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Les cow-boys fringants

Michel David   14 mai 2009  Québec
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, est satisfait de ce qu'il a entendu mardi durant les audiences de la commission parlementaire qui s'est donné le mandat d'expliquer les résultats désastreux de la Caisse de dépôt en 2008.

Dans le calme de son bureau, confortablement assis devant son téléviseur, il a été en mesure de constater que «plusieurs erreurs» avaient été commises à la Caisse et qu'«un certain nombre de réponses avaient été apportées» en commission.

Malgré les reproches de l'opposition, il n'est pas anormal dans notre système parlementaire qu'un ministre ne participe pas aux travaux d'une commission parlementaire, à moins qu'il ne s'agisse d'examiner un projet de loi qu'il a lui-même présenté. Contrairement aux simples députés, M. Bachand a le pouvoir de demander des comptes directement à la direction de la Caisse.

Il semble toutefois avoir du mal à comprendre qu'il est totalement responsable de ce qui s'y passe. C'est à lui de veiller sur les milliards que lui confient les contribuables, qui devront maintenant subir des hausses de tarifs ou de cotisations en raison de sa mauvaise performance.

Comme l'illustre magnifiquement le cas des Fonds d'intervention économique régionale (FIER), qui relèvent également de sa compétence, il attend que l'opposition découvre ce qui ne va pas avant d'agir, quitte à faire du rattrapage en créant un comité quand le mal est fait.

Tout le monde reconnaît que le gouvernement n'a pas à dicter ses choix de placement à la Caisse, mais il ne peut pas se laver les mains du dérapage spectaculaire qui a eu lieu. Après ce qu'on a entendu, il semble urgent que le sous-ministre des Finances retrouve sa place au conseil d'administration, de manière à informer le gouvernement de ce qui s'y passe, si son patron n'en prend pas l'initiative.

***

Mardi, il était pour le moins inquiétant d'entendre l'éphémère successeur d'Henri-Paul Rousseau, Richard Guay, raconter comment les gestionnaires de la Caisse, tels des cow-boys fringants ne craignant aucun danger, faisaient «rouler les milliards» sous forme de papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA), sans avoir la moindre idée de ce qu'ils achetaient.

«L'analyse qu'on pouvait faire des PCAA était assez limitée», a-t-il reconnu. D'ailleurs, les banques refusaient de dévoiler les noms des compagnies sur lesquels ces titres s'appuyaient. Les gestionnaires ne faisaient pas davantage la différence entre les titres bancaires et non bancaires. Peu importe, il fallait que les milliards continuent à rouler.

Les cow-boys de la Caisse «n'entrevoyaient pas la possibilité significative que ça puisse arrêter», a poursuivi M. Guay. Pourquoi les gestionnaires des caisses concurrentes avaient-ils envisagé cette possibilité? Des pleutres, sans doute. Le 6 août 2007, M. Guay a enfin été informé qu'il y avait un problème avec les PCAA. Qu'à cela ne tienne, les braves de la Caisse en ont acheté pour 893 millions en trois jours.

Quand il s'était adressé à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en mars dernier, Henri-Paul Rousseau avait expliqué que les gestionnaires des différents portefeuilles achetaient des PCAA de façon indépendante, jusqu'à ce que la Caisse découvre soudainement qu'elle possédait pour 13 milliards de titres invendables. Or, une petite équipe de quatre personnes gérait tout le PCAA de la Caisse, a dit M. Guay.

***

Les anciens dirigeants qui ont défilé devant la commission sont toujours sur la liste de paie de la Caisse. Soucieux de ne rien dire d'embarrassant pour Michael Sabia, ils marchaient visiblement sur des oeufs. On s'était visiblement passé le mot d'envoyer le même message: les PCAA sont la cause de tous les maux. En réalité, cela n'explique qu'une petite partie des pertes. Qu'en est-il du reste? Entre la témérité excessive et l'incompétence, la ligne est parfois bien mince.

Contrairement aux prétentions du PQ,

M. Guay ne croit pas que la loi adoptée en 2004 a fait augmenter le niveau de risque en fixant à la Caisse un objectif de «rendement optimal». Selon lui, c'est plutôt celle que le gouvernement Bouchard a fait adopter en 1997 qui a eu cet effet, en haussant de 40 % à 60 % la proportion d'actions que la Caisse peut détenir dans ses portefeuilles.

