L'«agenda caché» de Jean Charest
7 avril 2003
Québec
Le chef libéral, Jean Charest, reproche à Bernard Landry de cacher ses intentions par rapport à la souveraineté du Québec. Ceux qui ne savaient pas encore que M. Landry proposait de faire du Québec un pays et de tenir un référendum s'il a l'assurance morale de le gagner d'ici 800 jours, sont certainement des gens qui arrivent d'un long voyage à l'étranger et qui n'ont pu se tenir informés de nos débats politiques. Mais que propose le Parti libéral, lui, à l'égard de la question nationale, à propos de l'avenir politique et constitutionnel du Québec?
Il propose une rupture radicale avec l'esprit audacieux, indépendant et confiant des Québécois. Depuis toujours, ceux-ci ont revendiqué une plus grande autonomie pour le Québec, soit au sein de la fédération canadienne, soit en fondant un pays souverain. Or, le plan d'action du PLQ affirme que «l'élection d'un gouvernement libéral au Québec devra être interprétée comme l'expression claire de la volonté des Québécois de s'engager désormais dans une ère de coopération constructive, dans un véritable dialogue avec les autres Canadiens».
Les libéraux suggèrent la création d'un Conseil de la fédération, auquel participeraient tous les gouvernements. Ce conseil assurerait la «coordination des politiques économiques» et «l'élaboration de normes et de nouveaux objectifs pancanadiens». Le but est d'assurer «une meilleure cohérence» ce qui rime avec uniformisation et menace la capacité d'innovation du Québec en matière sociale.
En somme, ce que propose Jean Charest, c'est d'intégrer le Québec plus que jamais au sein de la dynamique canadienne et des institutions pancanadiennes, y compris dans le but de déterminer les normes et les objectifs qui s'appliqueront dans les champs de responsabilité exclusifs du Québec.
Cela est le contraire de l'autonomie. Le Québec n'est pas complètement souverain mais le peu de souveraineté dont il jouit, Jean Charest voudrait déjà la partager avec des gens qui auraient, selon le document libéral, les mêmes intérêts et les mêmes idéaux que nous. Songe-t-il à l'Alberta de Ralph Klein?
Le poids démographique du Québec, et donc son poids politique, est en baisse au Canada. Dans ce conseil de la fédération, le Québec aurait une voix sur 14, si on inclut le fédéral, les dix provinces et les trois territoires. Le Québec se jetterait dans la gueule du loup. Jean Charest, du même coup, contribuerait à achever l'oeuvre de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien en banalisant le Québec au sein de la fédération.
L'approche libérale a aussi pour effet d'affaiblir la conscience nationale des Québécois. Le document libéral parle de la «polyidentité» québéco-canadienne. Nulle part évoque-t-il le caractère national du Québec.
Est-ce bien ce que nous voulons? Tous ceux qui continuent de croire que les Québécois forment une nation moderne et de promouvoir l'autonomie du Québec ne peuvent pas voter pour le Parti libéral. Ils ne peuvent pas non plus s'abstenir de voter car l'abstention joue en faveur du PLQ.
***
Dans son plan d'action, le Parti libéral aborde la reconnaissance éventuelle, un jour, lorsqu'on aura «dédramatisé» la question, de la «spécificité du Québec». Il propose de réclamer d'Ottawa le transfert de points d'impôts aux provinces. Il s'engage à combattre le déséquilibre fiscal. Il réclame que le gouvernement fédéral restreigne l'usage de son «pouvoir de dépenser». Si la chose n'était pas sérieuse, on serait tous pliés en deux et secoués de rires convulsifs devant autant de voeux pieux qui heurtent la réalité politique du Canada d'aujourd'hui.
D'ailleurs, Jean Charest lui-même nous dit, depuis le début de la campagne électorale, pourquoi ces souhaits ne se réaliseront jamais.
À plusieurs reprises, le chef libéral a dit qu'il avait toujours défendu ces idées-là, autant lorsqu'il était chef du Parti conservateur, à Ottawa, qu'aujourd'hui comme chef libéral à Québec. Et il ajoute, pour montrer à quel point il y croit: «j'en ai payé le prix politique». En effet, chaque fois qu'il a défendu le Québec comme société distincte, chaque fois qu'il a proposé un transfert de points d'impôt aux provinces ou de restreindre le pouvoir fédéral de dépenser, il a été rejeté par le Canada anglais. Pourquoi le reste du Canada adopterait-il aujourd'hui les propositions qu'il a rejetées il y a à peine quelques années?
La participation des députés libéraux fédéraux à la campagne du PLQ a le mérite de nous rappeler que M. Charest et son parti appartiennent à la même famille politique que celle qui détient le pouvoir à Ottawa. Or le Parti libéral fédéral, y compris Paul Martin, a rejeté à plusieurs reprises l'idée de transférer des points d'impôt aux provinces. Jean Chrétien et Paul Martin nient l'existence du déséquilibre fiscal. Les revendications exprimées par M. Charest sont vouées à l'impasse.
Dans une étude récente, le politologue Alain Noël, de l'Université de Montréal, montre que, dans le passé récent (qui est garant de l'avenir), l'action unilatérale d'Ottawa l'emporte toujours sur la collaboration avec les provinces. Lorsqu'il peut en tirer une rentabilité politique, Ottawa annonce de nouvelles mesures dans le discours sur le budget. C'est ce qu'il a fait pour les bourses d'études du millénaire, les chaires de recherche du Canada, la Fondation canadienne de l'innovation, la stratégie pour les sans-abris, les congés parentaux. Et lorsqu'il consent à retourner des fonds aux provinces, comme dans le domaine de la santé, il pose ses conditions.
