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La traversée du désert de Mario Dumont

L'ADQ croit que la couverture médiatique de la guerre déplacera la campagne au niveau local

Robert Dutrisac   22 mars 2003  Québec
«Je pense que c'est la première fois qu'un chef de parti vient dans notre comté.» Mario Dumont s'adressait jeudi soir à une centaine de partisans — étaient-ce plutôt des sympathisants? — dans une petite salle communautaire de Saint-Rémi, dans la circonscription de Huntington.

Le candidat adéquiste Michel Lavoie, ancien maire de Saint-Rémi, ancien libéral aussi, a félicité en ces termes le jeune chef de l'ADQ pour sa présence ce soir-là. Huntington est un bastion libéral: la minorité anglophone de ce comté du sud-ouest du Québec est suffisamment nombreuse pour le rendre imprenable, tant pour le Parti québécois que pour l'ADQ. Plus tôt en cette journée grise et pluvieuse, Mario Dumont s'était retrouvé dans D'Arcy-McGee, qui a donné une majorité de 92 % au député libéral Lawrence Bergman. Pas beaucoup de votes à aller chercher de ce côté-là.

Tandis que les tanks américains avancent sur Bagdad dans le désert irakien, Mario Dumont poursuit sa traversée du désert. Hier encore, il était dans une contrée où son parti n'a aucune chance de rafler un comté: la région de l'Outaouais, la rouge. L'ADQ n'a pas encore recentré sa campagne sur les comtés où elle peut espérer faire élire des candidats.

Au moment du lancement de sa campagne dans son fief de Rivière-du-Loup, le premier sondage Léger Marketing, qui accordait à l'ADQ un malingre 24 % des intentions de vote, a eu l'effet d'un assommoir, avoue-t-on aujourd'hui dans l'entourage de Mario Dumont. Grippé, le jeune chef manquait de fougue et paraissait fatigué. Les choses se sont replacées par la suite, mais pas les sondages.

S'il est vrai qu'il faut prendre chacun des sondages quotidiens de Léger Marketing avec des pincettes, leur accumulation indique une tendance lourde et inquiétante pour l'ADQ. Avec 20 % des intentions de vote, le parti a chuté de quatre points depuis le début de la campagne: il est passé de 28 % à 23 % chez les francophones. Seulement 13 % des électeurs croient que l'ADQ fait la meilleure campagne, contre 36 % pour le PQ et 29 % pour le PLQ.

L'accueil que réserve la population aux candidats adéquistes sur le terrain ne correspond en rien aux sondages, soutient-on à l'ADQ. Si les électeurs ne sont pas certains de voter pour eux, on semble au moins prêt à tendre l'oreille: le discours adéquiste a le charme de la nouveauté.

Des questions...

Hier, lors d'une tribune téléphonique à la station Radio-Média de Gatineau, Mario Dumont a eu à répondre à une question d'un auditeur sur la qualité de ses candidats: Évé Longuépée, candidat dans le comté des Îles-de-la-Madeleine, a été repêché dans un bar de Rimouski un samedi soir, trois jours avant que le parti ne complète sa liste de candidats, cette semaine. Il n'a pas mis les pieds dans ce comté depuis 15 mois et y retournera seulement si le parti lui paie le billet d'avion. Pour sa campagne de financement dans le comté, on repassera. «Je vous invite à regarder la qualité des gens [de l'ADQ], la plupart des gens... », a dit M. Dumont.

Sur le plan du financement, le parti dépasse ses objectifs, a soutenu le chef de l'ADQ. Pour la campagne nationale de financement, qui doit fournir deux millions au parti, on peut le croire. Mais dans les comtés, où le même objectif est fixé, c'est moins clair. Cependant, on assure que le parti, pour la première fois de son existence, aura suffisamment d'argent pour mener une campagne digne de ce nom, même s'il ne dispose pas d'autant de moyens financiers que ses adversaires. Chose certaine, le parti ne veut pas s'endetter.

La guerre en Irak est un élément déstabilisateur qu'aucun des partis ne contrôle. Avec justesse, Mario Dumont croit que la couverture médiatique de la guerre déplacera la campagne au niveau local. Il avance que les campagnes dans les circonscriptions, sur le terrain, sont une des forces de l'ADQ. Du côté du PQ et du PLQ, on soutient au contraire que l'organisation adéquiste ne fait pas le poids.

En matière de contenu — comme disent les stratèges —, le message de l'ADQ s'articule autour du vieillissement de la population, un thème angoissant. Toutefois, son discours sur la réduction de la dette — «pensons à notre bien-être présent mais aussi au bien-être des générations futures» — semble faire mouche dans certaines couches de la population. Il est beaucoup plus simple à faire passer que l'analyse de Bernard Landry sur le poids relatif de la dette par rapport au produit intérieur brut. Il faut voir Mario Dumont dans des comtés ruraux aborder l'enjeu de la dette que le gouvernement péquiste ne cesse de laisser augmenter, du gaspillage, de la bureaucratie. C'est dans cette veine populiste qu'il s'avère le plus convaincant.

En revanche, l'ADQ éprouve plus de difficulté quand Diane Bellemare dénonce le «mirage de la liberté 55» en livrant une analyse rigoureuse des pénuries de main-d'oeuvre qui guettent la société québécoise vieillissante. Son appel aux baby-boomers afin qu'ils renoncent à la retraite avant l'âge de 60 ans pour travailler le plus longtemps possible n'est pas «sexy», pour employer les mots de cette économiste.

Les stratèges de l'ADQ estiment que le PQ s'en tire beaucoup trop bien. Les péquistes ont réussi à faire oublier leurs huit années de pouvoir. «C'est hallucinant», confie l'un d'eux. On compte beaucoup sur le reste de la campagne et sur le débat des chefs pour corriger la situation. «Les gens vont réaliser que c'est la même gang qu'avant» dont ils voulaient se débarrasser, souhaite-t-on. C'est pourquoi la première vague de publicités de l'ADQ à la télévision, s'inspirant du modèle de publicité électorale négative qui a cours aux États-Unis, cherche à démolir le bilan du gouvernement. Les libéraux prêtent moins flanc, sauf sur le sujet des défusions municipales. On les assimile au PQ: «C'est du pareil au même», répètent les adéquistes.

Lors d'une assemblée partisane à Québec, le candidat dans Taschereau, Jean-Guy Lemieux, a prédit que tout le monde sera fort surpris le soir du 14 avril. Les manchettes des journaux clameront: «Invraisemblable! Mario Dumont premier ministre», a-t-il lancé naïvement. Invraisemblable: c'est certainement le mot après dix jours de campagne. Mais les adéquistes peuvent se consoler: pour la première fois de son histoire, l'ADQ mène une campagne d'envergure nationale. Comme les vieux partis.
 
 
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