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Le plan

9 avril 2003  Québec
Depuis quelques jours, on reproche à Bernard Landry de ne pas expliquer clairement le plan qu'il mettrait en oeuvre en faveur de la souveraineté du Québec s'il conserve le pouvoir. Le premier ministre lui-même semble entretenir des mystères à ce sujet. Et je me demande bien pourquoi. Le programme du Parti québécois, disponible sur son site Internet, est pourtant très explicite à ce sujet.

Le PQ propose une démarche «ordonnée, méthodique et rigoureuse» pour réaliser la souveraineté. Le Québec ne deviendra souverain que si une majorité vote en faveur de cette option lors d'un référendum. Mais des étapes doivent précéder ce prochain rendez-vous démocratique. M. Landry a tout à fait raison de dire qu'on ne peut pas perdre un autre référendum. Une défaite serait un recul. Le chef du Parti québécois a réussi à faire comprendre à la population qu'il n'y aura de référendum que s'il a l'assurance morale de le gagner. Le programme précise: «lorsque la perspective d'une victoire apparaîtra clairement à l'horizon».

On pourrait croire que le PQ nous refait le coup des conditions gagnantes de 1998. Or la proposition péquiste, cette fois-ci, est différente. Son programme prévoit en effet des étapes explicites. Il s'agit d'un «plan national de transition vers la souveraineté», dont les détails sont énumérés à la page 100 du programme. En toutes lettres! Ce processus vise à «évaluer toutes les conséquences de la souveraineté de manière à bien y préparer le Québec» et à «permettre aux Québécois de prendre une décision éclairée».

Le plan devra prévoir une proposition de regroupement des fonctions étatiques actuellement réparties entre les deux ordres de gouvernement; un projet de décentralisation vers les régions; l'énumération des lois, des traités et des documents juridiques qui devront être préparés pour assurer une transition harmonieuse; les démarches en vue de la participation du Québec à une éventuelle union confédérale avec le Canada et aux organisations internationales; l'élaboration d'un projet de constitution transitoire.

Cela signifie que la fonction publique sera mise à contribution pour préparer la souveraineté sur les plans juridique, financier, politique et diplomatique. La population sera sans doute invitée à participer à des discussions et à des consultations sur ce sujet. La société civile sera mobilisée par le Conseil de la souveraineté, nouvellement créé et présidé par l'ancien syndicaliste Gérald Larose. Où est le mystère?

Il est difficile de demander à un parti politique d'être plus précis sur ses intentions. Il s'agit d'un plan responsable et transparent. Aucun piège ne se cache dans ce processus. Les études produites par l'État seront publiques. Les opposants pourront les critiquer. Le débat sera ouvert. La souveraineté deviendra plus concrète dans l'esprit des fonctionnaires, des élus et de la population. Cette démarche rendra inévitablement ce projet plus acceptable aux yeux d'un plus grand nombre de Québécois parce que le projet est bon. C'est comme un bon gars: on gagne à le connaître. La souveraineté, c'est pareil.

Ceux qui, aujourd'hui, s'opposent à la souveraineté ne peuvent pas être contre le fait que le gouvernement qui propose de la réaliser s'astreigne à procéder avec prudence et responsabilité. Qu'il examine tous les aspects de la question. Qu'il anime des débats publics à son sujet. Les fédéralistes ne voudraient tout de même pas qu'un gouvernement souverainiste précipite les Québécois dans l'aventure les yeux fermés.

M. Landry et son parti proposent de faire ce que le gouvernement britannique tente de faire d'ici la tenue d'un éventuel référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à la monnaie commune européenne: «to prepare and decide». Le gouvernement ne sera pas neutre dans le cadre de cette préparation. Mais il ne sera pas seul non plus. L'État central canadien n'est jamais loin. Et Stéphane Dion n'a-t-il pas laissé entendre que si le PQ reste au pouvoir, il reportera sa retraite à plus tard...

L'argument fatal employé par Jean Charest à l'encontre de ce plan est dérisoire mais il le répète inlassablement: un gouvernement péquiste donnerait la priorité à la souveraineté au lieu de la donner à la santé. Avec un budget de 19 milliards de dollars, la santé ne risque pas de sitôt d'être supplantée dans l'ordre des priorités de n'importe quel gouvernement du Québec. En outre, un des problèmes du système de santé est son sous-financement. M. Charest est d'accord pour se battre contre le déséquilibre fiscal et ainsi ramener au Québec les sommes qui lui reviennent pour financer les services. Or la seule façon de régler le déséquilibre fiscal, c'est que le Québec collecte tous les impôts. Bref, c'est qu'il soit pleinement souverain sur son territoire. Ce n'est pas un choix entre souveraineté et santé. Avec la souveraineté vient la santé.

Durant la campagne, M. Landry a fait beaucoup d'efforts pour convaincre les fédéralistes de sa bonne foi. Avec le plan de transition qu'il propose, il a tout ce qu'il faut pour séduire aussi les souverainistes. Pour la première fois, un gouvernement péquiste consacrerait des ressources à la préparation de ce fabuleux projet.

J'ai du mal à comprendre pourquoi M. Landry ne met pas plus en avant les éléments de ce plan déterminé mais responsable, prudent et transparent. De la même manière qu'il pourrait mettre en évidence les éléments visionnaires de son programme sur la lutte contre la pauvreté et le développement social, le développement durable, la réforme des institutions démocratiques, la place du Québec dans la mondialisation. En mettant en lumière ses idéaux, le PQ pourrait même donner envie de voter pour lui. Et peut-être, quelques mois après qu'on l'eut tenu pour mort, conserver le pouvoir.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
 
 
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  • Robert DesLauriers - Inscrit
    9 avril 2003 18 h 31
    Digestion ou indigestion?
    Je présume que M.Landry croit qu'il faut mettre la pédale douce sur tous les étapes a suivre pour éventuellement accéder a la souveraineté .Elles sont complexes et je crois créeraient la confusion et il serait obligé de faire de la pédagogie ce qui n'est pas évident dans une campagne électorale composée de "sounds bites" et qui surfe sur les sujets et promesses.
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