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En finir avec le dézonage à la pièce

Un rapport préconise une nouvelle approche en matière de protection du territoire agricole

Robert Dutrisac   16 mai 2009  Québec
Photo : Jacques Nadeau
La Loi sur la protection du territoire agricole doit être modifiée si le gouvernement veut stopper la perte des meilleures terres du Québec de la grande région de Montréal, estime l'auteur d'un rapport commandé par le ministre Laurent Lessard. La Loi doit aussi être assouplie pour permettre que de nouveaux résidants se construisent sur les bords des lacs et les terres de roche des régions rurales.

Québec — Un rapport commandé par le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, recommande de modifier la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles afin de mieux résister aux pressions exercées sur les bonnes terres de la grande région de Montréal tout en accordant beaucoup plus de souplesse dans les milieux ruraux pour la villégiature.

Signé par un ancien président de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ), Bernard Ouimet, le rapport, rendu public hier et intitulé «Protection du territoire agricole et développement régional: une nouvelle dynamique mobilisatrice pour nos communautés», est une suite du rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois.

Au cours d'une conférence de presse, Bernard Ouimet a soutenu que la CPTAQ devait abandonner son régime de cas par cas. Dans une large mesure, la CPTAQ favorise la présentation de demandes ponctuelles. Un tel régime génère sa propre demande et crée la pression qui l'assaille, a-t-il fait observer. Qui plus est, il entraîne des situations de «gagnant-perdant» et se solde souvent par des contestations judiciaires non justifiées qui entretiennent «l'espoir d'être dézoné».

Des ajustements

Tout en précisant qu'il ne s'agit pas «d'ouvrir la loi», mais bien d'y apporter des ajustements, Bernard Ouimet propose de remplacer ce régime ponctuel par une démarche qui passe par la mise à jour des schémas d'aménagement et de développement (SAD) des municipalités régionales de comté (MRC). Les demandes de dézonage visant le territoire agricole seraient l'objet d'une réflexion sur le développement de la collectivité à long terme, soit une période de 15 à 20 ans. On pourrait envisager le dézonage des bords de lac ou des terres de piètre qualité avec l'accord de la communauté locale, y compris des agriculteurs.

L'auteur du rapport recommande également d'étudier la possibilité d'un morcellement des terres en plus petits lots de façon à permettre une forme d'agriculture à plus petite échelle.

Dans les milieux urbanisés, le régime du cas par cas a conduit à une lente érosion du territoire agricole sous la pression, souvent, des municipalités qui veulent augmenter leurs revenus tirés de l'impôt foncier. «La tendance récente visant à déterminer des "aires d'expansion urbaine" à l'intérieur de la zone agricole constitue un chemin détourné [par une appellation différente] qui va à l'encontre de la [Loi]», écrit Bernard Ouimet.

L'auteur rappelle que la zone agricole couvre 57 % du territoire de la communauté métropolitaine de Montréal (220 000 hectares), qui comprend 82 municipalités regroupées au sein de 12 MRC et de deux agglomérations, Montréal et Longueuil. Il y aurait plus de 21 000 hectares disponibles pour le développement urbain hors de la zone agricole. M. Ouimet a indiqué que la ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Nathalie Normandeau, doit présenter ce printemps un projet de loi sur le partage des compétences en aménagement entre la CMM et les 12 MRC.

Accroître la densité

Pour bien protéger la zone agricole, la CMM et ses MRC doivent optimiser l'utilisation du territoire urbain en augmentant sa densité. Il faut en outre stimuler l'agriculture «périurbaine», qui se pratique sur les meilleures terres au Québec, ces «circuits courts» qui desservent la grande région de Montréal. «La meilleure façon de protéger le territoire agricole est encore de l'occuper et de le mettre en valeur», rappelle Bernard Ouimet.

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, accueille très favorablement le rapport Ouimet. Depuis plusieurs années, la FQM, qui regroupe 915 petites municipalités, réclame un assouplissement de la Loi sur la protection du territoire agricole afin de permettre le développement de la villégiature et l'établissement de résidants dans les milieux ruraux, tout en protégeant les bonnes terres agricoles, a rappelé M. Généreux. Il faut non seulement protéger la grande agriculture, mais aussi encourager l'agriculture dite du terroir, estime-t-il. «Il faut réconcilier les deux solitudes», a plaidé Bernard Généreux. «Sortons du modèle unique.»

