Une cohabitation devenue difficile
La Fondation Lucie-et-André-Chagnon n'est plus la bienvenue
À Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, la Fondation Lucie-et-André-Chagnon (FC) n'est plus la bienvenue. Plus aucun organisme ne veut être le fiduciaire de l'argent de Québec enfant.
«On fait miroiter que ça va bonifier la mobilisation dans le milieu, que ça va être complémentaire de ce qui se fait déjà. Mais, dans les faits, ça gruge la mobilisation», fait valoir Manon Pagette, coordonnatrice de l'organisme Cible famille Brandon. Selon elle, pendant deux ans, Québec enfant est venu dédoubler ce que son organisme faisait déjà, soit des ateliers parent-enfant, en plus d'imposer un mécanisme de concertation qui draine beaucoup d'énergie.
La concertation, voilà la clé de l'approche de la FC. Lorsque Québec enfant ou Québec en forme, les deux principales créatures issues des partenariats entre la FC et le gouvernement, arrive dans une collectivité, on commence par instituer un comité d'action local (CAL), qui réunit les différents intervenants en lien avec les enfants — tels les écoles, les municipalités, les centres de loisir, les organismes communautaires oeuvrant auprès des familles, ou encore le CLSC. Le CAL définit donc les besoins, liés aux objectifs du bailleur de fonds, puis un fiduciaire est choisi pour administrer ces fonds et mettre en oeuvre les projets.
Manon Pagette résume cela de façon plus crue: «Ils arrivent dans le milieu en disant: "Voici nos objectifs, nos cibles, vous embarquez ou pas?" Tu ne peux pas dire non, parce qu'ils entrent en plein dans notre champ d'action, dans notre mission. Mais tous les organismes communautaires que je connais dans Lanaudière ont déchanté.»
Mme Pagette, comme plusieurs intervenants de groupes communautaires à qui Le Devoir a parlé, en a contre la démarche proposée, qu'elle juge paternaliste plutôt qu'inspirée des besoins exprimés par les populations visées. On mise par exemple sur la stimulation précoce des enfants et le développement des compétences des parents, pour que ceux-ci puissent évaluer le développement moteur de leur enfant et leur apprentissage du langage. «Comment demander à un parent de diagnostiquer son enfant quand tout ce qu'il veut, c'est de manger? On pourrait commencer par soutenir les parents dans leurs propres besoins!», lance Mme Pagette.
Ce malaise est partagé par le Regroupement des organismes communautaires familles, qui s'est d'ailleurs opposé au projet de loi 7 en commission parlementaire ce printemps, projet qui ferait en sorte d'allouer quelque 40 millions par année à Québec enfant (15 millions provenant des fonds publics, 25 millions de la FC).
«On stigmatise les pauvres. On aborde les gens comme des facteurs de risque sur deux pattes, comme si la pauvreté était une maladie contagieuse qu'il faut guérir au plus vite. C'est la logique des virus et des microbes appliquée au social», illustre Carole Gélinas, du Regroupement des organismes communautaires familles de Montréal.
Prendre exemple sur Québec en forme
Les représentants de la FC reconnaissent que le programme Québec enfant a connu des ratés au cours des dernières années en raison d'une direction trop rigide. On promet que l'arrivée récente de l'ancienne directrice de Centraide, Lyse Brunet, à la tête de Québec enfant va permettre à l'organisme de vivre plus harmonieusement l'expansion qui s'annonce, avec l'adoption du projet de loi 7, qui consacrera 400 millions au développement des jeunes enfants sur 10 ans (dont les trois quarts à Québec enfant).
Dans sa croissance, Québec enfant devrait s'inspirer de Québec en forme, qui bénéficie de près de 40 millions par année (20 millions de fonds publics, 20 millions de la FC) depuis deux ans, insiste-t-on à la FC.
Le directeur de Québec en forme, Éric Myles, qui chapeaute une équipe de quelques dizaines d'agents de mobilisation, affirme avec fierté que des CAL sont maintenant actifs dans 100 collectivités. Il voit Québec en forme comme une sorte de «catalyseur ou facilitateur de la mobilisation» locale, un arbitre neutre qui permet à tous les intervenants de se concerter pour les jeunes, plutôt que de travailler chacun dans son coin «en silo». «On n'a rien à vendre, pas d'élection à gagner. On fait tous les efforts pour s'adapter aux réalités de chaque milieu», résume M. Myles.
Ainsi, pour être financé, un projet doit être porté par plusieurs partenaires. «La direction d'école qui navigue seule va trouver cela difficile», prévient M. Myles. On ne finance par ailleurs pas d'infrastructures, telle une aire de jeu, ou la mission de base d'un organisme (comme un centre de loisir).
Si Québec en forme apparaît effectivement moins critiqué que Québec enfant, des voix s'élèvent néanmoins pour remettre en question l'implantation des activités dans le milieu scolaire, surtout pendant les heures de classe. «Dans certaines écoles, la cohabitation est devenue difficile. Les professeurs d'éducation physique se plaignent de ne plus avoir accès aux gymnases quand ils en ont besoin», explique Claudia Cousin, vice-présidente du Syndicat de l'enseignement des Vieilles-Forges. Si les activités parascolaires de Québec en forme sont bienvenues, elle croit qu'il vaudrait mieux embaucher davantage d'enseignants d'éducation physique pour ce qui est des activités dans la grille-horaire.
