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La photo sur le frigo

Michel David   26 mars 2009  Québec
Au début de janvier, Éric Caire, qui songeait déjà à poser sa candidature à la succession de Mario Dumont, avait confié ses états d'âme à un collègue du Soleil: «Ce n'est pas que ça ne m'intéresse pas, mais je n'ai pas envie d'être juste une photographie sur le réfrigérateur pour mes enfants.»

Au départ, l'engagement politique exiges des sacrifices. Quand un père de trois jeunes enfants — et bientôt d'un quatrième — se lance dans une course à la direction d'un parti politique, on se demande toutefois s'il faut admirer son abnégation ou se désoler pour ceux qui devront payer le prix de son absence, même si M. Caire a la chance de représenter une circonscription voisine de l'Assemblée nationale (La Peltrie).

Aux yeux de certains, la perspective du pouvoir peut compenser ces inconvénients. Dans le cas de M. Caire, la photo risque malheureusement de jaunir sur le frigo sans qu'il puisse assouvir ses ambitions. Dans l'état où se trouve l'ADQ, parler d'un parti à rebâtir tient de l'euphémisme. Remarquez, être chef offre de meilleures chances de conserver son siège, comme l'a démontré Mario Dumont, qui a siégé huit ans en solitaire avant d'avoir un peu de compagnie.

Même si le fil d'arrivée est encore loin, M. Caire apparaît le mieux placé et le plus qualifié pour lui succéder en février 2010. Selon un sondage de Léger Marketing réalisé il y a un mois, le maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, était le candidat préféré de 25 % des Québécois, suivi de M. Caire (15 %) et du député de Shefford, François Bonnardel.

En revanche, M. Caire était le premier choix de 36 % des électeurs adéquistes, devant M. Gendron (24 %) et M. Bonnardel (7 %). On peut penser que ces chiffres sont plus représentatifs de l'opinion des membres de l'ADQ, qui seront les seuls à choisir leur chef.

***

Mardi, M. Caire a laissé entendre qu'il verrait d'un bon oeil la candidature de M. Gendron, malgré les propos peu aimables que le coloré maire tient régulièrement à son endroit. Comme dit le proverbe anglais: «Il vaut mieux qu'il soit dans la tente et pisse vers l'extérieur qu'à l'extérieur et pisse à l'intérieur».

M. Gendron a beau faire le fanfaron, il sait bien que ses chances de l'emporter ne sont pas très bonnes. Il peut toujours invoquer la faiblesse intellectuelle de l'aile parlementaire et de ce qu'il appelle «l'establishment du parti», ces gens-là n'en ont pas moins de l'influence et ils vont tout faire pour qu'il ne devienne pas chef.

Selon lui, celui qui sera choisi en février 2010 ne fera qu'assurer l'intérim en attendant que lui-même soit prêt à prendre le relais, à temps pour les élections générales de 2012. Entre-temps, il a bien l'intention de militer activement, c'est-à-dire de continuer à chialer contre le nouveau chef.

S'il était battu à la loyale dans une course au leadership, M. Gendron n'aurait pas d'autre option que de se rallier ou de se taire. En revanche, s'il n'est pas candidat, il conservera son droit à la dissidence. Et plus les sondages seront mauvais pour l'ADQ, plus on prêtera l'oreille à ses critiques.

Parce que Mario Dumont était le chef fondateur, si l'on excepte les quelques semaines durant lesquelles Jean Allaire a dirigé l'ADQ en 1994, son leadership n'a jamais été contesté, malgré des résultats électoraux souvent désastreux. Son successeur n'aura pas droit à la même indulgence.

***

Après avoir observé le comportement de la députation adéquiste au moment où elle formait l'opposition officielle, il est difficile de ne pas être d'accord avec M. Caire quand il invite son parti à rompre avec l'amateurisme. Encore faut-il bien cibler le problème.

En réalité, le programme de l'ADQ était nettement plus rigoureux et cohérent l'automne dernier, quand le parti a été ramené à sept députés, qu'au printemps 2007, quand il en a fait élire 41.

