Caisse de dépôt - La dame de fer cède sous la pression
Monique Jérôme-Forget comparaîtra deux fois plutôt qu'une
Québec — Il y aura finalement une commission parlementaire spéciale sur les pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Et la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui refusait jusqu'ici d'y prendre part, comparaîtra deux fois plutôt qu'une, une première fois ce matin et une seconde fois en avril, lorsque les dirigeants de la Caisse et certains déposants auront été entendus.
La pression politique aura fini par faire plier la dame de fer du gouvernement Charest. Mais au cours d'une journée où les tactiques parlementaires étaient à l'honneur, elle a réussi à désarçonner la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, en annonçant tout de go, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, qu'elle était prête à se présenter en commission parlementaire dès le lendemain (aujourd'hui).
«Moi, répondre aux questions? Je réponds toujours aux questions», a-t-elle lancé aux journalistes à la fin de la journée.
Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a présenté à l'Assemblée nationale une motion pour que la Commission des finances publiques procède à l'audition de la ministre des Finances le vendredi 13 mars. Le Parti québécois refusant de consentir à cet exercice qu'il considérait tronqué, la séance fut suspendue et deux heures plus tard, le gouvernement et l'opposition parvenaient à une entente. De fait, le Parti québécois a obtenu l'essentiel de ce qu'il réclamait depuis deux semaines.
«Je suis heureuse pour la population du Québec parce que je crois qu'aujourd'hui, c'est elle qui est la gagnante», a déclaré Pauline Marois en fin de journée. «Quarante milliards, c'est très inquiétant. On a réussi à démontrer que le gouvernement avait sa part de responsabilité dans cette réalité-là.»
«Tout est bien qui finit bien», a résumé Jacques Dupuis au cours d'un point de presse qui a suivi peu après. «On a toujours voulu éviter que le débat politique vienne se faire en même temps que le débat sur la gestion de la Caisse», a-t-il fait valoir. Mais du même souffle, il donnait raison à Mme Marois. «Le gouvernement a ses responsabilités aussi dans le dossier et viendra répondre aux questions sur ses responsabilités», a déclaré M. Dupuis. C'est la première fois qu'un membre du gouvernement faisait une telle admission.
La Commission des finances publiques (CFP) entendra la ministre des Finances pendant deux heures ce matin au Salon rouge. Par la suite, la Commission demandera à la Caisse de dépôt de lui fournir une série de documents, dont le rapport annuel 2008 de l'institution. Il s'agit des mêmes documents que le député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, a exigés dans une lettre qu'il a envoyée il y a une semaine au président de la CFP, Alain Paquet, député libéral de Laval-des-Rapides.
Une fois ces documents obtenus — la Caisse pourra en exclure si c'est absolument justifié —, la commission parlementaire s'amorcera, possiblement au début d'avril, a mentionné le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard. Les parlementaires entendront pendant deux heures chacun le président par intérim de la Caisse, Fernand Perreault, son vice-président des affaires juridiques, Claude Bergeron, l'ex-président Richard Guay, qui a démissionné pour des raisons de santé, et Alban D'Amours, le président du Mouvement Desjardins, qui préside le comité de gestion des risques de la CDPQ. L'ex-président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, répondra aux questions des élus pendant six heures tout comme son ancien président, Henri-Paul Rousseau. Suivront pendant deux heures chacun les présidents de cinq organismes qui sont des déposants de la Caisse, dont la Régie des rentes du Québec (RRQ), la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) et le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Le PQ avait réclamé que quatre experts comparaissent, notamment l'ancien premier ministre Jacques Parizeau et l'ex-président de Teachers, Claude Lamoureux, mais cette exigence est tombée.
À la suite de ces auditions, Monique Jérôme-Forget viendra clore l'exercice à la faveur d'une audition d'une durée de quatre heures. L'opposition insistait pour que la ministre comparaisse après que les dirigeants de la Caisse aient été entendus.
