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Le scrutin du 14 avril - Le dernier droit

Michel David   5 avril 2003  Québec
Jean Charest avec des partisans en région
Photo : Jacques Nadeau
Jean Charest avec des partisans en région
Aux derniers jours de la campagne référendaire sur l'accord de Charlottetown, en 1992, Robert Bourassa prenait les devants quand il se présentait devant les journalistes le matin d'un sondage. «L'eau monte, l'eau monte», répétait-il avec un sourire désarmant de la part d'un homme sur le point de se noyer.

Il est vrai que le naufrage de cet accord, qui ne suscitait chez lui aucun enthousiasme, ne le chagrinait pas outre mesure. À l'époque, il n'y voyait pas non plus la fin de sa carrière politique.

D'un tempérament nettement moins débonnaire — en plus de jouer sa tête —, Bernard Landry a réagi sèchement jeudi quand on lui a demandé s'il se sentait menacé par la remarquable progression des libéraux depuis le débat des chefs.

La semaine qui vient sera un véritable test pour la bonne humeur qu'il affecte depuis le début de la campagne. Les journalistes qui s'attardaient à Télé-Québec lundi soir ont croisé l'ancien Bernard Landry, hargneux et colérique, que les communicateurs péquistes — et Chantal Renaud — avaient presque réussi à faire oublier.

L'effet du débat

La partie est cependant loin d'être terminée. Même s'il entreprend le dernier droit dans la meilleure position qu'il pouvait espérer, Jean Charest est bien placé pour savoir que les effets positifs d'un débat ont leurs limites. En 1997, tout le monde avait salué son excellente performance, ce qui n'avait pas empêché la dégringolade du Parti conservateur en fin de campagne.

Il faut dire qu'après la défaite désastreuse de 1993, qui ne lui avait laissé que deux députés, le PC paraissait si éloigné du pouvoir qu'un électeur pouvait légitimement avoir l'impression de gaspiller son vote en l'appuyant.

La situation où se retrouve M. Charest à l'heure actuelle rappellerait plutôt celle de John Turner qui, comme lui, avait eu droit à une deuxième chance en 1988. Cette année-là, le chef du Parti libéral du Canada avait remporté les débats, en français comme en anglais, face à Brian Mulroney et Ed Broadbent, mais il n'avait pas été en mesure de capitaliser sur cette victoire. Une fois la poussière du débat retombée, les libéraux ont perdu les élections.

Quand je lui ai soumis cette comparaison mercredi dernier, M. Charest a objecté que les deux situations ne sont pas comparables. Le gouvernement Mulroney bénéficiait d'un fort taux de satisfaction et M. Turner n'avait pas de projet majeur à mettre en avant, a-t-il fait valoir.

Ces arguments ne sont pas très convaincants. D'une part, même s'il a déjà deux mandats derrière lui, la population semble aussi satisfaite du gouvernement péquiste qu'elle pouvait l'être des conservateurs de M. Mulroney après un premier mandat. D'autre part, s'il est vrai que l'opposition à la signature d'un traité de libre-échange avec les États-Unis tenait presque lieu de programme à M. Turner, le PLQ est lui aussi revenu à l'antiséparatisme unidimensionnel qui caractérise ses fins de campagne depuis des années.

Le problème de M. Turner était surtout qu'il devait partager la clientèle anti-libre-échange avec les néo-démocrates d'Ed Broadbent tandis qu'on ne sait toujours pas si Mario Dumont est souverainiste ou fédéraliste.

L'habit du premier ministre

Pour la première fois depuis les semaines qui ont suivi son arrivée sur la scène québécoise, au printemps 1998, on peut dire que M. Charest agit comme une locomotive pour son parti. À quand remonte la dernière fois où il a remporté un concours de popularité chez les francophones? Compte tenu du peu d'estime qu'ils lui ont témoigné depuis quatre ans, il a fallu qu'ils soient très impressionnés par sa performance de lundi pour le déclarer gagnant sur Bernard Landry dans une proposition de 40 à 34, selon le sondage mené par Léger Marketing.

