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Surveillance de l'éthique des élus - Le code ou le commissaire d'abord?

Une nomination pourrait se faire rapidement si le gouvernement le souhaitait, mais Charest veut d'abord rédiger un code de bonne conduite

Antoine Robitaille   22 avril 2009  Québec
Jean Charest ne veut pas nommer un commissaire à l’éthique sans lui donner des outils, c’est-à-dire un code de bonne conduite auquel il pourra se référer pour faire les arbitrages nécessaires.
Photo : Clément Allard
Jean Charest ne veut pas nommer un commissaire à l’éthique sans lui donner des outils, c’est-à-dire un code de bonne conduite auquel il pourra se référer pour faire les arbitrages nécessaires.
Le parlementarisme québécois a été réformé hier pour la première fois depuis 1984. L'Action démocratique a été reconnue comme groupe parlementaire. Ainsi, sa chef par interim obtient une augmentation de salaire de 35% et son leader, de 25%. Mais l'absence d'un pan de la réforme, portant sur l'éthique, annoncent de nombreux débats. C'est l'oeuf ou la poule... le gouvernement veut un code d'abord et un commissaire ensuite et l'oppositions, l'inverse.

Québec — L'Assemblée nationale pourrait avoir son commissaire à l'éthique avant la fin juin, mais le gouvernement impose comme condition préalable l'adoption, à l'unanimité de tous les partis, d'un code d'éthique. Les partis d'opposition veulent dissocier les deux aspects et souhaitent la nomination, immédiate, d'un commissaire.

Selon Stéphane Bédard, leader du Parti québécois, «c'est clair qu'adopter un code de déontologie [...] ça peut être long. Alors qu'un commissaire pourrait immédiatement agir à partir des règles qu'on connaît».

Au contraire, le gouvernement estime que pour procéder «correctement», les règles que le commissaire sera appelé à interpréter doivent être adoptées préalablement. En Chambre hier, Jean Charest s'est dit d'accord avec la création d'un tel poste, «mais encore faut-il qu'un commissaire à l'éthique travaille avec un code d'éthique», a-t-il soutenu, laissant entendre qu'aucune règle ne régissait actuellement la conduite des élus. Cela a fait bondir Pauline Marois, qui a accusé le premier ministre de semer la confusion. Ce dernier a finalement admis «qu'il existe des directives, puis des règles», non seulement dans la loi de l'Assemblée nationale et dans les directives du premier ministre à ses ministres.

Mais pour le gouvernement, celles-ci sont insuffisantes et par trop imprécises. Le chef du gouvernement a illustré les choses ainsi: «Demain matin, on nomme un commissaire à l'éthique sans [adopter de] règles sur la nature des cadeaux qui peuvent être offerts à un député; et un cadeau m'est offert, et un membre de l'opposition conteste le fait que j'aie accepté ce cadeau. Le commissaire à l'éthique va y aller à tâtons s'il n'a pas une règle écrite.»

Par ailleurs, tous les partis se sont dits d'accord pour explorer l'hypothèse — qui circulait déjà dans les coulisses du parlement selon ce que Le Devoir révélait hier — que l'actuel commissaire au lobbyisme devienne aussi responsable de l'éthique, afin d'éviter de créer une autre «structure». «Je ne suis pas fermé à discuter de ça», a soutenu Jacques Dupuis.

Hausses de salaire

à la tête de l'ADQ

Avec l'adoption de la réforme, l'Action démocratique du Québec est reconnue comme un groupe parlementaire. En fait, toute formation politique qui réussi à obtenir cinq sièges et à recueillir 11 % des voix sera ainsi reconnue. Pour la chef par intérim, Sylvie Roy, ainsi que pour son leader, Marc Picard, cela implique d'importantes hausses de salaire. En vertu d'une loi adoptée hier, Mme Roy obtiendra 35 % d'augmentation et M. Picard, 25 %. Interrogé sur ce sujet, M. Picard a répondu: «On se conforme au règlement [...]. Pourquoi qu'en étant reconnus, on n'aurait pas droit aux primes? [...] Il y a une surcharge de travail lorsqu'on est leader et chef de parti.»

