Entrevue avec Christine St-Pierre, ministre de la Condition féminine - Des avancées, certes...
« Il faut continuer de se battre pour faire progresser les choses »
Photo : Jacques Grenier
«L’égalité des sexes doit habiter notre quotidien», croit Christine St-Pierre, ministre de la Condition féminine.
En matière de condition féminine, plusieurs ont l'impression que bien des dossiers sont réglés au Québec, mais les statistiques témoignent qu'il reste du chemin à parcourir. Toutefois, des pas en avant se font. La semaine dernière, à l'occasion de la Semaine de mode de Montréal, Christine St-Pierre, ministre québécoise de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, a annoncé le cadre de son plan d'action pour accoucher à l'automne d'une charte visant à promouvoir une saine image corporelle.
C'était la Semaine de la mode, et les deux coprésidents d'un comité de travail composé de différents acteurs de ce milieu ont été annoncés: Esther Bégin, ancienne chef d'antenne de LCN et de TQS, et le Dr Howard Steiger, directeur du Programme des troubles de l'alimentation de l'Hôpital Douglas. «Nous voulons vraiment amener les gens du milieu de la mode, des médias et de la santé à se réunir pour discuter des questions des troubles alimentaires, de la promotion d'une image corporelle saine et de la sensibilisation des jeunes», explique Christine St-Pierre.
La charte sera volontaire et s'inspirera du modèle français. Le printemps dernier, les organisations professionnelles de la mode, le secteur de la publicité, certains médias et le gouvernement ont signé en France un engagement volontaire à promouvoir une image saine du corps et à lutter contre l'anorexie.
«J'ai regardé ailleurs ce qui s'est fait, et les réalisations de la France sont particulièrement intéressantes. En six mois, le projet a rallié tout le monde», affirme la ministre de la Condition féminine.
Elle souligne toutefois être bien consciente qu'elle ne réglera pas avec une charte le problème de l'extrême maigreur dans le milieu de la mode. «Nous voulons sensibiliser les jeunes pour qu'ils adoptent de saines habitudes de vie. Nous voulons également que les gens du milieu de la mode soient mieux outillés pour entrer en relation avec les jeunes filles qui éprouvent peut-être des problèmes. Parce qu'on sait que ce n'est pas facile», indique la ministre.
Mme St-Pierre est aussi bien consciente que la mode n'est pas le seul milieu où les troubles alimentaires sont un problème réel. «Il y a la danse, bien sûr, et d'autres sports. Il n'y a pas de solution magique, mais il faut bien commencer quelque part.»
Hypersexualisation des jeunes filles
S'il est difficile d'intervenir en ce qui a trait à l'anorexie, il est aussi très délicat d'agir en matière d'hypersexualisation des jeunes filles.
«C'est certain qu'on ne reviendra pas à l'époque où les jeunes filles s'habillaient comme des religieuses, affirme Mme St-Pierre. Toutefois, les parents ont un rôle à jouer sur cette question. Jusqu'à un certain âge, ce que le parent dit a encore un impact important sur l'enfant et il faut leur parler de ces questions.»
D'ailleurs, le ministère de la Condition féminine a entrepris une tournée des régions, en partenariat avec l'Université du Québec à Montréal et le YWCA de Montréal, pour outiller les jeunes en ce qui concerne l'hypersexualisation.
«Cette tournée vise les gens qui interviennent auprès des jeunes, comme les animateurs, les éducateurs, les professeurs, etc. Nous voulons les sensibiliser à cette question, les amener à trouver différentes façons d'aborder le sujet avec les jeunes», explique Christine St-Pierre.
Ajout à la loi 63
La ministre de la Condition féminine est aussi fière d'avoir fait modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour qu'y soit incluse la notion d'égalité des hommes et des femmes.
Or plusieurs critiques se sont fait entendre l'an dernier en soutenant que l'égalité était déjà reconnue par l'article 10, qui interdit toute discrimination fondée entre autres sur la race, la couleur, le sexe, la religion et l'orientation sexuelle.
«Évidemment que la discrimination est interdite, indique Mme St-Pierre. Mais je trouvais aberrant de voir que la notion d'égalité homme-femme n'était mentionnée nulle part dans le texte fondamental qu'est la charte. Pourtant, c'est une valeur fondamentale de notre société. Je trouvais très important que ce soit reflété clairement, parce que nous devons envoyer un message puissant en ce sens à toute la société. L'égalité des sexes doit habiter notre quotidien.»
Plusieurs gestes concrets
La ministre insiste toutefois sur le fait qu'il faut aussi envoyer des messages en multipliant les gestes significatifs. «Par exemple, le premier ministre en est à son deuxième conseil des ministres paritaire.»
De plus, adoptée en 2006, la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État exige notamment que la parité homme-femme soit atteinte dans l'ensemble des conseils d'administration des sociétés d'État à la fin de 2011.
