Le nouvel enjeu
24 mars 2003
Québec
La guerre en Irak aura moins d'influence sur l'issue de la présente campagne électorale que la disqualification de l'ADQ comme aspirant à former le prochain gouvernement.
Jusqu'à présent, l'un des principaux enjeux des élections du 14 avril était de barrer la route à un parti qui heurtait de front la culture politique québécoise. Maintenant que la menace semble largement écartée, quel est l'enjeu dramatique qui mobilisera les électeurs et qui permettra de départager le Parti québécois du Parti libéral?
Cette question se pose en particulier à tous ceux et toutes celles qui, notamment à gauche et dans les rangs souverainistes, avaient fait du combat contre l'ADQ la motivation principale de leur engagement dans le débat pré-électoral.
Les syndicats, entre autres, sont aux prises avec ce problème. Leur bataille contre les idées véhiculées par Mario Dumont n'est pas terminée. Elle ne le sera jamais, d'ailleurs. Il se trouvera toujours de «soi-disant penseurs» comme ceux qui conseillent le chef de l'ADQ, pour enfourcher le cheval de bataille du néolibéralisme poussé à l'extrême du dogmatisme stérile. Mais pour la période électorale en cours, leur cause est sur le point d'être gagnée. Au moins, l'ADQ ne formera pas le prochain gouvernement.
Ce parti a d'ailleurs fini de se disqualifier aux yeux de bien des gens avec le genre de publicité populiste et tendancieuse que l'ADQ cherche à importer dans nos contrées. Si un jour Mario Dumont exerce le pouvoir, quelqu'un devra, dès qu'un patient mourra dans un hôpital pour n'avoir pas été traité à temps, lui rappeler qu'en vertu de sa propre idéologie, il devra être tenu personnellement responsable de ce décès.
C'est au Parti québécois que le déclin de l'ADQ risque de porter le plus ombrage. Il y a des risques, en effet, que la mobilisation contre Mario Dumont fléchisse d'ici à la fin de la campagne électorale. Or à 20 %, ce parti reste suffisamment puissant pour ravir des circonscriptions au PQ dans certaines régions. Même si les comparaisons sont toujours boiteuses, l'Union nationale avait fait élire 11 députés en 1976 avec 18 % des suffrages. Il est vrai que le PLQ était alors littéralement en déroute.
Le problème se pose autrement pour le PQ en 2003.
Prenons le cas des syndiqués. Lorsqu'on lit entre les lignes, on voit bien que les dirigeants syndicaux sont, pour un bon nombre, en faveur d'une réélection du Parti québécois. Le gouvernement sortant a adopté plusieurs mesures sociales qui sont en accord avec les revendications syndicales. En outre, le PLQ n'a jamais été un allié des forces ouvrières au Québec. Mais les syndiqués de la base peuvent avoir une opinion contraire. Ceux du secteur public, notamment dans le système de santé, semblent avoir gardé de l'amertume envers ce gouvernement qui, au nom de la lutte au déficit, a rendu leurs conditions de travail plus éprouvantes. Du moins, c'est ce que plusieurs d'entre eux ressentent.
Cela ne veut pas dire que ces syndiqués-là vont voter pour le Parti libéral. Certains vont d'ailleurs voter pour l'ADQ, carrément. Mais les autres, la menace adéquiste envolée, pourraient aussi s'abstenir d'exercer leur droit de vote.
Historiquement, l'abstentionnisme a nui davantage au PQ qu'au Parti libéral. Depuis 1976, le PQ a gagné les élections lorsque le taux de participation dépassait les 80 % (85 % en 1976, 82 % en 1981 et en 1994). L'inverse est aussi vrai. Le PLQ a remporté les élections en 1985 et en 1989 lorsque le taux de participation avait chuté à 75 %. En 1998, seulement 78 % des électeurs ont exercé leur droit de vote. Le PQ a gagné mais en récoltant, sur l'ensemble du Québec, moins de suffrages que son adversaire. Il y a donc un danger que des sympathisants péquistes boudent le scrutin. Un danger qui ne pèse pas sur les libéraux dont les partisans ont faim de pouvoir.
En outre, dans un contexte où la course pour le pouvoir se joue à deux, chaque fois que Mario Dumont critique le PQ, il travaille pour Jean Charest.
Car les libéraux ne misent que sur une chose dans cette campagne: la loi de l'alternance. Le programme libéral ressemble, sur de très nombreux points, y compris la santé et l'éducation, à celui du gouvernement sortant. Les libéraux ont arrondi les angles de manière à ne prendre aucune clientèle de front. Le PLQ s'est redécouvert une fibre nationaliste et ne propose plus de jeter le bébé de la Révolution tranquille avec l'eau du bain. En outre, la présence de l'ADQ à sa droite fait de lui un parti plutôt rassurant.
C'est pourquoi la stratégie de Jean Charest consiste à faire ressortir chaque jour un élément négatif du bilan du gouvernement. À trop exagérer, il va évidemment miner sa crédibilité. Le premier ministre ne peut pas être tenu personnellement responsable de tous les problèmes d'une société. Et sur les 100 000 personnes qui seraient inscrites sur une liste d'attente, d'après M. Charest, combien y en a-t-il vraiment dont le cas est urgent? En offrant une gouverne soporifique mais sans danger apparent, le PLQ mise sur l'usure du pouvoir pour être élu par défaut.
