femmes (et leurs conjoints) en attente d'un premier enfant et ayant vécu des traumatismes par le passé. Les clientes du centre sont principalement référées par le milieu de la santé, explique le vice-président de la FC, Jean-Marc Chouinard, qui préside également le conseil d'administration d'Autonomie jeunes familles, l'organisme chapeautant le Centre premier berceau.
Si déjà le partenariat public-philanthropique apparaît organique, le maillage va plus loin. Le Centre de la santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance a installé, il y a quelques mois, sa petite équipe de cinq sages-femmes, dont une est payée par le Centre premier berceau, au 2187 Larivière. Quelques personnes-ressources de l'équipe en périnatalité y travaillent également (infirmières, travailleuses sociales, orthophoniste).
Un développement commandité
Or voilà maintenant que le CSSS Jeanne-Mance ambitionne de déménager une équipe complète en périnatalité (une trentaine de personnes) au site Larivière et d'y aménager une maison des naissances en bonne et due forme. Et on demande à la FC d'assumer le coût des travaux. «C'est notre rêve! Est-ce que la Fondation Chagnon sera intéressée à nous construire une maison des naissances et un centre en périnatalité? Chacun réfléchit de son côté», explique Mireille Lalande, directrice des services enfance famille au CSSS.
La perspective d'un rapprochement encore plus important chicote certains intervenants du CSSS, qui ont préféré ne pas témoigner ouvertement. Ils voient dans le Centre premier berceau une sorte de «mini-CLSC privé». Mireille Lalande reconnaît que l'organisme «s'inspire des programmes de santé publique du réseau». «De toute façon, ils sont là. Nous sommes aussi bien de travailler ensemble plutôt qu'en compétition», résume Mme Lalande.
«C'est un projet d'expérimentation, explique M. Chouinard. On voulait voir si l'intervention précoce auprès des enfants et des parents aurait des effets, comme élément de lutte contre la marginalisation.»
«On va tester, on apprend et, éventuellement, il y aura un transfert d'expertise. Cela modifiera peut-être certaines démarches dans les centres de santé et de services sociaux», ajoute-t-il.
Interrogée sur ce qui différencie les services du Centre premier berceau de ceux du CLSC, Mme Lalande multiplie les nuances. «Leur démarche clinique est différente et elle se limite à une première grossesse, lorsque la cliente a subi un traumatisme antérieur. On ne fait pas de psychothérapie. On a une démarche plus systémique que psychanalytique. Et ils peuvent choisir leurs clients, ce que je ne peux pas faire.»
Jean-Marc Chouinard écarte lui aussi les critiques de dédoublements. «À l'origine, cette perception était un enjeu. Ce qu'on entend maintenant de la part du milieu de la santé, c'est que le centre fait ce qu'ils auraient rêvé de faire.»
Suivi périnatal et DPJ sous un même toit
Les relations entre la FC et les services publics dans l'édifice du Centre-Sud pourraient être encore plus tissées serré. Le Centre jeunesse de Montréal projette d'y ouvrir une pouponnière pour accueillir six bébés de moins de six mois dont la mère fait l'objet d'une évaluation par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour maltraitance. «Pendant l'évaluation, ils seraient placés chez Premier berceau, où des personnes-ressources s'occuperaient de l'hébergement 24 heures sur 24 et où les parents pourraient venir. Cela évite de couper le lien d'attachement entre la mère et l'enfant, et le centre peut travailler au développement des habiletés parentales», explique Francine Paquette, coordonnatrice du centre d'expertise sur la maltraitance du Centre jeunesse de Montréal.
Le projet de pouponnière, tout comme le projet de centre en périnatalité, est pris en délibéré par la FC, qui entend statuer cet automne sur l'avenir du Centre premier berceau, dont l'entente de financement avec Québec arrive à échéance en 2010.
Si tous ces développements voient le jour, on pourrait donc retrouver sous un même toit l'équipe en périnatalité du CSSS, des sages-femmes, l'organisme à but non lucratif pour les mères enceintes et des services de la DPJ. N'y a-t-il pas là un danger d'effrayer des parents susceptibles de craindre un signalement à la DPJ? «C'est un risque, reconnaît Mme Paquette. Mais, parfois, on anticipe des craintes qui ne deviennent pas une réalité.»
Jean-Marc Chouinard, lui, parle du projet comme d'un «beau potentiel de partenariat» et range la réflexion sur ces craintes dans la liste des «devoirs à faire».
Le PPP social a une adresse: 2187, rue Larivière, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, propriété de la Fondation Chagnon. Un organisme à but non lucratif au statut un peu spécial y loge: le Centre premier berceau, dont le conseil d'administration est formé de représentants de la Fondation Chagnon et de hauts fonctionnaires du gouvernement.
