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Commentaire - Le destin de Jean Charest

Michel David   3 avril 2003  Québec
Trente-six heures plus tard, Jean Charest n'en revenait toujours pas d'avoir réussi à prendre Bernard Landry par surprise avec la déclaration de Jacques Parizeau.

Confortablement installé dans son autobus de campagne, en route pour Saint-Sauveur, hier matin, le chef du PLQ racontait que ses adjoints surveillaient attentivement l'ancien premier ministre depuis le début de sa tournée des cégeps, guettant le moindre faux pas. «On voyait monter son niveau de confiance», expliquait-il, le sourire en coin.

Ce n'est que vers 19h, lundi, soit à peine une heure avant le début du débat entre les trois chefs, qu'ils ont mis la main sur la dépêche du Nouvelliste résumant les propos que M. Parizeau avait tenus en après-midi à Shawinigan. Pour ne pas déconcentrer leur patron, c'est seulement au moment d'aborder la question de l'avenir du Québec qu'ils lui ont transmis l'information. On connaît la suite.

Peu de gens se rappellent que MM. Landry et Charest ont déjà croisé le fer dans un débat organisé par la Chambre de commerce de Sherbrooke, en 1992, durant la campagne référendaire sur l'accord de Charlottetown. Le chef du PLQ en a gardé le souvenir admiratif d'un débateur redoutable, peut-être le meilleur au Québec. Il déplorait presque sa contre-performance de lundi, suggérant à sa défense que son entourage l'avait trop formaté.

***

Il est évident que M. Charest est content de lui-même, mais l'arrogance et le triomphalisme ne font pas partie de ses défauts. Inversement, le match nul auquel il s'attendait n'aurait probablement pas diminué sa confiance en ses moyens, nettement supérieure à celle qu'il avait en 1998.

Il faut d'ailleurs qu'il soit très confiant pour envisager sereinement, à douze jours des élections, la possibilité d'une défaite qui signifierait la fin de sa carrière politique. Son séjour à l'université Concordia, où il avait donné deux cours, en 1993, lui a beaucoup plu, dit-il. Après tout, Bernard Landry n'a-t-il pas déjà dit que l'UQAM était ce qui se rapprochait le plus du paradis sur terre?

Comprenons-nous bien, le chef du PLQ croit sincèrement à ses chances. Son comité de transition, présidé par Raymond Garneau, a préparé divers scénarios, selon l'ampleur d'une éventuelle victoire libérale. Lui-même a déjà certaines idées sur la structure du gouvernement qu'il voudrait diriger. Dans le mois qui suivrait les élections, l'Assemblée nationale serait appelée à adopter un nouveau budget et de nouvelles prévisions de dépenses.

Si les choses devaient tourner autrement, M. Charest n'a cependant aucune difficulté à imaginer qu'il puisse y avoir une vie après la politique. «Je fais confiance au destin. Je ne suis pas du genre à être angoissé en pensant à l'avenir», dit-il.

Bien sûr, il lui arrive aussi de penser à Robert Bourassa, qui avait fait élire 99 députés en 1985 pour être lui-même battu dans le comté de Bertrand, qui était situé à l'époque sur la Rive-Sud. À ceux qui le disent menacé dans Sherbrooke, il rappelle qu'on a prédit sa défaite en 1993, en 1997, en l998... Pourquoi ses électeurs le lâcheraient-ils maintenant qu'il a des chances de devenir premier ministre?

***

Lui-même n'a jamais douté qu'il en avait l'étoffe. Ce qu'il espère du débat de lundi, c'est que les Québécois commencent enfin à le croire aussi. Il admet volontiers qu'il lui arrive de souffrir du peu de considération qu'il leur inspire. Dans les moments difficiles, il dit s'inspirer de... Jacques Parizeau, qui a vécu une expérience mortifiante en 1989, quand il a convoqué une conférence de presse à laquelle aucun journaliste n'a jugé utile d'assister. «J'existe, moi aussi», avait-il lancé, profondément humilié. On ne dira jamais assez à quel point le rôle de chef de l'opposition est ingrat.

Hier, M. Charest pouvait déjà constater l'effet de sa performance sur ses troupes. Quand il met l'accent sur son équipe, ce n'est pas uniquement pour compenser son impopularité personnelle. Son modèle de leadership demeure celui qu'exerçait Brian Mulroney, que ses députés estimaient et qu'il tâchait de valoriser en retour. À entendre sa candidate dans Fabre, Michelle Courchesne, revivre le débat à voix haute, on sentait qu'elle avait été impressionnée par son chef.

D'ici le 14 avril, il ne faut rien attendre de très original de M. Charest. Dans l'isoloir, les électeurs doivent avoir à l'esprit l'alternative qu'il a présentée lundi soir et qu'il martèlera jour après jour: la souveraineté ou la santé.

Même si le problème des défusions demeure entier, il croit avoir donné un appui suffisamment fort aux nouvelles villes pour éviter que la question ne vienne de nouveau le hanter d'ici la fin de la campagne. Le principal problème demeure son cadre financier, qui ne tient que dans la mesure où un gouvernement libéral imposerait des compressions budgétaires massives, dont M. Charest ne veut surtout pas parler.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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