La réforme comprend aussi d'autres éléments:

- Limiter l'utilisation du bâillon, cette procédure qui permet à un gouvernement majoritaire de clore le débat et d'imposer l'adoption d'un projet de loi. Désormais, le bâillon ne pourra être employé que pour un seul projet de loi à la fois. Un temps minimal de débat (14 heures) sera garanti.

- Les personnes devant être nommées par l'Assemblée nationale sur proposition du premier ministre pourront être entendues avant leur nomination par une commission.

- Le gouvernement sera désormais obligé de répondre aux pétitions.

- Les personnes ne pouvant se rendre en commission parlementaire pourront être entendues par visioconférence.

- Les députés siégeront six semaines de plus qu'actuellement. Les travaux reprendront un mois plus tôt à l'automne et au printemps. La période de questions aura lieu en matinée.






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  • Michel Lemay
    Inscrit
    mercredi 22 avril 2009 08h08
    Quel autre scandale vous faut-il pour agir ?
    Le gouvernement estime que les règles actuelles sont insuffisantes pour qu'un commissaire à l'éthique soit nommé immédiatement alors que les partis d'opposition estime qu'un commissaire pourrait immédiatement agir à partir des règles qu'on connaît. Un aveu surprenant de la part d'un premier ministre qui a pour premier mandat de s'assurer que la démocratie est respectée dans toute ces facettes. Six ans de pouvoir ne lui ont pas suffit pour préciser ces règles alors qu'il les savait inadéquates et insuffisantes! À peine 6 % de la population croit encore aux discours des élus. Il est grand temps de redorer le blason des élus qui sont perçus par la population comme des opportunistes collés sur le pouvoir économique et les lobbies. La confiance ne peut passer que par un commissaire indépendant doté de pouvoirs d'imposition de règles strictes et transparentes pour tous les élus et gestionnaires d'organisations publiques qui jonglent avec les milliards des contribuables, ce qu'on semble oublier dans les coulisses du pouvoir!

  • Nicole Lamoureux
    Inscrite
    mercredi 22 avril 2009 08h11
    Cafouillage partisan!!
    Ayant gardé encore un peu de candeur et de naĩvement je me suis posé la question à savoir pourquoi John James Charest prenait tellement de temps avant de nommer le commissaire à l'éthique,sous prétexte qu'il faut en premier lieu établir les règles avec l'assentiment de tous les parlementaires. J'oubliais une chose élémentaire avec les libérau, qui est de ne jamais croire Charest . La seule raison pourquoi il retarde c'est que les négociations échoppent entre les députés parce que le P. Q veut inclure les cas Couillard et Corbeil alors que, Charest veut partir à zéro.

  • Élisabeth Papineau
    Abonné
    mercredi 22 avril 2009 11h25
    Dépoussiérage
    Commençons par le commencement.
    Il faut tout d'abord moderniser la loi innovatrice de René Lévesque sur le financement populaire. Comble de paradoxe, elle a d'ailleurs inspiré la loi fédérale que Jean Chrétien a fait voter, certains y ayant vu une jambette à Paul Martin.
    La loi fédérale est beaucoup plus stricte, encadrant et balisant le financement populaire à partir des courses aux nominations dans les circonscriptions électorales jusqu'au financement des partis.
    La plus grande faiblesse des deux lois étant qu'elles n'interdisent pas la création de fiducies personnelles au bénéfice des candidats et des élus ou de contributions secrètes de leur parti comme celles octroyées dans le passé à messieurs Dumont et Charest.
    Éthique, déontologie, morale, seront toujours des notions faciles à contourner sans encadrement législatif, règlements d'application et commissaire à l'éthique indépendant.

    Jean-Yves Papineau, sur le blog d'Élisabeth.

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