Avec son budget de fonctionnement de près de deux millions de dollars par année, dont un million provient de la FC et l'autre de Québec, le centre offre des services de psychothérapie et d'accompagnement à une centaine de jeunes femmes (et leurs conjoints) en attente d'un premier enfant et ayant vécu des traumatismes par le passé. Les clientes du centre sont principalement référées par le milieu de la santé, explique le vice-président de la FC, Jean-Marc Chouinard, qui préside également le conseil d'administration d'Autonomie jeunes familles, l'organisme chapeautant le Centre premier berceau.
Si déjà le partenariat public-philanthropique apparaît organique, le maillage va plus loin. Le Centre de la santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance a installé, il y a quelques mois, sa petite équipe de cinq sages-femmes, dont une est payée par le Centre premier berceau, au 2187 Larivière. Quelques personnes-ressources de l'équipe en périnatalité y travaillent également (infirmières, travailleuses sociales, orthophoniste).
Un développement commandité
Or voilà maintenant que le CSSS Jeanne-Mance ambitionne de déménager une équipe complète en périnatalité (une trentaine de personnes) au site Larivière et d'y aménager une maison des naissances en bonne et due forme. Et on demande à la FC d'assumer le coût des travaux. «C'est notre rêve! Est-ce que la Fondation Chagnon sera intéressée à nous construire une maison des naissances et un centre en périnatalité? Chacun réfléchit de son côté», explique Mireille Lalande, directrice des services enfance famille au CSSS.
La perspective d'un rapprochement encore plus important chicote certains intervenants du CSSS, qui ont préféré ne pas témoigner ouvertement. Ils voient dans le Centre premier berceau une sorte de «mini-CLSC privé». Mireille Lalande reconnaît que l'organisme «s'inspire des programmes de santé publique du réseau». «De toute façon, ils sont là. Nous sommes aussi bien de travailler ensemble plutôt qu'en compétition», résume Mme Lalande.
«C'est un projet d'expérimentation, explique M. Chouinard. On voulait voir si l'intervention précoce auprès des enfants et des parents aurait des effets, comme élément de lutte contre la marginalisation.»
«On va tester, on apprend et, éventuellement, il y aura un transfert d'expertise. Cela modifiera peut-être certaines démarches dans les centres de santé et de services sociaux», ajoute-t-il.
Interrogée sur ce qui différencie les services du Centre premier berceau de ceux du CLSC, Mme Lalande multiplie les nuances. «Leur démarche clinique est différente et elle se limite à une première grossesse, lorsque la cliente a subi un traumatisme antérieur. On ne fait pas de psychothérapie. On a une démarche plus systémique que psychanalytique. Et ils peuvent choisir leurs clients, ce que je ne peux pas faire.»
Jean-Marc Chouinard écarte lui aussi les critiques de dédoublements. «À l'origine, cette perception était un enjeu. Ce qu'on entend maintenant de la part du milieu de la santé, c'est que le centre fait ce qu'ils auraient rêvé de faire.»
Suivi périnatal et DPJ sous un même toit
Les relations entre la FC et les services publics dans l'édifice du Centre-Sud pourraient être encore plus tissées serré. Le Centre jeunesse de Montréal projette d'y ouvrir une pouponnière pour accueillir six bébés de moins de six mois dont la mère fait l'objet d'une évaluation par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour maltraitance. «Pendant l'évaluation, ils seraient placés chez Premier berceau, où des personnes-ressources s'occuperaient de l'hébergement 24 heures sur 24 et où les parents pourraient venir. Cela évite de couper le lien d'attachement entre la mère et l'enfant, et le centre peut travailler au développement des habiletés parentales», explique Francine Paquette, coordonnatrice du centre d'expertise sur la maltraitance du Centre jeunesse de Montréal.
Le projet de pouponnière, tout comme le projet de centre en périnatalité, est pris en délibéré par la FC, qui entend statuer cet automne sur l'avenir du Centre premier berceau, dont l'entente de financement avec Québec arrive à échéance en 2010.
Si tous ces développements voient le jour, on pourrait donc retrouver sous un même toit l'équipe en périnatalité du CSSS, des sages-femmes, l'organisme à but non lucratif pour les mères enceintes et des services de la DPJ. N'y a-t-il pas là un danger d'effrayer des parents susceptibles de craindre un signalement à la DPJ? «C'est un risque, reconnaît Mme Paquette. Mais, parfois, on anticipe des craintes qui ne deviennent pas une réalité.»
Jean-Marc Chouinard, lui, parle du projet comme d'un «beau potentiel de partenariat» et range la réflexion sur ces craintes dans la liste des «devoirs à faire».
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