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Conciliation travail-famille - Une priorité nationale, dit Landry

La semaine de quatre jours devrait se faire sur une base volontaire, se fait dire le chef péquiste en visite dans une entreprise exemplaire à cet égard

Tommy Chouinard   9 avril 2003  Québec
Bernard Landry a visité la compagnie Teraxion, où il s’est fait dire que la semaine de quatre jours ne peut pas être applicable partout.
Photo : Agence Reuters
Bernard Landry a visité la compagnie Teraxion, où il s’est fait dire que la semaine de quatre jours ne peut pas être applicable partout.
Québec — Le premier ministre Bernard Landry a tenté de prouver sans relâche hier que la semaine de travail de quatre jours pour les parents de jeunes enfants n'est pas une promesse improvisée et que la conciliation famille-travail constitue plutôt une «priorité nationale vitale». Or, pour faire la promotion de son engagement, le chef péquiste s'est rendu hier dans une entreprise de haute technologie dont le président n'est pas chaud à l'idée d'être obligé d'accepter que chaque employé ayant un enfant de moins de 12 ans puisse obtenir, s'il le souhaite, une réduction de 20 % de son temps de travail.

«Si on me force à le faire, c'est sûr que je ne serais pas d'accord», a affirmé Alain Chandonnet, président de Teraxion, une société qui compte 60 employés et qui est considérée comme une entreprise modèle en matière de conciliation travail-famille puisqu'elle offre des horaires variables à ses travailleurs de façon volontaire. «Il y a toutes sortes de raisons qui font que cette mesure ne s'applique pas. On ne peut pas faire du "mur à mur" avec ça», a-t-il ajouté.

Pour une entreprise comme la sienne, trouver des personnes compétentes pour remplacer des employés «hyperspécialisés» qui opteraient pour la semaine de quatre jours serait ardu, a-t-il expliqué. Selon Alain Chandonnet, des ajustements en fonction de la taille des entreprises et une période d'adaptation seraient nécessaires. Une application volontaire et non obligatoire de la semaine de quatre jours par les entreprises pour les employés et les parents qui le souhaitent serait même à privilégier, selon lui.

Quelque peu déstabilisé par les déclarations de M. Chandonnet, Bernard Landry a exprimé son intention de maintenir le caractère obligatoire de la loi et ne pas souhaiter exclure les petites entreprises d'une éventuelle loi-cadre. «Nous allons essayer de trouver des accommodements pour aider à respecter cette loi. On aura tout l'été pour faire des commissions parlementaires, entendre les entreprises à travers leurs associations. Je ne veux pas leur demander des choses qui nuiraient [aux PME] sans les compenser d'une manière ou d'une autre. Peut-être que la retraite modulée, un retraité qui est parti et revient travailler une journée par semaine, compenserait. Des choses de ce genre seront étudiées», a souligné Bernard Landry. Selon le Parti québécois, la semaine de quatre jours pourrait coûter 100 millions de dollars par année aux entreprises.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) évalue plutôt ce coût à au moins 300 millions de dollars par année. Contrairement à Bernard Landry, la FCEI souhaite que la formule de la semaine de quatre jours soit souple, repose sur une concertation entre employés et employeurs et n'ait pas un caractère obligatoire pour les chefs d'entreprise, explique le président Richard Fahey par voie de communiqué. Environ 91 % des PME offrent déjà des mesures de conciliation famille-travail, et le caractère obligatoire de la loi devrait donc être rejeté, plaide-t-il.

Si le PQ est porté au pouvoir, une loi-cadre sur la conciliation famille-travail entrerait en vigueur en janvier 2004. S'il le souhaite, chaque parent ayant un enfant de 12 ans ou moins pourrait exercer le droit de réclamer à son employeur, qui serait obligé d'accepter, une semaine de quatre jours ou la réduction de 20 % de son temps de travail.

Par ailleurs, le chef péquiste a annoncé hier à Lévis que si le PQ est élu, la Commission des normes du travail disposera d'un mandat élargi pour faire respecter une éventuelle loi-cadre sur la conciliation travail-famille et qu'elle se nommera la «commission de la conciliation famille-travail et des normes du travail». C'est cette «commission administrative quasi judiciaire» qui aurait la vocation «d'empêcher toute discrimination» de la part d'employeurs qui pourraient ne pas vouloir embaucher des parents ayant de jeunes enfants ou qui leur refuseraient la semaine de quatre jours. «On change le titre de la commission et, bravo, on a fait des progrès. La vie de famille ne va pas changer d'un iota parce qu'on a changé le titre d'une commission», a répliqué le chef libéral Jean Charest, qui estime que les baisses d'impôts qu'il propose viendraient directement en aide aux familles avec enfants.

La loi-cadre sur la conciliation famille-travail ne pourrait toutefois pas s'appliquer aux entreprises régies par le code canadien du travail et non par les normes québécoises du travail, comme les institutions financières et les entreprises de télécommunications. «S'il y a un problème, je demande tout de suite au gouvernement central d'ajuster immédiatement ses lois à notre législation progressiste. On leur donne un préavis, ils ont le temps de le faire», a répondu Bernard Landry.

Jean Charest critique la promesse de semaine de quatre jours du PQ en affirmant que Bernard Landry fait preuve d'improvisation. Pour renverser ces accusations, qu'il considère comme de «l'électoralisme léger et inefficace», M. Landry était accompagnée hier de la candidate péquiste dans Outremont, la «visionnaire» et la «mère intellectuelle» de la conciliation famille-travail au PQ, Marie-Lise Lapierre, qui milite depuis longtemps pour que le parti adopte cette orientation. Elle a noté que le programme du PQ comporte des éléments de conciliation travail-famille depuis des années. De plus, un rapport de juin 1999 du Conseil de la famille et de l'enfance transmis à la ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, Nicole Léger, recommande la réduction volontaire du temps de travail.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac
 
 
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