M. Caire a choisi un mauvais exemple avec les commissions scolaires, dont l'ADQ propose l'abolition. Durant la dernière campagne, elle a enfin réussi à expliquer comment leurs responsabilités seraient redistribuées entre les directions d'école, les municipalités et le ministère de l'Éducation, ce qu'elle avait été incapable de faire en 2007. Mario Dumont a également assuré que l'abolition des commissions scolaires n'était pas une obsession d'ordre idéologique, mais plutôt un moyen de «rebâtir nos écoles».

Il ne suffit pas d'expliquer clairement une idée pour qu'elle soit nécessairement acceptée. La population peut très bien comprendre une proposition et la rejeter. Les souverainistes ont également du mal à accepter cette réalité.

Quant à l'autonomie, le problème n'est pas tellement d'expliquer en quoi elle consiste, mais comment l'obtenir. On le voit: un gouvernement aussi inconditionnellement fédéraliste que celui de Jean Charest est incapable d'arracher le moindre amendement constitutionnel au Canada anglais.

À partir du moment où M. Caire rejette l'idée de tenir un référendum, comment va-t-il s'y prendre pour forcer une véritable redistribution des pouvoirs au sein de la fédération? En 15 ans, Mario Dumont n'est jamais parvenu à l'expliquer. Vaut-il vraiment la peine de se transformer en photo sur le frigo pour courir après un mirage?

***

mdavid@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 06h58
    L'autonomie du Québec...comment ?
    Félicitation M. David, vous avez mis le doigt sur le bobo de l'ADQ. Comment réaliser l'autonomie du Québec sans tenir de référendums sur le sujet, quand le fédéral est fermé aux changements constitutionnels ? Mystère.

    L'ADQ nous indique où il veut aller du point de vue constitutionnel mais refuse de dire comment il s'y rendra.

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 07h01
    Caire ne parle pas anglais
    Caire ne peut pas devenir chef de l'ADQ et premier ministre du Québec puisqu'il ne parle pas anglais. Les Adéquistes l'ont assez dit et se sont assez moqué de la Castafiore comme ça non?

  • Roger Kemp
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 08h10
    Le vide politique
    Quand je lis votre propos monsieur David, les mots "vide politique" ont envahi mon esprit. Il y a depuis quelques temps un cynisme envers la classe politique qui n'augure rien de bon pour l'avenir du Québec. Ce cynisme envers le politique amène parfois des actions comme celle d'élire un député de la trempe d'André Arthur lui-même un cynique surtout lorsqu'il a un microphone devant la face. S'apprête-t-on à faire de même avec la candidature de Stéphane Gendron? On dirait que la population n'a d'yeux que pour ce genre de personnage anarchique. Jeff Filion a beaucoup influencé le vote dans la région de Québec par ces propos cynique envers le politique et la gens l'ont suivi. Maintenant le vide politique attaque aussi les partis à tendance fédéraliste. Auparavant ces attitudes d'instabilité et de vide politique étaient observées que dans le mouvement souverainiste. Est-ce un signe de maturité ou est-ce vraiment un écoeurement grandissant envers notre système politique qui ne donne jamais rien de concret? Vous devriez écrire sur ce sujet monsieur David car je crois qu'il y a du changement qui se pointe à l'horizon.

  • Roger Kemp
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 08h11
    Le vide politique
    Quand je lis votre propos monsieur David, les mots "vide politique" ont envahi mon esprit. Il y a depuis quelques temps un cynisme envers la classe politique qui n'augure rien de bon pour l'avenir du Québec. Ce cynisme envers le politique amène parfois des actions comme celle d'élire un député de la trempe d'André Arthur lui-même un cynique surtout lorsqu'il a un microphone devant la face. S'apprête-t-on à faire de même avec la candidature de Stéphane Gendron? On dirait que la population n'a d'yeux que pour ce genre de personnage anarchique. Jeff Filion a beaucoup influencé le vote dans la région de Québec par ces propos cynique envers le politique et la gens l'ont suivi. Maintenant le vide politique attaque aussi les partis à tendance fédéraliste. Auparavant ces attitudes d'instabilité et de vide politique étaient observées que dans le mouvement souverainiste. Est-ce un signe de maturité ou est-ce vraiment un écoeurement grandissant envers notre système politique qui ne donne jamais rien de concret? Vous devriez écrire sur ce sujet monsieur David car je crois qu'il y a du changement qui se pointe à l'horizon.