«On fait miroiter que ça va bonifier la mobilisation dans le milieu, que ça va être complémentaire de ce qui se fait déjà. Mais, dans les faits, ça gruge la mobilisation», fait valoir Manon Pagette, coordonnatrice de l'organisme Cible famille Brandon. Selon elle, pendant deux ans, Québec enfant est venu dédoubler ce que son organisme faisait déjà, soit des ateliers parent-enfant, en plus d'imposer un mécanisme de concertation qui draine beaucoup d'énergie.
La concertation, voilà la clé de l'approche de la FC. Lorsque Québec enfant ou Québec en forme, les deux principales créatures issues des partenariats entre la FC et le gouvernement, arrive dans une collectivité, on commence par instituer un comité d'action local (CAL), qui réunit les différents intervenants en lien avec les enfants — tels les écoles, les municipalités, les centres de loisir, les organismes communautaires oeuvrant auprès des familles, ou encore le CLSC. Le CAL définit donc les besoins, liés aux objectifs du bailleur de fonds, puis un fiduciaire est choisi pour administrer ces fonds et mettre en oeuvre les projets.
Manon Pagette résume cela de façon plus crue: «Ils arrivent dans le milieu en disant: "Voici nos objectifs, nos cibles, vous embarquez ou pas?" Tu ne peux pas dire non, parce qu'ils entrent en plein dans notre champ d'action, dans notre mission. Mais tous les organismes communautaires que je connais dans Lanaudière ont déchanté.»
Mme Pagette, comme plusieurs intervenants de groupes communautaires à qui Le Devoir a parlé, en a contre la démarche proposée, qu'elle juge paternaliste plutôt qu'inspirée des besoins exprimés par les populations visées. On mise par exemple sur la stimulation précoce des enfants et le développement des compétences des parents, pour que ceux-ci puissent évaluer le développement moteur de leur enfant et leur apprentissage du langage. «Comment demander à un parent de diagnostiquer son enfant quand tout ce qu'il veut, c'est de manger? On pourrait commencer par soutenir les parents dans leurs propres besoins!», lance Mme Pagette.
Ce malaise est partagé par le Regroupement des organismes communautaires familles, qui s'est d'ailleurs opposé au projet de loi 7 en commission parlementaire ce printemps, projet qui ferait en sorte d'allouer quelque 40 millions par année à Québec enfant (15 millions provenant des fonds publics, 25 millions de la FC).
«On stigmatise les pauvres. On aborde les gens comme des facteurs de risque sur deux pattes, comme si la pauvreté était une maladie contagieuse qu'il faut guérir au plus vite. C'est la logique des virus et des microbes appliquée au social», illustre Carole Gélinas, du Regroupement des organismes communautaires familles de Montréal.
Prendre exemple sur Québec en forme
Les représentants de la FC reconnaissent que le programme Québec enfant a connu des ratés au cours des dernières années en raison d'une direction trop rigide. On promet que l'arrivée récente de l'ancienne directrice de Centraide, Lyse Brunet, à la tête de Québec enfant va permettre à l'organisme de vivre plus harmonieusement l'expansion qui s'annonce, avec l'adoption du projet de loi 7, qui consacrera 400 millions au développement des jeunes enfants sur 10 ans (dont les trois quarts à Québec enfant).
Dans sa croissance, Québec enfant devrait s'inspirer de Québec en forme, qui bénéficie de près de 40 millions par année (20 millions de fonds publics, 20 millions de la FC) depuis deux ans, insiste-t-on à la FC.
Le directeur de Québec en forme, Éric Myles, qui chapeaute une équipe de quelques dizaines d'agents de mobilisation, affirme avec fierté que des CAL sont maintenant actifs dans 100 collectivités. Il voit Québec en forme comme une sorte de «catalyseur ou facilitateur de la mobilisation» locale, un arbitre neutre qui permet à tous les intervenants de se concerter pour les jeunes, plutôt que de travailler chacun dans son coin «en silo». «On n'a rien à vendre, pas d'élection à gagner. On fait tous les efforts pour s'adapter aux réalités de chaque milieu», résume M. Myles.
Ainsi, pour être financé, un projet doit être porté par plusieurs partenaires. «La direction d'école qui navigue seule va trouver cela difficile», prévient M. Myles. On ne finance par ailleurs pas d'infrastructures, telle une aire de jeu, ou la mission de base d'un organisme (comme un centre de loisir).
Si Québec en forme apparaît effectivement moins critiqué que Québec enfant, des voix s'élèvent néanmoins pour remettre en question l'implantation des activités dans le milieu scolaire, surtout pendant les heures de classe. «Dans certaines écoles, la cohabitation est devenue difficile. Les professeurs d'éducation physique se plaignent de ne plus avoir accès aux gymnases quand ils en ont besoin», explique Claudia Cousin, vice-présidente du Syndicat de l'enseignement des Vieilles-Forges. Si les activités parascolaires de Québec en forme sont bienvenues, elle croit qu'il vaudrait mieux embaucher davantage d'enseignants d'éducation physique pour ce qui est des activités dans la grille-horaire.
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