Le volte-face de la ministre s'explique sans doute par la lecture de certains sondages qui montraient qu'une majorité de Québécois réclamait une commission parlementaire qui ferait toute la lumière sur les déboires de la Caisse. Des commentateurs, comme Alain Dubuc, ont aussi dénoncé le refus de la ministre de se présenter devant une commission parlementaire. Mais la chronique de Michel David, parue dans Le Devoir d'hier, l'a certes piquée dans son orgueil. À l'Assemblée nationale, Mme Jérôme-Forget s'est levée en s'adressant au chroniqueur assis dans le poulailler réservé à la presse: «Oui, M. David, je suis bêtement franche et franchement bête.» Elle a même brandi une Bible, jurant de dire la vérité. Dans sa chronique intitulée «Dites je le jure», Michel David avait écrit: «Pourtant, il n'y a pas si longtemps, elle se disait prête à jurer sur la tête de ses petits-enfants. Alors pourquoi pas sur la Bible? À moins que quelqu'un d'autre ne craigne qu'elle dise tout bêtement la vérité. C'est qu'elle en serait bien capable.»
Il y a aussi la tactique, embêtante pour la ministre, dont a usé François Legault. Il a fait publier, hier, un préavis convoquant la ministre à une interpellation qui devait avoir lieu le 20 mars prochain, le lendemain du dépôt de son budget. S'il y a une chose que Mme Jérôme-Forget ne se voyait pas faire ce jour-là, c'est parler pendant deux heures des pertes de la Caisse.
Lors de la période de questions, François Legault a insisté pour savoir si Mme Jérôme-Forget avait obtenu les états de compte mensuels du Fonds des générations et du Fonds d'amortissement pour les régimes de retraite (FARR) pendant la campagne électorale. Son bureau les a reçus, mais elle n'en a pris connaissance qu'après les élections, a-t-elle soutenu. Pour des raisons d'«éthique», la ministre n'a pas voulu profiter de la situation, a-t-elle expliqué.
Enfin, François Legault a demandé à Jean Charest comment il avait pu pendant la campagne électorale, alors qu'il a indiqué à maintes reprises par la suite qu'il ne connaissait pas les résultats courants de la Caisse, rassurer les Québécois en affirmant que «pour la plus grande partie de 2008, la performance de la Caisse [était] supérieure aux indices de référence»? Dans sa réponse, le premier ministre a commis un anachronisme: «C'est une information que M. [Henri-Paul] Rousseau a rendue publique lundi», a-t-il mentionné.
La pression politique aura fini par faire plier la dame de fer du gouvernement Charest. Mais au cours d'une journée où les tactiques parlementaires étaient à l'honneur, elle a réussi à désarçonner la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, en annonçant tout de go, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, qu'elle était prête à se présenter en commission parlementaire dès le lendemain (aujourd'hui).
«Moi, répondre aux questions? Je réponds toujours aux questions», a-t-elle lancé aux journalistes à la fin de la journée.
Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a présenté à l'Assemblée nationale une motion pour que la Commission des finances publiques procède à l'audition de la ministre des Finances le vendredi 13 mars. Le Parti québécois refusant de consentir à cet exercice qu'il considérait tronqué, la séance fut suspendue et deux heures plus tard, le gouvernement et l'opposition parvenaient à une entente. De fait, le Parti québécois a obtenu l'essentiel de ce qu'il réclamait depuis deux semaines.
«Je suis heureuse pour la population du Québec parce que je crois qu'aujourd'hui, c'est elle qui est la gagnante», a déclaré Pauline Marois en fin de journée. «Quarante milliards, c'est très inquiétant. On a réussi à démontrer que le gouvernement avait sa part de responsabilité dans cette réalité-là.»
«Tout est bien qui finit bien», a résumé Jacques Dupuis au cours d'un point de presse qui a suivi peu après. «On a toujours voulu éviter que le débat politique vienne se faire en même temps que le débat sur la gestion de la Caisse», a-t-il fait valoir. Mais du même souffle, il donnait raison à Mme Marois. «Le gouvernement a ses responsabilités aussi dans le dossier et viendra répondre aux questions sur ses responsabilités», a déclaré M. Dupuis. C'est la première fois qu'un membre du gouvernement faisait une telle admission.
