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Jean Charest promet «une bataille en règle» contre le déséquilibre fiscal

Le chef du PLQ n'exclut pas une alliance avec le Bloc québécois

Robert Dutrisac   8 avril 2003  Québec
«Faisons aussi preuve de lucidité», a prévenu Jean Charest: le gouvernement fédéral ne cédera pas facilement aux revendications des provinces.
Photo : Jacques Nadeau
«Faisons aussi preuve de lucidité», a prévenu Jean Charest: le gouvernement fédéral ne cédera pas facilement aux revendications des provinces.
Laval — Jean Charest a promis, hier, de se lancer dans «une bataille en règle» contre le gouvernement fédéral dès l'accession de son parti au pouvoir afin de corriger le déséquilibre fiscal. Pour mener cette bataille, le chef libéral n'hésitera pas à s'allier au Bloc québécois.

«Ce que je dis aux Québécois, c'est que le lendemain de l'élection, il va y avoir une bataille en règle sur cette question [du déséquilibre fiscal] et ça va être la première de nos priorités dans nos relations avec le reste du pays», a déclaré Jean Charest au cours d'un point de presse quotidien qui a suivi son discours devant les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Laval.

Dans cette bataille, M. Charest s'alliera à tous ceux qui partagent la position du Québec sur le déséquilibre fiscal, y compris le Bloc québécois. «Sur cette question-là, je vais m'allier avec tous ceux et celles qui partagent notre point de vue même si, sur d'autres questions, on n'est pas d'accord avec eux», a-t-il indiqué. «Et c'est des élus, et on ne choisit pas qui sont les élus du Québec.»

S'il dit qu'il veut s'allier au Bloc québécois sur la question du déséquilibre fiscal, M. Charest rejette l'idée d'une alliance concrète. «Vous allez bien loin», a-t-il répondu à un journaliste. «S'ils veulent, eux, enfoncer ce clou-là, tant mieux», a-t-il dit.

Des semaines

Cette bataille, elle commencera dans les semaines qui suivront l'élection d'un gouvernement libéral. «Je pèse mes mots: je ne parle pas de mois, je parle de semaines», a-t-il insisté. Dès son arrivée au pouvoir, Jean Charest créera un Bureau de négociation sur le déséquilibre fiscal qui cherchera à former «une coalition» avec les autres provinces. «Je me prépare à une bataille en règle et c'est une bataille que j'ai l'intention de gagner», a-t-il dit. Cette bataille culminera en 2004 lors de la négociation sur les arrangements fiscaux, dont la péréquation, entre le gouvernement fédéral et les provinces.

Déjà, Jean Charest s'adresse aux premiers ministres des autres provinces. «Il y a des gens qui n'ont pas encore apprécié une réalité: c'est qu'il faut refaire le rapport de force.» Les conférences fédérales-provinciales «rejouent le même film tous les ans avec des résultats mitigés.»

Pour obtenir des changements dans la fédération canadienne, il faut se battre. «C'est le propre de notre histoire», a-t-il dit, évoquant les batailles qu'a menées Jean Lesage pour créer la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Régie des rentes du Québec. «Faisons aussi preuve de lucidité», a prévenu M. Charest: le gouvernement fédéral ne cédera pas facilement aux revendications des provinces. «Il va falloir se battre comme Jean Lesage a été obligé de se battre», a-t-il martelé.

Tandis que le Parti libéral promet des baisses d'impôt de cinq milliards, le gouvernement fédéral n'a-t-il pas là un argument massue pour nier le déséquilibre fiscal? Les baisses d'impôt au Québec, «franchement, ce n'est pas de leurs affaires», a-t-il tranché, rappelant que c'est là le vieil argument qu'Ottawa a opposé à l'Ontario.

Le fédéralisme revendicateur que Jean Charest semble maintenant épouser et l'esprit bagarreur qui l'anime, alors qu'il lui est permis d'espérer de devenir premier ministre dans une semaine, contrastent avec la position qu'il avait adoptée en janvier 2000, lors de l'étude en commission parlementaire du projet de loi 99 sur les prérogatives de l'État québécois, la réplique de l'Assemblée nationale au projet de loi fédéral C-20 sur la «clarté». Reconnaissant alors qu'il se dissociait du fédéralisme revendicateur pratiqué par ses prédécesseurs depuis la Révolution tranquille, M. Charest préconisait une version douce du fédéralisme, un «fédéralisme différent» mû par la «cogestion et la codécision», comme l'énonçait d'ailleurs le rapport du député libéral Benoît Pelletier.

Pendant la présente campagne, des députés libéraux fédéraux, qui nient l'existence du déséquilibre fiscal, prêtent main-forte à des candidats du PLQ. Mais ils le font à titre individuel, et on retrouve aussi des conservateurs, comme Benoît Bouchard, dans Roberval, Charles Langlois, dans Duplessis, et Charles-Eugène Morin, dans Matane, a tenu à préciser M. Charest. Il est dans l'ordre des choses que les positions des deux partis libéraux à Ottawa et à Québec puissent différer, a-t-il soutenu. Quant à Bernard Landry qui voit en Jean Charest un nouvel Adélard Godbout, le chef libéral estime que «M. Landry perd son temps avec ce discours qui, franchement, est daté, passé dû [sic]. On est en 2003.»
 
 
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