L'«agenda caché» de Jean Charest consiste à soumettre le Québec à une logique pancanadienne qui ne lui ressemble pas.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
Il propose une rupture radicale avec l'esprit audacieux, indépendant et confiant des Québécois. Depuis toujours, ceux-ci ont revendiqué une plus grande autonomie pour le Québec, soit au sein de la fédération canadienne, soit en fondant un pays souverain. Or, le plan d'action du PLQ affirme que «l'élection d'un gouvernement libéral au Québec devra être interprétée comme l'expression claire de la volonté des Québécois de s'engager désormais dans une ère de coopération constructive, dans un véritable dialogue avec les autres Canadiens».
Les libéraux suggèrent la création d'un Conseil de la fédération, auquel participeraient tous les gouvernements. Ce conseil assurerait la «coordination des politiques économiques» et «l'élaboration de normes et de nouveaux objectifs pancanadiens». Le but est d'assurer «une meilleure cohérence» ce qui rime avec uniformisation et menace la capacité d'innovation du Québec en matière sociale.
En somme, ce que propose Jean Charest, c'est d'intégrer le Québec plus que jamais au sein de la dynamique canadienne et des institutions pancanadiennes, y compris dans le but de déterminer les normes et les objectifs qui s'appliqueront dans les champs de responsabilité exclusifs du Québec.
Cela est le contraire de l'autonomie. Le Québec n'est pas complètement souverain mais le peu de souveraineté dont il jouit, Jean Charest voudrait déjà la partager avec des gens qui auraient, selon le document libéral, les mêmes intérêts et les mêmes idéaux que nous. Songe-t-il à l'Alberta de Ralph Klein?
Le poids démographique du Québec, et donc son poids politique, est en baisse au Canada. Dans ce conseil de la fédération, le Québec aurait une voix sur 14, si on inclut le fédéral, les dix provinces et les trois territoires. Le Québec se jetterait dans la gueule du loup. Jean Charest, du même coup, contribuerait à achever l'oeuvre de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien en banalisant le Québec au sein de la fédération.
L'approche libérale a aussi pour effet d'affaiblir la conscience nationale des Québécois. Le document libéral parle de la «polyidentité» québéco-canadienne. Nulle part évoque-t-il le caractère national du Québec.
Est-ce bien ce que nous voulons? Tous ceux qui continuent de croire que les Québécois forment une nation moderne et de promouvoir l'autonomie du Québec ne peuvent pas voter pour le Parti libéral. Ils ne peuvent pas non plus s'abstenir de voter car l'abstention joue en faveur du PLQ.
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Dans son plan d'action, le Parti libéral aborde la reconnaissance éventuelle, un jour, lorsqu'on aura «dédramatisé» la question, de la «spécificité du Québec». Il propose de réclamer d'Ottawa le transfert de points d'impôts aux provinces. Il s'engage à combattre le déséquilibre fiscal. Il réclame que le gouvernement fédéral restreigne l'usage de son «pouvoir de dépenser». Si la chose n'était pas sérieuse, on serait tous pliés en deux et secoués de rires convulsifs devant autant de voeux pieux qui heurtent la réalité politique du Canada d'aujourd'hui.
D'ailleurs, Jean Charest lui-même nous dit, depuis le début de la campagne électorale, pourquoi ces souhaits ne se réaliseront jamais.
À plusieurs reprises, le chef libéral a dit qu'il avait toujours défendu ces idées-là, autant lorsqu'il était chef du Parti conservateur, à Ottawa, qu'aujourd'hui comme chef libéral à Québec. Et il ajoute, pour montrer à quel point il y croit: «j'en ai payé le prix politique». En effet, chaque fois qu'il a défendu le Québec comme société distincte, chaque fois qu'il a proposé un transfert de points d'impôt aux provinces ou de restreindre le pouvoir fédéral de dépenser, il a été rejeté par le Canada anglais. Pourquoi le reste du Canada adopterait-il aujourd'hui les propositions qu'il a rejetées il y a à peine quelques années?
La participation des députés libéraux fédéraux à la campagne du PLQ a le mérite de nous rappeler que M. Charest et son parti appartiennent à la même famille politique que celle qui détient le pouvoir à Ottawa. Or le Parti libéral fédéral, y compris Paul Martin, a rejeté à plusieurs reprises l'idée de transférer des points d'impôt aux provinces. Jean Chrétien et Paul Martin nient l'existence du déséquilibre fiscal. Les revendications exprimées par M. Charest sont vouées à l'impasse.
Dans une étude récente, le politologue Alain Noël, de l'Université de Montréal, montre que, dans le passé récent (qui est garant de l'avenir), l'action unilatérale d'Ottawa l'emporte toujours sur la collaboration avec les provinces. Lorsqu'il peut en tirer une rentabilité politique, Ottawa annonce de nouvelles mesures dans le discours sur le budget. C'est ce qu'il a fait pour les bourses d'études du millénaire, les chaires de recherche du Canada, la Fondation canadienne de l'innovation, la stratégie pour les sans-abris, les congés parentaux. Et lorsqu'il consent à retourner des fonds aux provinces, comme dans le domaine de la santé, il pose ses conditions.
L'«agenda caché» de Jean Charest consiste à soumettre le Québec à une logique pancanadienne qui ne lui ressemble pas.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
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