La Commission des finances publiques (CFP) entendra la ministre des Finances pendant deux heures ce matin au Salon rouge. Par la suite, la Commission demandera à la Caisse de dépôt de lui fournir une série de documents, dont le rapport annuel 2008 de l'institution. Il s'agit des mêmes documents que le député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, a exigés dans une lettre qu'il a envoyée il y a une semaine au président de la CFP, Alain Paquet, député libéral de Laval-des-Rapides.
Une fois ces documents obtenus — la Caisse pourra en exclure si c'est absolument justifié —, la commission parlementaire s'amorcera, possiblement au début d'avril, a mentionné le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard. Les parlementaires entendront pendant deux heures chacun le président par intérim de la Caisse, Fernand Perreault, son vice-président des affaires juridiques, Claude Bergeron, l'ex-président Richard Guay, qui a démissionné pour des raisons de santé, et Alban D'Amours, le président du Mouvement Desjardins, qui préside le comité de gestion des risques de la CDPQ. L'ex-président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, répondra aux questions des élus pendant six heures tout comme son ancien président, Henri-Paul Rousseau. Suivront pendant deux heures chacun les présidents de cinq organismes qui sont des déposants de la Caisse, dont la Régie des rentes du Québec (RRQ), la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) et le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Le PQ avait réclamé que quatre experts comparaissent, notamment l'ancien premier ministre Jacques Parizeau et l'ex-président de Teachers, Claude Lamoureux, mais cette exigence est tombée.
À la suite de ces auditions, Monique Jérôme-Forget viendra clore l'exercice à la faveur d'une audition d'une durée de quatre heures. L'opposition insistait pour que la ministre comparaisse après que les dirigeants de la Caisse aient été entendus.
Le volte-face de la ministre s'explique sans doute par la lecture de certains sondages qui montraient qu'une majorité de Québécois réclamait une commission parlementaire qui ferait toute la lumière sur les déboires de la Caisse. Des commentateurs, comme Alain Dubuc, ont aussi dénoncé le refus de la ministre de se présenter devant une commission parlementaire. Mais la chronique de Michel David, parue dans Le Devoir d'hier, l'a certes piquée dans son orgueil. À l'Assemblée nationale, Mme Jérôme-Forget s'est levée en s'adressant au chroniqueur assis dans le poulailler réservé à la presse: «Oui, M. David, je suis bêtement franche et franchement bête.» Elle a même brandi une Bible, jurant de dire la vérité. Dans sa chronique intitulée «Dites je le jure», Michel David avait écrit: «Pourtant, il n'y a pas si longtemps, elle se disait prête à jurer sur la tête de ses petits-enfants. Alors pourquoi pas sur la Bible? À moins que quelqu'un d'autre ne craigne qu'elle dise tout bêtement la vérité. C'est qu'elle en serait bien capable.»
Il y a aussi la tactique, embêtante pour la ministre, dont a usé François Legault. Il a fait publier, hier, un préavis convoquant la ministre à une interpellation qui devait avoir lieu le 20 mars prochain, le lendemain du dépôt de son budget. S'il y a une chose que Mme Jérôme-Forget ne se voyait pas faire ce jour-là, c'est parler pendant deux heures des pertes de la Caisse.
Lors de la période de questions, François Legault a insisté pour savoir si Mme Jérôme-Forget avait obtenu les états de compte mensuels du Fonds des générations et du Fonds d'amortissement pour les régimes de retraite (FARR) pendant la campagne électorale. Son bureau les a reçus, mais elle n'en a pris connaissance qu'après les élections, a-t-elle soutenu. Pour des raisons d'«éthique», la ministre n'a pas voulu profiter de la situation, a-t-elle expliqué.
Enfin, François Legault a demandé à Jean Charest comment il avait pu pendant la campagne électorale, alors qu'il a indiqué à maintes reprises par la suite qu'il ne connaissait pas les résultats courants de la Caisse, rassurer les Québécois en affirmant que «pour la plus grande partie de 2008, la performance de la Caisse [était] supérieure aux indices de référence»? Dans sa réponse, le premier ministre a commis un anachronisme: «C'est une information que M. [Henri-Paul] Rousseau a rendue publique lundi», a-t-il mentionné.
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