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Le Dr Philippe Couillard, un «ministrable» dans Mont-Royal - Un médecin de Sherbrooke recruté par le PLQ pour panser les plaies du réseau de la santé

Isabelle Paré   24 mars 2003  Québec
«Je ne suis pas venu en politique pour représenter les médecins, mais pour représenter les patients et tous ceux qui travaillent dans le réseau de la santé», dit le Dr Philippe Couillard, candidat libéral dans Mont-Royal.
Photo : Jacques Grenier
«Je ne suis pas venu en politique pour représenter les médecins, mais pour représenter les patients et tous ceux qui travaillent dans le réseau de la santé», dit le Dr Philippe Couillard, candidat libéral dans Mont-Royal.
Jamais aura-t-on vu autant de médecins se lancer dans l'arène politique qu'à cette élection. Simple hasard, ou symptôme de l'exaspération qui prévaut dans le système de santé? Chose sûre, avec la santé en tête des priorités, chaque parti a réussi à attirer son lot de médecins. Le Dr Philippe Couillard, qui vient d'abandonner son stéthoscope pour faire campagne avec le PLQ, jure pourtant que la politique n'a rien d'une coïncidence pour lui.

«Sans être militant, j'ai toujours eu un intérêt marqué pour la politique. Le service public est quelque chose pour moi d'extrêmement important. Je me disais que si je pouvais consacrer quelques années de ma carrière à cela, je le ferais», explique ce dernier.

Convaincu, il faut l'être. Puisque le neuro-chirurgien, qui vient d'abandonner son poste envié de directeur du département de chirurgie au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), squatte même l'appartement de sa mère à Mont-Royal pour mener sa campagne à un rythme frénétique.

Non seulement le Dr Couillard a un goût très clair pour la politique, mais il possède un sens aiguisé du débat. On a vu plus d'une fois sa signature dans Le Devoir ou dans La Presse, où certains de ses points de vue ont d'ailleurs parfois pu surprendre.

L'automne dernier, il fustigeait publiquement les moyens de pression exercés par les médecins spécialistes et dénonçait l'attitude des fédérations médicales dans les négociations. Pas de quoi lui attirer la sympathie de la confrérie médicale, alors en guerre ouverte avec le ministre de la Santé, François Legault. Mais tout pour attirer l'attention des recruteurs du PLQ qui l'invitaient l'automne à participer à leur conseil général.

À peine revenu d'Arabie saoudite, où il a cofondé et développé entre 1995 et 1999 le service de neurochirurgie de l'hôpital de Dhahran avec le Dr Karmi, il pourfendait dans nos pages l'engorgement dans les urgences. Dénonçant «l'effet nocif de la rémunération à l'acte» sur notre système de santé, il s'avouait un fort détracteur, au même titre que les ex-ministres Claude Castonguay et Jean Rochon, de ce mode de paiement.

Les médecins spécialistes, ajoutait-il, parce qu'ils sont payés à l'acte, voient les malades de l'urgence comme une «menace» aux intérêts de leur «entreprise», et contribuent à l'engorgement des urgences en privilégiant leurs propres patients. À son avis, les grands spécialistes devraient être payés à salaire, ou à contrat. Point à la ligne.

Des propos qu'il ne regrette pas aujourd'hui, même s'ils pourraient bien se retourner contre lui s'il accède, un jour, comme le souhaitent les libéraux, au poste de ministre de la Santé. «Je ne suis pas venu en politique pour représenter les médecins, mais pour représenter les patients et tous ceux qui travaillent dans le réseau de la santé», dit-il, convaincu qu'il est temps que les «soignants» s'engagent en politique.

Celui, à qui les libéraux ont d'ailleurs offert la forteresse libérale de Mont-Royal sur un plateau d'argent, estime que le plus grave problème de notre système de santé se résume en un seul mot: l'attente.

Pénurie de médecins

À son avis, la plus grande erreur du gouvernement péquiste aura été la mise à la retraite de 1500 médecins, qui a eu des «effets catastrophiques» sur le réseau. «Il faut arrêter de banaliser le problème. Il y a une part de la situation actuelle qui est liée à une conjoncture mondiale, mais une large part revient au gouvernement du PQ», estime le Dr Couillard. En plus d'avoir amplifié artificiellement la pénurie de main-d'oeuvre, le PQ a créé une pénurie grave de ressources financières.

«Il faut à tout prix relever les dépenses et revenir à ce qui correspond à notre niveau de richesse collective», dit-il, peu impressionné par les centaines de millions de réinvestissements annoncés récemment par le ministre Legault.

«Je ne veux pas remettre en question ce que dit le PQ, mais ce n'est que depuis novembre dernier qu'ils reconnaissent qu'il manque d'argent pour la santé», rappelle le candidat libéral.

Quant à l'ADQ, le médecin ne porte pas non plus très haut dans son coeur le parti de Mario Dumont. En novembre dernier, dans une autre lettre humoristique aux journaux, il assimilait l'ADQ au «Crédit social» des années 2000.

