En finir avec la mauvaise conscience
2 avril 2003
Québec
Depuis le référendum de 1995, les fédéralistes cherchent à inoculer aux souverainistes et aux nationalistes en général une mauvaise conscience à l'endroit des minorités. Leur tactique a fonctionné et rendu plusieurs Québécois mal à l'aise devant la perspective d'un référendum gagnant dans lequel les anglophones et les allophones voteraient unanimement contre ce projet.
En évoquant au débat télévisé de lundi les déclarations de Jacques Parizeau, Jean Charest cherchait à perpétuer cette mauvaise conscience en plus de déstabiliser Bernard Landry. Il faut désormais refuser de se laisser intimider par cette tactique vicieuse. Le bon droit, ici, est du côté des souverainistes.
Les choses ont drôlement changé depuis les années 60, où le nationalisme québécois ne regroupait que des Canadiens français. Il y a quelques semaines, le groupe Génération Québec a publié les résultats d'un sondage qui auraient dû faire les manchettes de tous les journaux. Réalisé auprès de fils et de filles d'immigrants, celui-ci montrait que l'appui à la souveraineté est aussi élevé parmi eux, que l'on désigne parfois comme «les enfants de la loi 101» parce qu'ils ont fréquenté l'école française, que parmi la population en général.
La souveraineté n'est plus l'affaire des francophones «de souche». En étudiant les sondages réalisés ces dernières années, les sociologues Gilles Gagné et Simon Langlois ont d'ailleurs observé que l'appui des allophones à la souveraineté avait atteint près de 20 % en 2001. Au mois d'octobre 1995, l'appui des anglophones aurait avoisiné les 6 %, et celui des allophones, 14 % (Les Raisons fortes, PUM, 2002).
Les souverainistes n'ont aucune raison de cultiver cette mauvaise conscience. La souveraineté ne se fera pas contre les minorités. Au contraire, elle aura pour effet de favoriser des relations plus égalitaires et plus harmonieuses entre la majorité francophone et les communautés culturelles. En effet, la première conséquence de l'accès du Québec au statut d'État souverain est de créer une nouvelle citoyenneté québécoise, fondée sur l'égalité entre les citoyens, quelle que soit leur origine, et à laquelle pourront plus facilement s'identifier les Québécois qui ne sont pas d'ascendance française.
Aujourd'hui, un Québécois est perçu comme un francophone. Les immigrants, quant à eux, deviennent citoyens canadiens. Ottawa ne fait rien, évidemment, pour les encourager à s'identifier au Québec. Dès que le Québec acquerra sa souveraineté, l'identité québécoise, de culturelle, deviendra civique. Les francophones, devenus majoritaires, n'auront plus besoin de défendre pied à pied leur identité au sein de leur pays, comme c'est le cas dans le Canada d'aujourd'hui. La souveraineté conduira les Québécois francophones à s'émanciper de leur statut de minoritaire auquel ils sont confinés au Canada et ainsi à sortir du nationalisme.
C'est le maintien du Québec au sein du Canada qui entretient la division ethnique des Québécois.
***
En évoquant hors contexte, et en les déformant, des paroles de Jacques Parizeau qu'il n'avait ni lues ni entendues lui-même, Jean Charest a montré lundi soir l'image d'un médiocre démagogue. Depuis quand condamne-t-on les propos d'un homme sur du ouï-dire en direct devant des millions de téléspectateurs?
Mais il a aussi entretenu la fracture linguistique et culturelle qui handicape le Québec et qui sert les intérêts électoraux du PLQ. Celui qui divise le Québec aujourd'hui s'appelle Jean Charest. Cette tactique a des effets négatifs qui débordent le débat entre fédéralisme et souveraineté. Le chef libéral sabote les efforts d'intégration des immigrants à la majorité de langue française. Il mine la conscience nationale québécoise, qui est un fondement de la démocratie. Il dilue la volonté d'autonomie des Québécois, conformément à son programme constitutionnel qui consiste à intégrer le plus possible le Québec dans la dynamique fédérale, en rupture avec 50 ans d'histoire.
Hier, le chef libéral refusait de s'amender. L'important, pour lui, a été de se rappeler que l'ancien premier ministre avait blâmé «des votes ethniques» pour sa défaite, le soir du référendum de 1995. À Shawinigan avant-hier, M. Parizeau n'a pas «persisté et signé», comme le rapportait une dépêche mal écrite, cueillie sur le site Internet du quotidien Le Nouvelliste et lue bêtement par M. Charest devant les caméras.
M. Parizeau a plutôt rappelé les faits remontant à cette soirée dramatique du 30 octobre 1995. Il ne les a pas niés, il n'aurait pas pu. Mais pour constater, à son tour, que les fils et les filles d'immigrants participent désormais au même débat sur l'avenir du Québec que l'ensemble des Québécois. «Ils sont intégrés et ils sont maintenant dans la société québécoise», dit-il. Si on a reproché avec raison à M. Parizeau d'avoir joué les mauvais sociologues en 1995 (son diagnostic était erroné en plus d'être odieux), force est de constater qu'il a fait du progrès.