Règle générale, les gens qui assistent à un débat évaluent la performance des différents protagonistes en fonction de leur allégeance partisane. Sauf dans le cas de Mario Dumont, que seulement 11 % des adéquistes et 3 % des francophones ont identifié comme le gagnant, selon Léger Marketing, le débat de lundi ne fait pas exception.

Il y a cependant eu plus de péquistes (24 %) qui ont accordé la palme à Jean Charest que de libéraux (19 %) à Bernard Landry. Plus intéressant encore, au moment où leur parti n'est plus en mesure d'aspirer au pouvoir, 40 % des adéquistes ont choisi le chef libéral et seulement 22 % M. Landry. Les possibilités de maraudage s'annoncent donc plus intéressantes pour le PLQ.

L'habit ne fait pas le moine, dit-on. C'est un peu moins vrai en politique. Il est difficile d'évaluer avec exactitude la prime de popularité liée au poste de premier ministre, mais elle est bien réelle. Du simple fait qu'il le devienne, la population lui découvre immanquablement une nouvelle stature. Le grand handicap du PLQ était que les Québécois n'arrivaient pas à imaginer Jean Charest dans la peau d'un premier ministre. Le débat a modifié cette perception.

La peau de l'ours

Si besoin était, ce à quoi on a assisté depuis trois semaines, malgré la formidable diversion que constitue la guerre en Irak, démontre que les campagnes électorales sont loin d'être inutiles.

Il arrive que l'opinion demeure inchangée du début à la fin, comme cela s'est produit en 1989 lorsque le PQ a été incapable de tirer le moindre profit des mésaventures presque abracadabrantes des libéraux de Robert Bourassa. Cette fois-ci, la dégringolade de l'ADQ et le second souffle que le débat a donné au PLQ, conjugué à l'entrée en scène de Jacques Parizeau, illustrent admirablement la célèbre maxime de Yogi Berra, variante américaine de la peau de l'ours: it ain't over 'til it's over.

Tant qu'il y avait trois partis dans la course, il était pratiquement impossible d'établir l'avance que les libéraux devaient détenir sur le PQ pour compenser la concentration de leurs voix dans les circonscriptions à forte proportion non francophone. Plus l'ADQ retrouve ses dimensions de tiers parti, plus un écart de six points redevient un chiffre plausible.

Compte tenu de la sous-évaluation habituelle du vote libéral dans les sondages, il est possible qu'un tel écart existe déjà. Dans la mesure où il n'y a pas vraiment de vague libérale, il s'en faudrait toutefois de peu pour que se répète le scénario de 1998 alors que le PLQ avait obtenu une pluralité de voix mais s'était retrouvé dans l'opposition.

En supposant que les libéraux conservent les 51 sièges qu'ils détenaient au moment de la dissolution — ce qui est loin d'être évident dans le cas de Mercier, de Jonquière ou encore de Kamouraska-Témiscouata —, Jean Charest assure être en mesure d'aller chercher la quinzaine de comtés francophones qui lui manquent pour former un gouvernement majoritaire.

Pour ce faire, il devra rafler au moins trois, sinon quatre des cinq comtés de Laval (Fabre, Mille-Îles, Laval-des Rapides, Vimont) qui lui ont échappé en 1998, enlever un ou deux comtés au PQ dans l'est de Montréal (va pour Crémazie; Rosemont et Bourget sont plus problématiques), profiter de la grogne créée par les fusions forcées sur la rive sud (Marguerite-d'Youville est jugé «prenable»; ça paraît moins évident pour Chambly) et à Québec (Louis-Hébert, Charlesbourg, possiblement La Peltrie).

Les libéraux comptent également sur la qualité de leurs candidats pour faire des gains dans le Bas-Laurent (Rimouski), le centre du Québec (Frontenac, Arthabaska), le sud-ouest (Soulanges) et les régions éloignées (Abitibi-Est). On estime, sans oser s'en réjouir, que la «paix des Braves» suscite assez de mécontentement chez les électeurs blancs pour faire basculer Ungava. M. Charest va multiplier les visites dans des comtés cibles au cours des prochains jours, mais ça fait quand même beaucoup de «si».