«Réal Caouette voulait imprimer de l'argent pour que l'économie se porte mieux. L'ADQ nous dit: 'Privatisons la santé, ça va tout régler'. Comme tous les partis populistes de droite, l'ADQ propose des solutions simplistes à des problèmes complexes», soutient le Dr Couillard.

Farouchement opposé à l'introduction de toute forme de participation privée au financement, la recrue de Jean Charest assure que de laisser des patients payer de leurs poches pour se faire opérer plus rapidement dans un système privé parallèle serait suicidaire pour le système public de santé. «Non seulement, ce serait socialement inacceptable, mais ce serait fonctionnellement inefficace», dit-il.

À son avis, en temps de pénurie, le travail de médecins dans un système privé parallèle aurait l'effet inéluctable de vampiriser le système public de ses meilleures ressources et d'étirer encore davantage les délais et les listes d'attente. À cet égard, les expériences vécues au Royaume-Uni se sont révélées un échec cuisant, rappelle-t-il.

«Mais réellement, on ne sait plus ce que propose l'ADQ. Il semble maintenant que Mme Lescop se dirige à grande vitesse vers ce que propose le PLQ», assure ce dernier.



Abolir les régies régionales

Après avoir roulé sa bosse au Moyen-Orient et observé plusieurs systèmes de santé dans le monde, ce médecin se dit convaincu qu'il faut alléger le système et faire fi de la bureaucratie qui enraye le système. Comme le prévoit son parti, il prône l'abolition des régies régionales, ces «boîtes postales du ministère», et la participation, par contrat, du secteur privé à la production de services de santé.

Une solution appliquée notamment en Alberta, où toutes les chirurgies de la cataracte sont désormais réalisées dans des cliniques affiliées aux hôpitaux. Faut-il donc adopter le modèle appliqué par Ralph Klein pour revamper le réseau québécois?

«Je ne dis pas qu'il faut importer tout ce que l'Alberta a fait, mais le fonctionnement de leurs urgences est impressionnant. Ils ont par contre gardé de grosses bureaucraties régionales plutôt superflues», nuance-t-il.

Pour régler les problèmes de listes d'attente, le PLQ propose de rouvrir les salles d'opération et les lits fermés pour des considérations budgétaires. Soit. Mais en pleine pénurie, où trouvera-t-on les infirmières et les médecins pour soigner encore plus de nouveaux patients?

Selon le Dr Couillard, puisque la pénurie ne pourra se résorber du jour au lendemain, il faudra compter sur une hausse massive des admissions en médecine et en sciences infirmières. Mais à court terme, le Québec ne pourra faire l'économie d'un recrutement intensif de médecins étrangers pour pallier les manques, croit-il.

Une solution dont il connaît très bien la recette puisqu'il l'a lui-même appliquée à titre de chef-chirurgien au CHUS. L'an dernier, le Dr Couillard et son équipe ont en effet réussi à convaincre trois éminents chirurgiens de quitter les Alpes suisses, pour venir s'installer dans la région de Sherbrooke.

«Ce sont les médecins qui ont décidé d'organiser une tournée de recrutement en Europe. Nous avons ensuite invité les médecins intéressés et leur famille à venir nous visiter et à voir les hôpitaux, les écoles, la région. Six mois plus tard, ils opéraient leurs premiers patients à Sherbrooke», dit-il.

Si son parti forme le prochain gouvernement, le Dr Couillard assure qu'il faudra «déplafonner» la rémunération des médecins de famille, qui doivent cesser de donner des services après avoir atteint un certain salaire. «Seulement avec cela, on aurait l'équivalent de 300 médecins à temps complet de plus au Québec», dit-il.

Mais là s'arrêtent les largesses du candidat de Mont-Royal à l'égard des médecins. S'il était farouchement opposé à la loi 114 sur les urgences, qui permettait au gouvernement Landry de conscrire les médecins dans les urgences éloignées, le Dr Couillard n'est pas du tout favorable à un système guidé par la seule libre entreprise médicale et croit à la nécessaire intervention de l'État.

«Si j'étais le gouvernement, conclut-il, je m'assurerais que les priorités sont assurées. Il y a des attitudes de groupes de médecins qui ne sont pas heureuses, mais il y a aussi du côté du gouvernement des attitudes qui ne mènent à rien.»
 
 
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  • Philippe COLLAS - Inscrit
    29 mars 2003 03 h 19
    Au Québec comme ailleurs...
    Les problèmes de santé du Québec sont en fait les frères jumeaux de ceux rencontrés en France ou en Grande Bretagne. L'explication est simple: les mêmes politiques de santé sont appliquées partout : concentration des structures, diminution du nombre des médecins et des professionnels de santé. On ne peut dire donc qu'il y ait une politique spécifique à chaque pays, à l'heure de la mondialisation, il y une "politique mondiale", sur laquelle il faut s'interroger.Je crois nécessire que les citoyens, par lem oyen d'associations, s'intéressent à cette question, et puissent peser sur les décisions. Même entre les élections...
    Un ami français
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