Par voie de communiqué, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, reconnaît qu'il faut moderniser la protection du territoire agricole, «ce grand pilier de l'agriculture». Il ajoute que «cependant, le choix des moyens pour y parvenir mérite que l'on accorde le temps nécessaire à l'étude approfondie de chacune des mesures proposées par M. Ouimet.» Rappelons que le ministre avait réagi avec pareille prudence au rapport Pronovost, qui remettait en cause le monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles (UPA).
 
 
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  • EL CASTIGADOR
    Inscrit
    samedi 16 mai 2009 02h05
    À bas le monopole syndical et le lobby de l'UPA
    Il est grand temps qu'on en finisse avec l'étranglement qu'opère l'UPA sous le couvert d'une soi-disant défense du territoire. Ces dinosaures de la "gestion" du territoire ne font écho qu'à leurs intérêts très nombrilistes sans une vision réelle des besoins et des intérêts de la collectivité et du patrimoine québécois. Les vrais loups dans la bergerie, ce sont eux, beaucoup plus que les municipalités à qui ils reprochent de l'être!

  • Tim Yeatman
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 09h55
    Qu'est-ce qu'on veut protéger, au juste?
    Dans ma ville, qui a vendu tous ces terrains riverains en zone agricole pour que des citoyens puissent construire des maisons devant les champs en culture?


    Dans ma ville, qui a forcé l'implantation d'une porcherie industrielle, avec quatre bâtisses en béton et deux fosses à purin en béton sur des terres agricoles, malgré le marché du porc en décroissance, la baisse du marché et le syndrome du dépérissement post sevrage?


    Dans ma ville, qui a transformé tous les champs de pâturages, de légumes et vergers en monocultures OGM de maïs-grain et de soya qu'on arrose de purin infecte?


    Comment ne pas voir l'hypocrisie de la CPTAQ? Je ne vois pas comment la CPTAQ peut s'attirer la sympathie de la population quand l'on constate l'usage que l'on fait des meilleures terres agricoles du Québec. Les citoyens défendraient avec plus de passion des verts champs de pâturages où brouteraient des animaux, des vergers que l'on arrose pas de pesticides à bout de bras, des beaux champs de bons fruits et légumes qui aboutiraient sur notre table dans quelques semaines.


    Redonnez-nous une belle campagne où les ruisseaux méandrent naturellement, où l'eau coule claire sur les cailloux, où les bosquets et les arbres marquent les différents champs en culture, où les oiseaux, les insectes et les humains ont leur place. Redonnez-nous les beaux paysages et l'air qui sent le bon fumier composté dans la paille, et nous nous joindrons aux fermiers pour les protéger.


    Johanne Dion,
    sur le courriel de mon conjoint,
    Richelieu(royaume du cochon industriel), Qc

  • Daniel Beaudry
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 16h15
    Regarder loin en avant
    L'étalement urbain est rentable pour les développeurs. Il est encore plus rentable quand il se fait là où l'agriculture peut être rentable. Terrain plat, pas de roc à moins de 5 pieds sous la surface.
    La conséquence est beaucoup d'habitations de piètre qualité, d'énormes dépenses de transport, des dépenses de temps qui minent la santé familiale et un accès limité aux services par manque de densité. Au bout de quelques années, il faut refaire les routes et les infrastructures. L'argent qui va à cela ne va pas à l'éducation des jeunes ni à la préparation de la retraite.
    En même temps, on se condamne à importer de la nourriture qui pourrait être produite à proximité. Il y a amplement de surface impropre à l'agriculture, plus pittoresque que la plaine et qui permettrait un développement dense de haute qualité où on cultive l'urbanité. Le rêve d'une maison dans le champs est un attachement au passé qui persiste parce qu'on ne trouve pas de développeurs qui offrent une alternative intéressante. Ce qu'on gagne avec cette maison, ce sont les maringoins, l'isolement, la solitude et souvent l'insécurité et l'appauvrissement social.
    Enfin, les porcheries n'ont pas besoin d'être à proximité des villes. Pour cela il faut que la ville cesse de s'épandre partout. Il faut laisser de l'espace pour toutes les agricultures dont nous avons besoin.

