Landry est talonné par les démunis
Photo : Agence Reuters
Des manifestants ont bloqué hier, à Gatineau, le passage du premier ministre Bernard Landry Landry avec une corde décorée de dizaines de bouteilles vides de médicaments; il s’agissait d’un symbole de la gratuité perdue des médicaments prescri
Gatineau — Les manifestations d'impatience se multiplient devant le refus de Bernard Landry de prendre des engagements au cours de la campagne électorale afin de lutter contre la pauvreté. Une vingtaine de personnes assistées sociales ont barré la route hier au premier ministre lors de son arrivée à une activité partisane à Gatineau, et de son côté, le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté a lancé une campagne pour que les politiciens s'engagent en faveur d'un Québec sans démunis.
«On ne peut pas mettre le cinquième le plus pauvre de la population en dehors des enjeux de l'élection. Je ne comprends pas cette attitude-là. Dans le bilan du gouvernement, il y a des avancées au plan des principes avec la loi, mais il y a plein de mesures qui pressent et pour lesquelles on n'a pas vu la couleur», a affirmé au Devoir Vivian Labrie du Collectif. L'organisme réclame de rencontrer, d'ici au scrutin, chacun des chefs des partis politiques.
M. Landry estime toutefois que son gouvernement a fait preuve de compassion envers les pauvres au cours de ses deux mandats. Mais l'évaluation du premier ministre n'est pas partagée par les groupes de défense des pauvres qui y voient surtout de la résistance.
L'Association de défense des droits des assistés sociaux (ADDS) a manifesté bruyamment son mécontentement devant la Maison du citoyen, à Gatineau. Le porte-parole de l'ADDS, le désormais célèbre Bill Clennett qui avait eu maille à partir en février 1996 avec le premier ministre Jean Chrétien, était à la tête d'une vingtaine de personnes qui scandaient une transformation du slogan péquiste: «Restons fort inquiets». À sa descente de l'autobus, M. Landry s'est approché du groupe. «Moi, je te serre la main. Je te serre pas le cou», a dit M. Landry à M. Clennett.
Ce dernier a toutefois continué à crier et des manifestants ont bloqué le passage de M. Landry avec une corde décorée de dizaines de bouteilles vides de médicaments; il s'agissait d'un symbole de la gratuité perdue des médicaments prescrits pour les bénéficiaires de l'aide sociale. Les gardes du corps de M. Landry ont alors cassé la corde et fait entrer M. Landry. Après l'événement, M. Landry est parti par une autre porte, rejoindre sa fille qui habite la région. Les manifestants assis devant l'autobus du premier ministre ont été expulsés par la police.
Depuis le début de la campagne, Bernard Landry a été questionné à plusieurs reprises sur le dossier de la pauvreté. À chaque fois, il rappelle qu'un plan d'action suivra l'adoption de la Loi contre la pauvreté et qu'il faut donc patienter jusqu'en mai.
Créer la richesse
Hier, devant des militants péquistes, le premier ministre a souligné que le déficit zéro avait été «une politique de bonne gestion et de bonne solidarité» permettant de rescaper un État au bord de la banqueroute. Il en avait fait de même vendredi dernier, dans les Cantons de l'est. «On a coupé dans diverses choses, mais on a toujours préservé les plus démunis. [...] C'est difficile de nous mettre sur la défensive quand on est les meilleurs dans notre catégorie. Si le Canadien gagnait la coupe Stanley, ce serait difficile de chialer contre le coach», a alors soutenu M. Landry pour qui le premier pas dans la lutte contre la pauvreté, c'est de créer la richesse.
Pour M. Landry, il est clair que son gouvernement a fait preuve de compassion au cours des neuf dernières années. «Gouverner, c'est prévoir. C'est aussi arbitrer dans le secours des détresses», a-t-il affirmé.
Pour Françoise David du mouvement D'abord solidaires, «le PQ ne peut pas se péter les bretelles». «Mais je note surtout que le PQ a un problème idéologique à augmenter les prestations de l'aide sociale comme si c'était un encouragement à rester sur le BS. Voyons donc, c'est aberrant! Le PQ et les deux autres partis raisonnent en s'appuyant sur les préjugés de la population», a commenté Mme David qui invite les trois chefs à aborder la question de front.
Vivian Labrie du Collectif sursaute également devant la compassion dont aurait fait preuve le gouvernement péquiste. Elle réplique que «la situation objective des personnes en situation de pauvreté» s'est détériorée dans plusieurs cas. Par exemple, un bénéficiaire de l'aide sociale apte au travail, participant à des mesures d'incitation à l'emploi et qui devait se procurer des médicaments, recevait mensuellement en 1995, 650 $ (soit la prestation de base de 500 $ plus 150 $ d'allocation). La même personne en 2003 ne reçoit plus que 626,33 $ (523 $ de prestation plus 120 $ d'allocation moins la franchise de 16,67$ pour les médicaments), sans considérer la hausse du coût de la vie.
