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Infrastructures - Un abandon déplorable

Jean-Robert Sansfaçon   25 avril 2009  Québec
Le mouvement a été amorcé sous le gouvernement du Parti québécois et il s'est largement développé depuis. À l'exemple des compteurs d'eau de Montréal, le gouvernement du Québec a cédé progressivement la plus grande partie du travail de préparation, de réalisation et de surveillance des projets d'infrastructure au secteur privé, notamment aux firmes d'ingénieurs et autres firmes de professionnels. Une recherche de notre collègue Kathleen Lévesque confirme qu'à la faveur de la réingénierie de l'État, celles-ci s'arrachent les mandats de préparation des appels d'offres, puis de réalisation des projets, contrôle de la qualité compris. Chacun son tour, en concurrence ou en consortium, et sans que qui que ce soit ait à s'inscrire au registre provincial des lobbyistes pour le travail de représentation préalable.

Nous apprenions hier que le président du Parti libéral lui-même, l'ancien maire de Rivière-du-Loup, M. Jean D'Amour, était jusqu'à tout récemment directeur du développement des affaires de la firme BPR dans sa région. M. D'Amour ne s'est jamais inscrit au registre des lobbyistes. Pourtant, le titre même de son poste chez BPR indique bien que son travail consistait à représenter cette société d'ingénieurs auprès des éventuels donneurs de contrats.

En réponse à une question de l'opposition, le ministre Jacques Dupuis a tenté d'expliquer que c'était à titre de président du PLQ, et non de représentant de BPR, que M. D'Amour intervenait auprès des agents de l'État. Vraiment? Auprès de quelles grosses compagnies non gouvernementales du Bas-du-Fleuve M. D'Amour était-il chargé de voir au «développement des affaires» de BPR? Joe Pizza, peut-être?

Le problème ne se résume pas à une question de petite politique. Il est bien plus grave. Au Québec, la plupart des firmes de professionnels-conseils ont à leur emploi un tel représentant. Parfois, ils sont même deux: le péquiste et le libéral. Dans certains cas connus des journalistes, il s'agit d'organisateurs politiques qui font encore de la collecte de fonds pour le parti en même temps qu'ils développent les affaires de leur employeur auprès des municipalités et du gouvernement.

Le commissaire au lobbyisme du Québec, M. André C. Côté, a déjà demandé aux firmes d'ingénierie d'inscrire leur personnel de représentation au registre provincial. Elles ont toutes refusé. Pourquoi, sinon pour garder le secret sur cette partie du travail des ingénieurs qui n'a rien à voir avec la profession et tout à voir avec la croissance du chiffre d'affaires de la compagnie? On prend les citoyens pour des valises ou quoi?

Un gouvernement qui se départit de ses responsabilités; un secteur privé qui utilise ses contacts pour mousser ses intérêts; un commissaire au lobbyisme qui est incapable de leur forcer la main... Ça ne sent vraiment pas bon au pays des infrastructures!

***

j-rsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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  • Nicolas Bergeron
    Abonné
    samedi 25 avril 2009 11h10
    Merci
    Merci de dévoiler tout le copinage qui se développe dans les dernières années, contniuer!!!

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 25 avril 2009 11h37
    Gouvernance, patronage et tsu-namis...
    Vous avez raison, monsieur Sansfaçon.

    Nos gouvernants abandonnent leurs responsabilités les plus élémentaires. Tout ceci démontre jusqu'à quel point ce gouvernement Charest a perdu le contrôle sur la gestion des affaires de l'État. Pas surprenant, puisque le mieux que John James et le PLQ puissent voir, c'est la date de la prochaine élection... En ce qui a trait au PQ, on peut se demander où est la cohérence pour un parti qui a la fâcheuse habitude d'un interventionnisme à outrance et qui aime se fourrer le nez partout...

    Il n'est pas inutile de déléguer une partie des tâches au privé. Pourquoi pas, quand l'expertise, la capacité de livrer et la qualité sont au rendez-vous ? L'exécution des travaux, par exemple. Ce qui compte vraiment, c'est d'être conscient qu'il y a certaines tâches qui ne se délèguent tout simplement pas dans un contexte de gouvernance assumée. La gestion des processus d'appels d'offres et la surveillance des contrats, par exemple.

    On devrait se demander comment il se fait, qu'avec la grosseur (sic) de notre appareil gouvernemental, on est même pas capable de trouver l'expertise interne nécessaire pour gérer la préparation et l'octroi des contrats aux exécutants et leur surveillance, qu'ils soient du domaine public ou du domaine privé !!! Si l'expertise interne existe vraiment, il ne reste que le 'volet patronage' pour expliquer un tel laxisme au profit du portefeuille du cercle des 'tits-namis'.

    Et là, il est plus que temps de nommer les choses comme elles doivent l'être (les tsu-namis...) et de s'y attaquer sérieusement avant que la barque du Québec coule à pic.

    Jean Desjardins
    Ville de Laval

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 25 avril 2009 18h18
    Encourageant
    Encourageant de voir un éditorialiste du Devoir s'ouvrir les yeux sur les supposées vertus de l'entreprise privée. Personne à l'époque a stigmatisé le PQ pour le virage à droite qu'il a effectué pour plaire à une clientèle non social-démocrate. Le partie de René Lévesque devenait réaliste, se sont plu à chanter les éditorialiste de ce journal.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • GERARD LAMONTAGNE
    Inscrit
    samedi 25 avril 2009 22h01
    Nécessité de sus-traiter.
    Réalise-t-on combien il faudrait de personnel et de bureaux pour préparer les projets dans leur entiereté par les employés du gouvernement?
    D'ailleurs, ce ne sont pas tous les professionels qui veulent être fonctionnaires; au contraire, la plupart du temps ils ne le veulent pas.
    En plus, le gouvernement ne pourrait pas engager des experts pour certains travaux et les renvoyer par la suite; de toute façon, il n'aurait pas le moyen de les payer.
    Le présent système exige que les professionnels fassent de la représentation constamment, soient a l'affut des projets à venir, et accordent des récompenses aux clients pour obtenir des contrats.
    Je vous suggère la lecture du livre de Pierre Lajoie, «Chute et pouvoir» un ancien président d'un bureau de génie conseil du Saguenay pour comprendre comment ça marche.

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    dimanche 26 avril 2009 11h02
    Plus ça change, plus c'est pareil...
    C'est comme dans le temps du PQ qui ne se contentait pas de bourrer les tsu-namis, mais étendait ses grâces au ti-conjoint.....

    A chacun son tour l'assiette au beurre, on dirait...!

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