Le budget de l'an 1

Les sympathisants péquistes ont blâmé les médias d'avoir monté en épingle la déclaration de M. Parizeau qui a permis à Jean Charest de déstabiliser Bernard Landry, comme si le passage du temps rendait une sottise plus acceptable. Du moment qu'on laissait l'ancien premier ministre participer à la campagne, un incident de ce genre n'était pourtant que trop prévisible. Le résultat est que deux précieux jours ont été perdus par le PQ à gérer ce dérapage et par Bernard Landry à se remettre de ce coup qu'il n'avait pas vu venir.

Pendant deux semaines, les attachés politiques péquistes s'amusaient du dépit des journalistes assignés à la couverture de la «campagne camomille» menée par M. Landry, qui s'autorisait même une sieste quotidienne. Les rôles sont maintenant inversés: Jean Charest est sur un nuage, et il reste très peu de temps avant que l'opinion ne se cristallise définitivement.

Dans l'entourage de M. Charest, on convient volontiers que le dossier des défusions lui donne mauvaise presse mais on estime que les attaques du PQ contribuent davantage à faire augmenter la colère des opposants aux fusions qu'à inquiéter réellement ceux qui les appuient.

Tant qu'à y être, M. Landry devrait aller au fond des choses. Bien sûr, le démantèlement occasionnerait des coûts importants, peu importe qui les assumera, mais il serait sans doute possible de maintenir une certaine équité entre les contribuables. Le plus grand danger est peut-être de voir le débat sur les défusions déboucher sur la création de ghettos anglophones dans l'ouest de Montréal et provoquer une nouvelle crise linguistique.

De la même façon, il ne suffit pas d'accuser Jean Charest de vouloir faire replonger le Québec dans le déficit. Pourquoi ne pas publier une sorte de budget de l'an 1 d'un gouvernement libéral, qui chiffrerait, secteur par secteur, le prix à payer pour respecter son cadre financier? En réalité, M. Charest n'a probablement pas la moindre idée des compressions budgétaires qu'il ferait.

Les meubles de l'ADQ

Au rythme où elle dégringole, l'ADQ n'aura plus beaucoup de meubles à sauver. Une récolte de 12 sièges ou 20 % des voix, qui lui assurerait le statut de parti officiellement reconnu à l'Assemblée nationale, avec tous les avantages qui y sont rattachés, apparaît maintenant comme un objectif très ambitieux. Mario Dumont risque plutôt de se retrouver à la tête d'un minicaucus composé de Marie Grégoire (Berthier) et Hubert Meilleur (Mirabel).

On dit que Pierre Bourque n'a plus tellement le coeur à l'ouvrage, mais les autres vedettes de l'ADQ, comme Joëlle Lescop, Diane Bellemare et Guy Laforest, qui se voyaient déjà ministres, ne doivent pas avoir très envie de se retrouver assis dans un recoin du salon Bleu où ils pourront poser une question par mois si leur chef leur en laisse la chance.

Si, au contraire, ils sont battus, rien n'assure qu'ils auront apprécié leur expérience au point de vouloir travailler à la reconstruction. Les informations voulant que MM. Dumont et Bourque soient en brouille donnent à penser que la garde rapprochée du chef de l'ADQ, qui l'a accompagné dans sa longue traversée du désert, refuse de partager le pouvoir avec les nouveaux venus. D'ailleurs, au lendemain des élections, ce ne sera peut-être plus nécessaire.

mdavid@ledevoir.com
Jean Charest avec des partisans en région Bernard Landry lors de la visite d’une usine.
 






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  • Aimé-Guy Beaulieu
    Inscrit
    dimanche 6 avril 2003 08h21
    Le doute et la peur des conquis
    « Monsieur Charest ... ben voyons
    quelles semaines avant c'était mons. Dumont
    et tout a changé a cause d'une vérité qu'il ne
    faudrait surtout pas dire sous peine d'être crucifié..!?

    Monsieur Parizeau a dit se qu'il pensait, bravo pour son
    courage ...

    Appelons les chose par leurs noms ... ayons le cour-
    rage d'être fiers et ensuite continuons d'être bons
    d'accueillir chez nous les gens d'autres pays mais
    s'il-vous-plait... arrêtons de reprocher à monsieur Parizeau
    d'avoir un jour eu le courage de dire la véritée...

    Aimé-Guy Beaulieu
    Mandeville »

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