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Un froid réalisme

Gérard Bérubé   20 mars 2009  Québec
Cet exercice budgétaire, le troisième de la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, manque tout simplement de moyens. L'absence de marge de manoeuvre du gouvernement québécois n'a jamais été aussi évidente, plaçant un hypothétique et lointain retour à l'équilibre budgétaire entre des mains invisibles. Vite une reprise!

Les volumineux documents budgétaires déposés hier font grand état de ce qui a été fait dans le passé. Ils mettent aussi l'emphase sur le retour à l'équilibre budgétaire, que l'on espère pour l'exercice 2013-14. Et ce, en supposant la difficile réussite du maintien de la croissance des dépenses de programme à 3,2 % par année à partir du prochain exercice. Entre les deux?

Visiblement, la préoccupation principale derrière cet exercice budgétaire est la protection du cadre financier du gouvernement, malmené par la crise économique. Et l'on souhaite, au passage, une clémence des agences d'évaluation du crédit. Quant aux stimulants visant à permettre à l'économie québécoise de faire face à la crise, on s'en tient à une mobilisation des partenaires traditionnels, les Hydro-Québec, Caisse de dépôt, SGF et Fonds de solidarité.

Le budget 2009-10 ne comprend que 242 millions de nouvelles mesures, 533 millions si on ajoute celles de l'énoncé économique du 14 janvier dernier. Donc, l'essentiel du déficit de 3,95 milliards attendu au terme de l'exercice en cours vient d'une chute des revenus pour le gouvernement de l'ordre de 2,5 milliards, dont l'impact régressif est amplifié par 2,2 milliards de dollars de mesures fiscales provenant des budgets antérieurs. De toute évidence, les réductions de l'impôt des particuliers et des entreprises, annoncées précédemment, se frappent à des coffres aujourd'hui vides.

Donc rien pour faire face à la crise. La ministre Jérôme-Forget l'a d'ailleurs reconnu. Si elle a amorcé sa présentation hier en disant que le gouvernement est «présent» pour faire face à cette crise, elle confirmera un peu plus tard que ce même gouvernement manque de moyens. Ainsi, tout au plus tente-t-on de sauver les meubles dans l'espoir que la crise se résorbera rapidement et qu'Ottawa se montrera, entre-temps, plus généreux en matière de transferts.

Pour le retour à l'équilibre budgétaire, la ministre a indiqué que 40 % de la démarche avait été déterminée. En d'autres mots, «si vous voulez écrire que je n'ai pas de plan, écrivez-le», a-t-elle répondu lors du point de presse.

Car à partir de 2010-11, l'effort d'effacement du déficit viendra de l'intensification des efforts pour contrer l'évasion fiscale et l'évitement. On espère deux milliards sur quatre ans de ces efforts. Il est également attendu de la hausse des tarifs des services gouvernementaux 420 millions sur quatre ans et, surtout, que la hausse du taux de la TVQ, de 7,5 % à 8,5 % à compter du 1er janvier 2011, apportera 4,1 milliards sur quatre ans.

Vu autrement, le retour à l'équilibre viendra aussi, et surtout, «d'autres mesures à identifier aux revenus et aux dépenses», pour 8,4 milliards sur quatre ans, soit une moyenne de deux milliards par année. Le débat est lancé entre une réduction des impôts des particuliers et une hausse de la tarification et des taxes.

Ce budget brille donc par son froid réalisme. Il met en évidence l'absence de moyens et une marge de manoeuvre en définitive inexistante. Il met pleinement l'emphase sur la fragilité du cadre financier québécois et sur sa sensibilité aux revers conjoncturels.

Mme Jérome-Forget a fait référence à John Maynard Keynes pour justifier sa fixation sur un retour à l'équilibre. Certes, ce théoricien économique s'est fait l'apôtre d'un budget équilibré sur un cycle économique, mais ce modèle suppose que les déficits des mauvaises années soient absorbés par les excédents des bonnes années. Ici, et contrairement à Ottawa, Québec n'a pas su jouer la carte de la croissance économique. Entre 2000 et 2008, Québec n'a pu faire mieux que de comptabiliser une réserve budgétaire de 2,3 milliards qui sera effacée en moins de deux ans. Un maigre coussin aussitôt balayé dès que la crise fut venue.

Résultats: la dette nette du Québec bondira de 17 milliards en deux ans, pour atteindre près de 146 milliards à la fin de l'exercice 2010-11. En pourcentage du PIB, elle passera de 42,5 % à 46,2 %.