  • Tim Yeatman
    Abonné
    dimanche 17 mai 2009 08h56
    Regarder ici, maintenant, pour un meilleur demain.
    Il faut savoir que depuis plusieurs années, plus que la moitié de la production de porc du Québec va à l'exportation, et que la moitié de l'exportation du porc va aux États-Unis. Le Québec continue d'accorder des permis pour augmenter le cheptel porcin, alors qu'il est difficile de trouver des cornichons du Québec dans les grandes chaînes d'épicerie.


    Autour de chez moi, en Montérégie, les champs servent à faire pousser le maïs-grain et le soya pour faire de la moulée des usines à viande ou pour faire de l'éthanol. Je ne veux pas me nourrir des produits de l'un ou de l'autre.


    Mon intervention précédente explique bien qu'il y a une façon de faire de l'agriculture qui est socialement et environnementalement acceptable. L'industrialisation de l'agriculture, qui élève les animaux tassés les uns sur les autres dont les déjections deviennent une nuisance que par leur quantité et leur façon d'être entreposées, est intolérable pour l'environnement qui doit la supporter, pour les animaux qui doivent la vivre et pour les voisins qui doivent la subir.


    Les monocultures génétiquement modifiées qui peuvent tolérer les épandages de purin corrosif de ces usines à viande sont une aberration qui invitent les épidémies et nourissent ces pauvres animaux dont la physionomie naturelle n'est pas conçue pour la digérer. Les monocultures à perte de vue, c'est comme planter une seule espèce d'arbre pour tenter de remplacer une forêt naturelle coupée à blanc: tout l'écosystème est détruit et est remplacé par une seule espèce qui exclue toutes les autres. C'est créer un désert vert.


    Dans mon cas, la maison que j'habite a été construite en 1935. Certaines maisons de Richelieu ont été construites en 1928. Les méthodes d'élevage ont changées dans les années 1970 et la pollution des cours d'eau de source diffuse en milieu agricole est constatée dès les années 1980. La porcherie dans ma ville(qui est membre de la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM) soit-dit en passant), qui peut contenir 5,800 porcs à la fois , a été approuvée par le Ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) en 2005. Il ne s'agit pas ici d'étalement urbain, mais de prolifération de méga-porcheries.


    Je déplore moi aussi l'étalement urbain en zone verte, mais je suis convaincue que si nos terres agricoles n'étaient pas exploitées d'une façon si brutale et insoutenable par les méthodes intensives, leur protection serait évidente. On n'a qu'à visiter une ferme biologique pour se rendre compte de la richesse et la diversité des êtres vivants qui y habitent: personne ne voudrait la dézoner, et tous voudraient en avoir une comme voisin. Cela, le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, l'a bien compris.

  • Guy Fafard
    Inscrit
    dimanche 17 mai 2009 09h44
    L'étalement urbain vs la gestion du territoire
    Nos terres agricoles sont morcelées. Nos villes sont sectionnées en arondissements.

    C'est de la folie douce ou de la folie furieuse?

    En attendant je fulmine.

  • ghislaine fortin
    Inscrite
    mardi 19 mai 2009 13h48
    Les bienfaits du monopole UPA
    La campagne appartient à l'UPA (Union des producteurs agricoles). Autrefois, la première question du petit catéchisme était: "Où est Dieu?" et la réponse: "Partout". On a jeté par=dessus bord le petit catéchisme et est apparu ce monopole qu'est l' UPA. La question maintenant: "Où est l'UPA?" et la réponse est: "Partout".

    Essayez de faire un pas en agriculture et vous vous enfargez dans ce monopole car on assiste à un triumvirat: l'UPA, la Financière (fonds public sous domination syndical UPA) et les caisses populaires. Vous n'êtes pas à genoux devant les diktats de ce syndicat? On vous mène la vie dure vous pouvez m'en croire.

    Tout est mis en oeuvre pour vous faire crever. On fouille, on creuse, on vous met les bâtons dans les roues pour vous empêcher d'avoir du financement agricole, aide fédérale etc. on vous envoie l'Impôt, on contacte vos fournisseurs pour qu'ils vous coupent votre crédit etc. etc.

    Je suis en acériculture et condamnée à près de $600,000.00 de "dommages liquidés". Des milliers de producteurs sont poursuivis par ce syndicat.....toute une démocratie.

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