Enfin, en braquant les projecteurs sur l'ancien premier ministre, Jean Charest a réussi à la fois à mettre M. Landry de mauvaise humeur et à s'épargner des explications au sujet de ses propres positions sur la question nationale.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
En évoquant au débat télévisé de lundi les déclarations de Jacques Parizeau, Jean Charest cherchait à perpétuer cette mauvaise conscience en plus de déstabiliser Bernard Landry. Il faut désormais refuser de se laisser intimider par cette tactique vicieuse. Le bon droit, ici, est du côté des souverainistes.
Les choses ont drôlement changé depuis les années 60, où le nationalisme québécois ne regroupait que des Canadiens français. Il y a quelques semaines, le groupe Génération Québec a publié les résultats d'un sondage qui auraient dû faire les manchettes de tous les journaux. Réalisé auprès de fils et de filles d'immigrants, celui-ci montrait que l'appui à la souveraineté est aussi élevé parmi eux, que l'on désigne parfois comme «les enfants de la loi 101» parce qu'ils ont fréquenté l'école française, que parmi la population en général.
La souveraineté n'est plus l'affaire des francophones «de souche». En étudiant les sondages réalisés ces dernières années, les sociologues Gilles Gagné et Simon Langlois ont d'ailleurs observé que l'appui des allophones à la souveraineté avait atteint près de 20 % en 2001. Au mois d'octobre 1995, l'appui des anglophones aurait avoisiné les 6 %, et celui des allophones, 14 % (Les Raisons fortes, PUM, 2002).
Les souverainistes n'ont aucune raison de cultiver cette mauvaise conscience. La souveraineté ne se fera pas contre les minorités. Au contraire, elle aura pour effet de favoriser des relations plus égalitaires et plus harmonieuses entre la majorité francophone et les communautés culturelles. En effet, la première conséquence de l'accès du Québec au statut d'État souverain est de créer une nouvelle citoyenneté québécoise, fondée sur l'égalité entre les citoyens, quelle que soit leur origine, et à laquelle pourront plus facilement s'identifier les Québécois qui ne sont pas d'ascendance française.
Aujourd'hui, un Québécois est perçu comme un francophone. Les immigrants, quant à eux, deviennent citoyens canadiens. Ottawa ne fait rien, évidemment, pour les encourager à s'identifier au Québec. Dès que le Québec acquerra sa souveraineté, l'identité québécoise, de culturelle, deviendra civique. Les francophones, devenus majoritaires, n'auront plus besoin de défendre pied à pied leur identité au sein de leur pays, comme c'est le cas dans le Canada d'aujourd'hui. La souveraineté conduira les Québécois francophones à s'émanciper de leur statut de minoritaire auquel ils sont confinés au Canada et ainsi à sortir du nationalisme.
C'est le maintien du Québec au sein du Canada qui entretient la division ethnique des Québécois.
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En évoquant hors contexte, et en les déformant, des paroles de Jacques Parizeau qu'il n'avait ni lues ni entendues lui-même, Jean Charest a montré lundi soir l'image d'un médiocre démagogue. Depuis quand condamne-t-on les propos d'un homme sur du ouï-dire en direct devant des millions de téléspectateurs?
Mais il a aussi entretenu la fracture linguistique et culturelle qui handicape le Québec et qui sert les intérêts électoraux du PLQ. Celui qui divise le Québec aujourd'hui s'appelle Jean Charest. Cette tactique a des effets négatifs qui débordent le débat entre fédéralisme et souveraineté. Le chef libéral sabote les efforts d'intégration des immigrants à la majorité de langue française. Il mine la conscience nationale québécoise, qui est un fondement de la démocratie. Il dilue la volonté d'autonomie des Québécois, conformément à son programme constitutionnel qui consiste à intégrer le plus possible le Québec dans la dynamique fédérale, en rupture avec 50 ans d'histoire.
Hier, le chef libéral refusait de s'amender. L'important, pour lui, a été de se rappeler que l'ancien premier ministre avait blâmé «des votes ethniques» pour sa défaite, le soir du référendum de 1995. À Shawinigan avant-hier, M. Parizeau n'a pas «persisté et signé», comme le rapportait une dépêche mal écrite, cueillie sur le site Internet du quotidien Le Nouvelliste et lue bêtement par M. Charest devant les caméras.
M. Parizeau a plutôt rappelé les faits remontant à cette soirée dramatique du 30 octobre 1995. Il ne les a pas niés, il n'aurait pas pu. Mais pour constater, à son tour, que les fils et les filles d'immigrants participent désormais au même débat sur l'avenir du Québec que l'ensemble des Québécois. «Ils sont intégrés et ils sont maintenant dans la société québécoise», dit-il. Si on a reproché avec raison à M. Parizeau d'avoir joué les mauvais sociologues en 1995 (son diagnostic était erroné en plus d'être odieux), force est de constater qu'il a fait du progrès.
Enfin, en braquant les projecteurs sur l'ancien premier ministre, Jean Charest a réussi à la fois à mettre M. Landry de mauvaise humeur et à s'épargner des explications au sujet de ses propres positions sur la question nationale.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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