  • claire dufour
    Abonnée
    jeudi 26 mars 2009 09h41
    Que dire de la reconnaissance de ce parti!!!
    Il se joue présentement une jolie petite "game" pour affaiblir l'opposition péquiste que frisé Charest devait trouver un peu trop accaparente. Comment avec 6 députés peut-on obtenir cette reconnaissance?
    Expliquez-moi les enjeux et écrivez là-dessus au-lieu de discerter sur le futur chef de ce parti.

  • Jean Martinez
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 09h46
    L'avenir d'une illusion...
    Le véritable problème de l'ADQ, c'est qu'il s'est construit sur une illusion: la conviction de ses fondateurs (Allaire et Dumont) qu'il était possible pour le Québec d'acquérir plus de pouvoirs tout en demeurant à l'intérieur de la fédération canadienne. Or depuis 1982, la tendance lourde est vers une érosion progressive de la souveraineté québécoise. La question linguistique en est certainement l'exemple le plus éloquent. Pour les mandarins du Canada anglais, le calcul est pourtant simple. Donner plus d'autonomie au Québec, c'est le laisser cheminer tranquillement, donc sa douleur, vers sa totale souveraineté. Ayant connaissance de la prudence naturelle des Québécois, le gouvernement fédéral estime probablement qu'il gagnera plus à gruger progressivement les pouvoirs du Québec (avec, en ce moment, la complicité évidente du gouvernement Charest) tout en laissant le PQ proposer une rupture que la majorité trouve encore trop brutale. Dans ce contexte, la proposition autonomiste de l'ADQ est tout simplement irréaliste et elle est invariablement condamnée à l'échec. S'il veut se positionner et espérer prendre le pouvoir, l'ADQ doit choisir d'offrir aux Québécois un gouvernement fédéraliste et conservateur qui misera sur la préservation de l'identité à travers, notamment, des politiques natalistes audacieuses, un renforcement de la Charte de la langue française et la signature par les immigrants d'un contrat social avant leur arrivée. Mais le nouveau chef aura-t-il cette vision et ce courage?

  • Riopel Louis
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 10h17
    L'autonomie en question!
    Qu'est-ce que l'autonomie suggérée par l'ADQ.Rien d'autre que du Duplessisme au 21ième siècle.Le Québec l'est déjà autonome dans cette fédération(con)(sic).Le pouvoir de voter certaines lois,que le fédéral s'empresse de rabrouer par SA COURT SUPRÊME.Car il faut appeller un chat,un chat.Le vrai pouvoir se situe dans la SOUVERAINETÉ du Québec;point final.
    Le reste n'est que du temps gagné par la fédération canadienne.Mais comme le Québec demeure la vache à lait du Canada(CDPQ seul acheteur des PCCA),il est vraiment temps que certains des individus qui furent élus sous la bannière libéral se posent la question:"est-ce que je représente de façon OPTIMALE mes électeurs."Si la négative les envahis;ils auraient peut-être intérêt à songer devenir député indépendant.Et ce dans le but de replacer le gouvernement libéral dans une position minoritaire;là ou Jean Charest est moins arrogant.La chose est encore possible et même souhaitable afin d'affaiblir notre patapouf national qui désormais brandi son permis de conduire plutôt que son passeport.Vous voyez que l'ADQ n'a que peu d'importance si cette formation ne se positionne pas en faveur de l'indépendance du Québec;à long terme,elle n'a aucun avenir.
    Rappellez-vous en 1995 de quel coté de la clotûre était placé SOUPER MARIO?

  • Thomas B. -Demeules
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 10h19
    Coquille vide...
    Pour moi, être autonomiste, ça ne veut rien dire, et cela n'en vaut pas la peine. Les adéquistes devraient oublier tout ça, et passer à autres choses.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 10h19
    @ M. Noel
    Où est-ce que vous avez pris votre information à l'effet que M. Caire ne parlerait pas l'anglais ?