Certes, le marché des obligations est moins risqué, mais la hausse du plafond d'actions n'explique en rien pourquoi la Caisse a connu un plus mauvais rendement que ses concurrentes. À l'époque, c'était précisément pour être en mesure de lutter à armes égales qu'elle avait réclamé cette modification.

C'est à se demander si la dégringolade des marchés boursiers n'a pas déclenché un mouvement de panique à la Caisse l'automne dernier, quand on a décidé de vendre massivement des titres à perte pour diminuer le niveau de risque.

M. Guay a déclaré qu'il avait préféré se mettre au repos en pleine débâcle plutôt que de laisser la fatigue lui dicter de mauvaises décisions. Quand il a quitté son poste le 12 novembre 2008, moins de trois mois après sa nomination, son stress avait peut-être atteint un niveau dangereux depuis quelque temps déjà.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • Normand Carrier
    Abonné
    jeudi 14 mai 2009 06h31
    Imputabilité et compétence , vertus perdus sous les libéraux ......
    Nous constatons que le ministre Bachand se lave les mains des mauvais résultats de la C.P.D.Q. et est inconcient qu'il est l'ultime protecteur des contribuables sur leur placements . L'ironie de ce gouvernement est qu'il s'imputait les bons résultats de la C.P.D.Q. lors des bonnes années tel la conférence au Chateau Montmorency en 2006 ou J. Charest M. Jérome-Forget et R. Bachand se pétaient les bretelles des bons résultats et du bon effet du changement de loi sur la caisse en 2004 . Assez choquant merci ....
    Votre expression <Cowboys Fringrants> cadre bien pour expliquer le comportement de monsieur Guay et des quelques dirigeants qui prenaient les décisions sur les P.C.A.A. qui achetaient ces titres contaminés sur le pilote automatique sans se poser aucune question , ignoraient tous les signaux dangereux et ne semblaient préoccupés que par leurs bonis de performance ! Pour éviter la tempête parfaite , il aurait fallu de la part de nos dirigeants un mélange parfait d'imputabilité et de compétence et nous en sommes a des années lumière . C'est très inquiétant pour la suite des choses en voyant comment les FIER ont été administrés et nous devront nous fier sur l'opposition pour forcer les libéraux a marcher droit , limiter les dépenses inutiles et le patronage . Faut avouer que cela fait peur .....
    Normand Carrier

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    jeudi 14 mai 2009 07h35
    Témérité excessive et incompétence
    Madame "La Sacoche" a quitté subitement la vie politique alors qu'elle savait devoir rendre des comptes en commission. Voilà maintenant que son succésseur démontre la même arrogance. Impunément!

    Comme vous le dites monsieur David, contrairement aux simples députés, le ministre des finances a le pouvoir de demander des comptes directement à la direction de la Caisse.

    Opportunisme électoral
    Ce gouvernement libéral disait ignorer l'ampleur des possibles pertes de la Caisse de Dépôt lors de la dernière campagne électorale alors que le cri d'alarme était venu de...TORONTO. Je serais curieuse que soient dévoilés les noms de ces compagnies sur lesquelles les titres PCAA s'appuyaient?

    De plus, comment s'attendre à des résultats tangibles quand les anciens dirigeants qui ont défilé devant la commission sont toujours sur la liste de paie de la Caisse et donc soumis à Michael Sabia?

    Vous discréditez avec raison l'argument de monsieur Guay. Quelle mauvaise foi selon moi que d'attribuer les pires pertes que la Caisse ait connues dans toute son histoire à une modification faite en 1997 alors que la perte de $40 milliards a eu lieu 11 ans plus tard. Ce gouvernement libéral doit prendre les responsabilités qui sont siennes. N'est-il pas au pouvoir depuis 2003?

    Comme vous le précisez, le gouvernemnt Bouchard a fait adopter en 1997 une modification pour être en mesure de lutter à armes égales. Celle adoptée en 2004 par le gouvernement Charest a augmenté les placements à hauts risques.

