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Enjeux de la campagne - Les politiciens promettent des minutes au primaire et des millions aux universités

Marie-Andrée Chouinard   9 avril 2003  Québec
Photo : Jacques Nadeau
Le Devoir poursuit aujourd'hui une série de bilans qui se succéderont cette semaine et qui aborderont les grands thèmes traités par nos politiciens au cours de la campagne électorale. Troisième volet: l'éducation.

L'éducation n'aura pas soulevé les foules pendant cette campagne électorale. Supplantés par la guerre dans l'espace médiatique, les partis sont allés à l'essentiel, mais l'éducation n'a pas figuré au sommet de la liste, largement dépassée par sa petite soeur, la conciliation famille-travail.

Signe des temps, même les bons d'éducation de l'Action démocratique du Québec (ADQ), présentés en début de campagne comme l'ennemi à abattre par les partis adverses, n'auront pas permis d'alimenter les débats. Sans quelques promesses électorales bien senties de la part du Parti québécois en début de campagne et peut-être aussi une publicité libérale orientée autour de l'aide aux devoirs et des besoins des parents en éducation, la petite et la grande école auraient flirté avec l'invisibilité pendant cette campagne électorale.

Anglais ou éducation physique? Pendant que le PQ tablait sur des heures d'enseignement de plus (deux au primaire, dont une pour l'éducation physique, et trente minutes additionnelles au secondaire dès septembre 2004 pour accroître l'activité physique), le PLQ a fait ses choux gras de l'insertion de l'anglais langue seconde dès la première année du primaire.

Le PLQ, dont les propositions s'assimilent à celles du parti de Bernard Landry, achète la réforme de l'éducation en cours mais retarderait d'au moins une année son implantation au secondaire, promise par le PQ pour septembre 2004. Les libéraux misent sur l'aide aux devoirs — le PQ en faisait une de ses annonces de campagne, parlant d'une aide ponctuelle trois fois par semaine — et y voient une manière de soulager des familles enchaînées par le travail.

Les bons d'éducation de l'ADQ de Mario Dumont auront donc fait couler beaucoup plus d'encre en amont de la campagne électorale que pendant cette période d'intense compétition politique. L'idée de remettre aux parents un bon favorisant le libre choix d'une école est tombée à plat et n'a pas suscité la colère des partis adverses. Ce qui aurait sans doute pu faire l'objet des échanges les plus enlevants en éducation n'aura donc donné lieu qu'à une ou deux petites phrases bien senties lors du débat télévisé des chefs.

Tandis que le PQ et le PLQ gagent tous deux sur un meilleur encadrement des élèves au secondaire (mentorat et titulariat) pour attaquer la bête noire qu'est le décrochage scolaire, l'ADQ propose une revalorisation massive de la formation professionnelle et une attaque particulière contre le problème des garçons, notamment par l'embauche de plus d'enseignants masculins.

Le collégial passe aussi sous la lorgnette des partis: si le PQ vise des taux de diplomation de 75 % d'ici la fin des cinq prochaines années, le PLQ mise sur un meilleur arrimage entre la formation professionnelle au secondaire et le passage au technique du collégial, de la même manière qu'il souhaiterait un transfert plus efficace des collégiens techniciens vers l'université, ce qu'approuve l'ADQ. Le parti de Mario Dumont est en outre le seul à suggérer l'étendue du brevet d'enseignement jusqu'au réseau collégial.

L'université, réseau sorti penaud et bredouille du dernier budget, n'est pas en reste: pour la campagne électorale, le PQ avait gardé la promesse de 200 millions de dollars récurrents à terme au cours du prochain mandat, répondant en cela à la demande des universités d'accorder une seconde phase de réinvestissement en éducation.

En entrevue au Devoir hier, la ministre des Finances, Pauline Marois, a toutefois clairement indiqué qu'elle avait joué de prudence et que certaines de ces annonces électorales pourraient s'étaler en cours de mandat, l'étalement constituant une «soupape» advenant un contexte économique difficile.

S'échangeant la réplique, les libéraux renchérissaient quelques jours plus tard avec la promesse de 240 millions en cinq ans pour les universités, en plus d'un encadrement juridique des frais afférents, ce que le PQ propose aussi presque exactement sous la même forme. Si ces deux partis maintiennent l'idée d'un gel des frais de scolarité, réclamé à grands cris par la Fédération étudiante universitaire du Québec, l'ADQ suggère plutôt de «limiter l'augmentation des frais de scolarité en les indexant au coût de la vie».
 
 
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