    Le site de notre Assemblée nationale indique que M. Caire a été : Secrétaire-trésorier du club de langues du cégep de Sainte-Foy, Québec (1983).

    I am a little inquiet.

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 26 mars 2009 10h29
    We don't Caire
    Monsieur Caire, malheureusement, est aussi captivant que sa photo sur le frigo.

    ....

  • Yvon Roy
    Abonnée
    jeudi 26 mars 2009 10h42
    mephisto
    Mieux vaudrait laisser Mephisto Gendron dans le congélateur pour au moins mille ans. Ce n'est qu'un emmerdeur parmi bien d'autres et strictement rien de plus.

  • Jean-Charles Morin
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 13h20
    Le cul-de-sac de l'ADQ.
    L'ADQ est le parti du cul-de-sac car ses membres sont abonnés à l'aveuglement volontaire et carburent à l'illusion. L'illusion que le Canada anglais consentira, on ne sait trop comment, à plus d'autonomie pour le Québec. Si Éric Caire parlait l'anglais et lisait les journaux du ROC, il s'apercevrait bien vite que le Canada anglais galope à pleine vitesse dans l'autre direction, cherchant chez les francophones un autre providentiel "mange-canayen" qui va continuer à mettre le Québec à sa place, une place de plus en plus minuscule et congrue, il faut en convenir.

    Alors l'ADQ, qu'ossa donne? Un gros rien tout nu qui rétrécit à chaque élection. Le prochain chef en devenir de l'ADQ devra prouver aux militants qu'il adore perdre son temps...et le nôtre!

    L'ADQ disparaîtrait plus vite si les autres partis s'appliquaient à séduire ce type d'électorat plutôt conservateur. Je me demande bien ce qu'ils attendent pour élargir leur plateforme. Maintenant que les gauchistes communisants ont transporté leurs pénates du côté de Québec Solidaire, ce devrait être plus facile pour le PQ de tendre la main et tenter de comprendre ce Québec frileux tellement il est bleu.

  • Diane Cadieux
    Inscrite
    jeudi 26 mars 2009 17h45
    Ma pensée
    eh bien, je suis plus optimiste.

    un peu comme Marie Grégoire

    Est-ce qu'on ne dit pas que: PETIT TRAIN VA LOIN

    que: LE TEMPS ARRANGE BIEN DES CHOSES

    et que: PARIS NE S'EST PAS...

    et combien d'autres comme ça.

    Pour ce qui est du: qu'est-ce qui arrivera après plusieurs refus aux demandes faites au fédéral?

    Eh bien,on traversera le pont quand...

    Pour l'instant, il me semble que la plate-forme de l'ADQ est pleine de gros bon sens et qu'il faut commencer par l'expliquer clairement pour qu'on puisse s'en servir.

    Elle a tellement d'allure qu'elle a effrayé, Frisé-Picoté, au point de n'avoir plus que des injures personnelles faites à l'opposition.

    Et maintenant, pourquoi ne donne-t-on pas à l'ADQ, le budget qu'elle a demandé pour fonctionner?

    FAUT SURTOUT PAS LEUR DONNER LES MOYENS DE NOUS EMBÊTER, SANS QUE ÇA PARAISSE TROP.

    Que pensait-on à la naissance et l'arrivée du PQ?

    Non, moi je désespère pas!

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 19h42
    Don't be inquiet M. Bousquet
    lol
    quand même tordant de voir que nos adéquistes, qui nous ont tellement écoeuré avec l'anglais de Pauline, s'apprêtent à élire un chef unilingue

    Est-ce que Josée Werner est bilingue? Jean-Pierre Blackburn?

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 26 mars 2009 20h01
    @ Mme Diane Cadieux
    Diane Cadieux écrit : «Pour ce qui est du: qu'est-ce qui arrivera après plusieurs refus aux demandes faites au fédéral ? Eh bien, on traversera le pont quand...»

    Pas trop fort de savoir que l'on a une rivière à traverser et ne pas dire comment on va le faire. C'est ce genre de choses qui a coulé l'ADQ à la dernière élection.

    Faut dire où on veut aller et comment s'y rendre, autrement, les électeurs restent chez-eux.

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