    Vous le résumez bien en une seule phrase:
    "Entre la témérité excessive et l'incompétence, la ligne est parfois bien mince."

    C'est tout dire!!!!

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 14 mai 2009 07h36
    La cerise sur le gâteau va témoigner bientôt...le gros de Power
    M. Charest avait bien raison de lancer "son" élection avant que les pertes de la grosse Caisse fasse trop surface. Un génie malfaisant électoral.

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 14 mai 2009 07h43
    Le papier C.... et la piasse
    On parle beaucoup du papier commercial, en fait on ne parle que du papier commercial, une perte de 5 à 6 milliards.(l'an passé, en commission parlemantaire, Rousseau avait dit aux députés de dormir en paix, les pertes ne dépasseraient pas 500 millions sur 155 milliards). On comprend qu'ils se sont comportés comme des deux de piques et que Rousseau a dit une énormité qui lui mériterait la mort en Chine. Et le suicide au Japon...

    Mais personne n'a encore parlé de la piasse. L'écrasement de la piasse à l'automne, d'un dollar us à 77 cennes us, aurait dû combler en bonne partie la débâcle sur le marché américain. Ce que l'action perdait en usd, elle le regagnait en partie en dollar canadien puisque le canadien plongeait.

    Or, non seulement, la baisse de la piasse n'a pas comblé la débâcle mais les nonos de la Caisse avait joué la piasse à la hausse!

    Résultat: ils ont été squizzés, d'où la perte spectaculaire.
    Qui sont ces incompétents?

    Aux States, on a su en 24 heures le nom des cadres de AEG qui avaient eu un boni. Icite, on attend toujours deux mois après.

  • Victor Beauchesne
    Inscrit
    jeudi 14 mai 2009 07h54
    dommage pour nous
    Si la CDP de Scraire avait moins investi dans les gros canards boiteux du Québec et plus à l'étranger, et celle de Rousseau avait fait le contraire, nous serions collectivement beaucoup plus riches aujourd'hui. C'est souvent une question de "timing" dans le monde de l'investissement. C'est triste de voir les politiciens critiquer le timing a posteriori, l'important c'est quoi faire demain, et je crois qu'aucun politicien le sait.

  • Robert Henri
    Inscrit
    jeudi 14 mai 2009 09h14
    Témérité excessiveet incompétence?
    Mais non, c'est autre chose. C'est cupidité, magouillage et malhonnêteté Libérale. Aucunement incompétence.

    Cupidité qui conduit à l'imprudence.

    Magouillage voulant que la Jérôme-Forget refuse de parler du déficit de la caisse et encore moins de nous en dire l'ampleur avant les élections.

    Malhonnêteté en refusant de nous informer avant les élections. En risquant cupidement de l'argent du public. De prendre des risques insensés avec notre argent, nos pensions , nos REÉRs, malgré des signaux d'alarme évidents et clairs.

    Extrême compétence. Ils voulaient à tout prix s'enrichir et ils ont réussi même si nous en aurons pour vingt ans avant de retrouver ce que nous venons de perdre et ce sans savoir se que l'avenir nous réserve.

    Vous avez voté Libéral? Endurez. Vous avez voulu Charest, vous l'avez eu. Payez maintenant.

    «Vous n'êtes pas écoeurés de mourir bande de caves?» dit le poète. Pas moi. Bien sur.

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 14 mai 2009 17h32
    Impunité absolue
    Je comprends que tant de lêche-cul puissent souhaiter se retrouver aux commandes des grandes institutions financières de l'État. Ils sont assurés d'une absolue impunité. Ils engrangent et puis s'en vont s'amuser ailleurs.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Pierre Simard
    Inscrit
    vendredi 15 mai 2009 11h24
    ???
    Le canada fait la commission Oliphant pour ~ 300 000$.

    40 000 000 000 n'est sans doute pas une perte assez importante pour vraiment faire la lumière.

    J James Charog...est, tu es un sinistre personnage méprisable dont le mépris pour l'intelligence des gens semble sans fin. Malheureusement certains ont le cortex cérébrale assez mince pour voter pour un tel menteur.

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