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Défusions et réduction du fardeau fiscal - Landry adopte un ton dramatique

Le chef péquiste évoque la «catastrophe» et le «désordre» qui surviendraient avec l'élection du PLQ

Tommy Chouinard   5 avril 2003  Québec
Catastrophes, désastres, horizons atroces. Si le premier ministre Bernard Landry se dit inquiet des impacts de la guerre en Irak, il emploie plutôt ce vocabulaire pour traiter des engagements du Parti libéral du Québec. Se défendant bien de céder à la panique, le chef péquiste brandit encore une fois la menace de «choses graves», mais cette fois il s'agit de la «catastrophe des défusions» et du «désordre des finances publiques» qu'entraînerait une victoire du PLQ le 14 avril. Après avoir invité les fédéralistes à voter pour lui, le chef péquiste lance maintenant un appel aux militants libéraux pour se convertir au Parti québécois.

«Je vais vous demander une chose. Veuillez aller dire à d'honnêtes libéraux que cette fois-ci ils préparent des choses d'une gravité extrême et que ça devient un devoir civique de bloquer une telle possibilité pour le Québec des cinq prochaines années», a lancé Bernard Landry hier à quelque 200 membres enthousiastes de la Chambre de commerce de l'est de l'île de Montréal réunis dans Anjou.

Bernard Landry hausse maintenant le ton pour attaquer le PLQ, qui connaît une remontée dans les intentions de vote depuis le débat des chefs de lundi dernier. «Est-ce que, dans toute l'histoire contemporaine du Québec, un parti a osé proposer un horizon aussi atroce?», s'est même demandé le chef péquiste.

Selon le premier ministre, le cadre financier du PLQ serait d'une «gravité extrême». «Le mot d'ordre à nos militants et nos militantes, c'est: tirez à boulets rouges sur les rouges pour éviter de retourner dans le rouge», a même lancé le ministre des Affaires municipales et de la Métropole, André Boisclair, lors d'une conférence de presse.

Ce cadre financier repose sur le gel des budgets de tous les ministères sauf ceux de la Santé et de l'Éducation, pour parvenir à réinvestir en santé et réaliser des baisses d'impôt. «Quand on gèle les budgets, on les réduit [parce qu'on ne couvre pas] la hausse des coûts de système et l'inflation. Si les agriculteurs ont besoin d'un soutien, le budget de l'Agriculture va diminuer sous les libéraux. Le budget de la Culture va diminuer, le budget de l'aide aux familles va diminuer. Rien que ça, c'est une raison pour empêcher le Parti libéral de prendre le pouvoir», a expliqué le premier ministre. Bernard Landry estime aussi que le cadre financier du PLQ a «explosé» et «ne tient plus», en raison de nouvelles dépenses non prévues et non chiffrées annoncées depuis la sortie du cadre libéral en septembre dernier.

D'après le chef péquiste, les libéraux ont tout faux de prétendre que leur priorité est la santé, puisqu'ils investissent un montant double dans la réduction du fardeau fiscal des particuliers, c'est-à-dire cinq milliards de dollars sur cinq ans. Par contre, si le PQ est élu, les citoyens devront attendre au moins deux ans avant de voir des baisses d'impôt, «parce que ce n'est pas réaliste [pour le moment]», a noté M. Landry. «Avec Jean Charest, le Québec retournerait dans le rouge. Ça fait six ans qu'on travaille avec l'encre bleu, on n'a pas l'intention de se racheter le vieil encrier», a affirmé M. Landry, brandissant le spectre du retour aux déficits budgétaires si les libéraux sont portés au pouvoir.

D'après Bernard Landry, «une autre menace», «une véritable bombe à retardement socioéconomique et institutionnelle» guette les Québécois si le PLQ est élu: «le projet absurde de défaire les grandes villes du Québec». L'engagement du Parti libéral d'adopter une loi-cadre permettant le tenue d'un référendum sur les défusions mettrait en péril la paix sociale, a-t-il plaidé. «On approche peut-être de pouvoir faire un référendum sur la souveraineté, je ne m'en cache pas si j'ai l'assurance morale qu'on peut le gagner. Mais les défusions, ça implique 268 référendums possibles. Ça va en faire, des belles années devant nous avec les querelles que ça implique», a-t-il dit.

«Une infime quantité de citoyens des anciennes villes pourrait enclencher un processus de défusion des grandes villes», a renchéri André Boisclair. Si 10 % des électeurs signaient un registre public, le processus menant à la tenue d'un référendum serait en effet mis en branle. «Jean Charest se dit l'apôtre des baisses d'impôt et pourtant il doit prendre acte qu'un geste de démantèlement de la grande ville conduirait à augmenter le fardeau fiscal des citoyens des anciennes villes de Montréal», a-t-il expliqué.

La légitimité des administrations municipales serait également ébranlée. «Qu'arrivera-t-il au maire de Montréal, qui habite Outremont, si la ville d'Outremont faisait le choix de faire bande à part? Ça disqualifierait le maire de Montréal d'être maire», a souligné M. Boisclair.

Pour la troisième journée consécutive, Bernard Landry s'est limité à faire des conférences de presse pour dénoncer les engagements du Parti libéral. Il ne se dit pas pour autant en «mode panique», comme l'a prétendu cette semaine Jean Charest. «On est en mode civique. Dans une campagne électorale, critiquer les positions de l'adversaire, c'est un devoir. Dans les deux premières semaines, on avait tout un programme socioéconomique à expliquer à la population. Là, on change de mode, comme c'était prévu dans notre plan de campagne», a-t-il expliqué.

Bernard Landry a assuré qu'il ne verse pas dans l'inflation verbale. «En termes institutionnels, on peut créer des désastres, des catastrophes, des bombes à retardement. C'est un langage imagé pour faire ressortir des situations d'une extrême gravité», a-t-il dit.
 
 
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