Mme Labrie souligne également que les critères d'accès à l'aide sociale ont été resserrés avec le déficit zéro, tout comme la comptabilité du taux de présence qui exclut maintenant les enfants. Elle ajoute qu'«à plusieurs reprises quand le fédéral a augmenté la prestation fiscale pour enfant, le gouvernement a diminué d'autant l'allocation familiale du Québec». «C'est un autre exemple où le gouvernement aurait eu l'occasion d'agir. On a fait du chemin sur les normes du travail, sur le logement social et pour le salaire minimum, mais ce n'est pas assez pour qu'une personne qui travaille à temps plein puisse sortir de la pauvreté», a conclu Mme Labrie.
«On ne peut pas mettre le cinquième le plus pauvre de la population en dehors des enjeux de l'élection. Je ne comprends pas cette attitude-là. Dans le bilan du gouvernement, il y a des avancées au plan des principes avec la loi, mais il y a plein de mesures qui pressent et pour lesquelles on n'a pas vu la couleur», a affirmé au Devoir Vivian Labrie du Collectif. L'organisme réclame de rencontrer, d'ici au scrutin, chacun des chefs des partis politiques.
M. Landry estime toutefois que son gouvernement a fait preuve de compassion envers les pauvres au cours de ses deux mandats. Mais l'évaluation du premier ministre n'est pas partagée par les groupes de défense des pauvres qui y voient surtout de la résistance.
L'Association de défense des droits des assistés sociaux (ADDS) a manifesté bruyamment son mécontentement devant la Maison du citoyen, à Gatineau. Le porte-parole de l'ADDS, le désormais célèbre Bill Clennett qui avait eu maille à partir en février 1996 avec le premier ministre Jean Chrétien, était à la tête d'une vingtaine de personnes qui scandaient une transformation du slogan péquiste: «Restons fort inquiets». À sa descente de l'autobus, M. Landry s'est approché du groupe. «Moi, je te serre la main. Je te serre pas le cou», a dit M. Landry à M. Clennett.
Ce dernier a toutefois continué à crier et des manifestants ont bloqué le passage de M. Landry avec une corde décorée de dizaines de bouteilles vides de médicaments; il s'agissait d'un symbole de la gratuité perdue des médicaments prescrits pour les bénéficiaires de l'aide sociale. Les gardes du corps de M. Landry ont alors cassé la corde et fait entrer M. Landry. Après l'événement, M. Landry est parti par une autre porte, rejoindre sa fille qui habite la région. Les manifestants assis devant l'autobus du premier ministre ont été expulsés par la police.
Depuis le début de la campagne, Bernard Landry a été questionné à plusieurs reprises sur le dossier de la pauvreté. À chaque fois, il rappelle qu'un plan d'action suivra l'adoption de la Loi contre la pauvreté et qu'il faut donc patienter jusqu'en mai.
Créer la richesse
Hier, devant des militants péquistes, le premier ministre a souligné que le déficit zéro avait été «une politique de bonne gestion et de bonne solidarité» permettant de rescaper un État au bord de la banqueroute. Il en avait fait de même vendredi dernier, dans les Cantons de l'est. «On a coupé dans diverses choses, mais on a toujours préservé les plus démunis. [...] C'est difficile de nous mettre sur la défensive quand on est les meilleurs dans notre catégorie. Si le Canadien gagnait la coupe Stanley, ce serait difficile de chialer contre le coach», a alors soutenu M. Landry pour qui le premier pas dans la lutte contre la pauvreté, c'est de créer la richesse.
Pour M. Landry, il est clair que son gouvernement a fait preuve de compassion au cours des neuf dernières années. «Gouverner, c'est prévoir. C'est aussi arbitrer dans le secours des détresses», a-t-il affirmé.
Pour Françoise David du mouvement D'abord solidaires, «le PQ ne peut pas se péter les bretelles». «Mais je note surtout que le PQ a un problème idéologique à augmenter les prestations de l'aide sociale comme si c'était un encouragement à rester sur le BS. Voyons donc, c'est aberrant! Le PQ et les deux autres partis raisonnent en s'appuyant sur les préjugés de la population», a commenté Mme David qui invite les trois chefs à aborder la question de front.
Vivian Labrie du Collectif sursaute également devant la compassion dont aurait fait preuve le gouvernement péquiste. Elle réplique que «la situation objective des personnes en situation de pauvreté» s'est détériorée dans plusieurs cas. Par exemple, un bénéficiaire de l'aide sociale apte au travail, participant à des mesures d'incitation à l'emploi et qui devait se procurer des médicaments, recevait mensuellement en 1995, 650 $ (soit la prestation de base de 500 $ plus 150 $ d'allocation). La même personne en 2003 ne reçoit plus que 626,33 $ (523 $ de prestation plus 120 $ d'allocation moins la franchise de 16,67$ pour les médicaments), sans considérer la hausse du coût de la vie.
Mme Labrie souligne également que les critères d'accès à l'aide sociale ont été resserrés avec le déficit zéro, tout comme la comptabilité du taux de présence qui exclut maintenant les enfants. Elle ajoute qu'«à plusieurs reprises quand le fédéral a augmenté la prestation fiscale pour enfant, le gouvernement a diminué d'autant l'allocation familiale du Québec». «C'est un autre exemple où le gouvernement aurait eu l'occasion d'agir. On a fait du chemin sur les normes du travail, sur le logement social et pour le salaire minimum, mais ce n'est pas assez pour qu'une personne qui travaille à temps plein puisse sortir de la pauvreté», a conclu Mme Labrie.
- » landry
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