La ministre des Finances se montre des plus cohérente dans sa fixation vers un retour à l'équilibre en maintenant les contributions au Fonds des générations. Elle a rappelé, à juste titre, que l'interruption temporaire des versements produirait un effet nul dans les livres du gouvernement. Par contre, «une suspension temporaire aurait pour effet de créer une marge de manoeuvre additionnelle temporaire qui pourrait être consacrée à de nouvelles dépenses et, par conséquent, viendrait accroître d'autant l'effort de retour à l'équilibre». Voilà pour l'esprit de ce budget. Quant aux prévisions économiques sur lesquelles l'exercice budgétaire repose, la ministre table sur une reprise économique l'an prochain. Elle retient un taux de croissance du PIB réel de 1,9 %, contre une prévision moyenne de 2,2 % venant du secteur privé. Mais pour 2009, la contraction prévue par le ministère atteint 1,2 %, soit un scénario qui pourrait s'avérer optimiste, malgré tout. La ministre a cependant souligné dans ses documents que les prévisions du secteur privé pour 2009 varient entre -0,4 % et -2,5 %, ce qui témoigne du degré d'incertitude sur l'évolution de l'économie qui peut prévaloir.






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  • Jacques Dubreuil
    Inscrit
    vendredi 20 mars 2009 09h18
    Grinçons un peu
    « Il y a 3 mois, c'était le festival des promesses d'élections. Il y a y mois, c'était des milliers d'emplois perdus. Il y a une semaine, c'était la disparition de 40 milliards de $. Et je ne parle pas des nominations entre petits copains. Hier, la ministre à la sacoche libérale mettait le Québec dans le rouge... Quels menteries! Quelle incompétence! Quels bouffons! Et ne soyons pas sexistes - quelles bouffonnes!
    Jacques Dubreuil, Sherbrooke (Estrie) »

  • Claude Smith
    Abonné
    vendredi 20 mars 2009 09h28
    Le deux mains sur le volant !
    « M. Charest a légétimé la tenue des dernières élections en disant qu'il lui fallait avoir les deux mains sur le volant. Malheureusement, il a omis de dire que, dans notre beau système fédéral, il n'a qu'une moitié de volant entre les mains.

    Par Claude Smith »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 20 mars 2009 18h05
    Du soulier à la sacoche
    « Bush a reçu des souliers par la tête. Madame Forget pourrait recevoir les vieilles sacoches vides des Québécoises. Pluie de sacoche donc à la porte du Sauvage.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 20 mars 2009 19h04
    Un réalisme nécessaire
    « J'abonde dans le sens de M. Bérubé : ce «froid réalisme» du gouvernement libéral n'est ni bon ni mauvais ; il est tout simplement nécessaire. Bien sûr le déficit prévu pourrait être deux fois moindre si l'on avait refusé de baisser les impôts et accepté de monter la TPS. Mais bon, tout ça c'est du passé. Pour l'avenir, je trouve le budget quand même un peu trop optimiste, surtout pour les quatre années qui suivront et qui devraient, selon la ministre des finances, nous amener graduellement vers l'équilibre budgétaire. Ce serait extra si le gouvernement arrivait - enfin - à contrer les fraudeurs fiscaux. Mais j'estime que c'est là une vue de l'esprit et que la réalité sera beaucoup moins rose. M. Bérubé a raison : nous manquons de moyens face à cette crise. À ce sujet, nous ne sommes ni pires ni meilleurs que toutes les autres sociétés de la planète. Je vois bien peu de peuples qui ont présentement des raisons de se réjouir. Et nous avons tous des proches ou des amis dont les avoirs ont fondu comme neige au soleil. Et pour plusieurs, c'étaient leurs économies de retraite patiemment amassées. S'ils avaient prévu la crise, ils seraient revenus à la bonne vieille méthode de nos grands-parents : le bas de laine.

    Comme le gouvernement ne pouvait couper ni dans la santé ni dans l'éducation, et comme nos infrastructures tombaient en ruine, quelle marge de manoeuvre pouvait-elle bien lui rester pour nous sortir de la crise ? Donner davantage d'argent aux grandes banques ou aux entreprises ? Les États-Unis nous servent à ce sujet d'exemple à éviter. Le miracle attendu est loin de s'y être produit. Finalement il se peut que nous devions doubler bientôt les prévisions au sujet du déficit à venir. Même si c'était le cas, nous pourrions nous réjouir de nous en tirer à meilleur compte que plusieurs pays européens ou asiatiques. Et que les États-Unis évidemment dont le gouffre financier est faramineux. Deux mille milliards au moins de déficit. Imaginons la dette américaine ! Obama n'a vraiment pas hérité d'un cadeau ! Son «Yes we can» est très courageux. Et c'est à ceux qu'il essaie de sortir de la crise, les Américains en grande détresse, qu'il serait seyant de répéter : « But wake up ! » »

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