Pris sous le feu de deux adversaires auquel il doit répliquer (en restant donc sur leur terrain), le PQ fait face à un double défi: séduire les électeurs encore indécis et faire apparaître l'impérieuse nécessité à ses sympathisants de se déplacer pour voter le jour du scrutin. La tâche la plus difficile lui incombe, donc: montrer ce qui rend indispensable sa réélection et faire apparaître ce qui représente un danger dans le retour au pouvoir du Parti libéral du Québec.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
Jusqu'à présent, l'un des principaux enjeux des élections du 14 avril était de barrer la route à un parti qui heurtait de front la culture politique québécoise. Maintenant que la menace semble largement écartée, quel est l'enjeu dramatique qui mobilisera les électeurs et qui permettra de départager le Parti québécois du Parti libéral?
Cette question se pose en particulier à tous ceux et toutes celles qui, notamment à gauche et dans les rangs souverainistes, avaient fait du combat contre l'ADQ la motivation principale de leur engagement dans le débat pré-électoral.
Les syndicats, entre autres, sont aux prises avec ce problème. Leur bataille contre les idées véhiculées par Mario Dumont n'est pas terminée. Elle ne le sera jamais, d'ailleurs. Il se trouvera toujours de «soi-disant penseurs» comme ceux qui conseillent le chef de l'ADQ, pour enfourcher le cheval de bataille du néolibéralisme poussé à l'extrême du dogmatisme stérile. Mais pour la période électorale en cours, leur cause est sur le point d'être gagnée. Au moins, l'ADQ ne formera pas le prochain gouvernement.
Ce parti a d'ailleurs fini de se disqualifier aux yeux de bien des gens avec le genre de publicité populiste et tendancieuse que l'ADQ cherche à importer dans nos contrées. Si un jour Mario Dumont exerce le pouvoir, quelqu'un devra, dès qu'un patient mourra dans un hôpital pour n'avoir pas été traité à temps, lui rappeler qu'en vertu de sa propre idéologie, il devra être tenu personnellement responsable de ce décès.
C'est au Parti québécois que le déclin de l'ADQ risque de porter le plus ombrage. Il y a des risques, en effet, que la mobilisation contre Mario Dumont fléchisse d'ici à la fin de la campagne électorale. Or à 20 %, ce parti reste suffisamment puissant pour ravir des circonscriptions au PQ dans certaines régions. Même si les comparaisons sont toujours boiteuses, l'Union nationale avait fait élire 11 députés en 1976 avec 18 % des suffrages. Il est vrai que le PLQ était alors littéralement en déroute.
Le problème se pose autrement pour le PQ en 2003.
Prenons le cas des syndiqués. Lorsqu'on lit entre les lignes, on voit bien que les dirigeants syndicaux sont, pour un bon nombre, en faveur d'une réélection du Parti québécois. Le gouvernement sortant a adopté plusieurs mesures sociales qui sont en accord avec les revendications syndicales. En outre, le PLQ n'a jamais été un allié des forces ouvrières au Québec. Mais les syndiqués de la base peuvent avoir une opinion contraire. Ceux du secteur public, notamment dans le système de santé, semblent avoir gardé de l'amertume envers ce gouvernement qui, au nom de la lutte au déficit, a rendu leurs conditions de travail plus éprouvantes. Du moins, c'est ce que plusieurs d'entre eux ressentent.
Cela ne veut pas dire que ces syndiqués-là vont voter pour le Parti libéral. Certains vont d'ailleurs voter pour l'ADQ, carrément. Mais les autres, la menace adéquiste envolée, pourraient aussi s'abstenir d'exercer leur droit de vote.
Historiquement, l'abstentionnisme a nui davantage au PQ qu'au Parti libéral. Depuis 1976, le PQ a gagné les élections lorsque le taux de participation dépassait les 80 % (85 % en 1976, 82 % en 1981 et en 1994). L'inverse est aussi vrai. Le PLQ a remporté les élections en 1985 et en 1989 lorsque le taux de participation avait chuté à 75 %. En 1998, seulement 78 % des électeurs ont exercé leur droit de vote. Le PQ a gagné mais en récoltant, sur l'ensemble du Québec, moins de suffrages que son adversaire. Il y a donc un danger que des sympathisants péquistes boudent le scrutin. Un danger qui ne pèse pas sur les libéraux dont les partisans ont faim de pouvoir.
En outre, dans un contexte où la course pour le pouvoir se joue à deux, chaque fois que Mario Dumont critique le PQ, il travaille pour Jean Charest.
Car les libéraux ne misent que sur une chose dans cette campagne: la loi de l'alternance. Le programme libéral ressemble, sur de très nombreux points, y compris la santé et l'éducation, à celui du gouvernement sortant. Les libéraux ont arrondi les angles de manière à ne prendre aucune clientèle de front. Le PLQ s'est redécouvert une fibre nationaliste et ne propose plus de jeter le bébé de la Révolution tranquille avec l'eau du bain. En outre, la présence de l'ADQ à sa droite fait de lui un parti plutôt rassurant.
C'est pourquoi la stratégie de Jean Charest consiste à faire ressortir chaque jour un élément négatif du bilan du gouvernement. À trop exagérer, il va évidemment miner sa crédibilité. Le premier ministre ne peut pas être tenu personnellement responsable de tous les problèmes d'une société. Et sur les 100 000 personnes qui seraient inscrites sur une liste d'attente, d'après M. Charest, combien y en a-t-il vraiment dont le cas est urgent? En offrant une gouverne soporifique mais sans danger apparent, le PLQ mise sur l'usure du pouvoir pour être élu par défaut.
Pris sous le feu de deux adversaires auquel il doit répliquer (en restant donc sur leur terrain), le PQ fait face à un double défi: séduire les électeurs encore indécis et faire apparaître l'impérieuse nécessité à ses sympathisants de se déplacer pour voter le jour du scrutin. La tâche la plus difficile lui incombe, donc: montrer ce qui rend indispensable sa réélection et faire apparaître ce qui représente un danger dans le retour au pouvoir du Parti libéral du Québec.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
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