«C'est une question très chère à M. Charest, et il s'informe souvent de l'évolution des choses dans ce dossier. Récemment, nous avons appris que la parité était atteinte dans 42 % des sociétés d'État», affirme Christine St-Pierre.
Pour la ministre, cette loi est capitale puisque, en plus d'envoyer un message aux entreprises privées, elle permet aux femmes d'investir les lieux de pouvoir. «Les femmes ont souvent des visions, des arguments et des intérêts différents de ceux des hommes et c'est important qu'elles les fassent valoir.»
La situation économique des femmes demeure toutefois préoccupante.
«On parle d'équité salariale, mais dans les faits, au Québec, pour des emplois équivalents, les femmes gagnent encore 70 % du salaire des hommes», déplore Mme St-Pierre.
Alors que 60 % des travailleurs au salaire minimum sont des femmes, le gouvernement du Québec a annoncé récemment que le taux horaire minimum passerait de 8,50 $ à 9 $ l'heure le 1er mai prochain. «Il y a clairement ici une volonté d'améliorer les conditions économiques des femmes», affirme la ministre.
Toutefois, si on voit des pas en avant, on voit aussi des pas en arrière. Dans son dernier budget, le gouvernement Harper a annoncé qu'il supprimerait le droit des femmes occupant un poste dans la fonction publique fédérale de recourir aux tribunaux afin d'exiger un salaire égal pour un travail équivalent.
«Ce n'est vraiment pas une bonne décision pour les femmes, dénonce Mme St-Pierre. C'est la preuve qu'il faut demeurer attentif à tout ce qui se passe et continuer de se battre pour faire progresser les choses.»
***
Collaboratrice du Devoir
C'était la Semaine de la mode, et les deux coprésidents d'un comité de travail composé de différents acteurs de ce milieu ont été annoncés: Esther Bégin, ancienne chef d'antenne de LCN et de TQS, et le Dr Howard Steiger, directeur du Programme des troubles de l'alimentation de l'Hôpital Douglas. «Nous voulons vraiment amener les gens du milieu de la mode, des médias et de la santé à se réunir pour discuter des questions des troubles alimentaires, de la promotion d'une image corporelle saine et de la sensibilisation des jeunes», explique Christine St-Pierre.
La charte sera volontaire et s'inspirera du modèle français. Le printemps dernier, les organisations professionnelles de la mode, le secteur de la publicité, certains médias et le gouvernement ont signé en France un engagement volontaire à promouvoir une image saine du corps et à lutter contre l'anorexie.
«J'ai regardé ailleurs ce qui s'est fait, et les réalisations de la France sont particulièrement intéressantes. En six mois, le projet a rallié tout le monde», affirme la ministre de la Condition féminine.
Elle souligne toutefois être bien consciente qu'elle ne réglera pas avec une charte le problème de l'extrême maigreur dans le milieu de la mode. «Nous voulons sensibiliser les jeunes pour qu'ils adoptent de saines habitudes de vie. Nous voulons également que les gens du milieu de la mode soient mieux outillés pour entrer en relation avec les jeunes filles qui éprouvent peut-être des problèmes. Parce qu'on sait que ce n'est pas facile», indique la ministre.
Mme St-Pierre est aussi bien consciente que la mode n'est pas le seul milieu où les troubles alimentaires sont un problème réel. «Il y a la danse, bien sûr, et d'autres sports. Il n'y a pas de solution magique, mais il faut bien commencer quelque part.»
Hypersexualisation des jeunes filles
S'il est difficile d'intervenir en ce qui a trait à l'anorexie, il est aussi très délicat d'agir en matière d'hypersexualisation des jeunes filles.
«C'est certain qu'on ne reviendra pas à l'époque où les jeunes filles s'habillaient comme des religieuses, affirme Mme St-Pierre. Toutefois, les parents ont un rôle à jouer sur cette question. Jusqu'à un certain âge, ce que le parent dit a encore un impact important sur l'enfant et il faut leur parler de ces questions.»
D'ailleurs, le ministère de la Condition féminine a entrepris une tournée des régions, en partenariat avec l'Université du Québec à Montréal et le YWCA de Montréal, pour outiller les jeunes en ce qui concerne l'hypersexualisation.
«Cette tournée vise les gens qui interviennent auprès des jeunes, comme les animateurs, les éducateurs, les professeurs, etc. Nous voulons les sensibiliser à cette question, les amener à trouver différentes façons d'aborder le sujet avec les jeunes», explique Christine St-Pierre.
Ajout à la loi 63
La ministre de la Condition féminine est aussi fière d'avoir fait modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour qu'y soit incluse la notion d'égalité des hommes et des femmes.
Or plusieurs critiques se sont fait entendre l'an dernier en soutenant que l'égalité était déjà reconnue par l'article 10, qui interdit toute discrimination fondée entre autres sur la race, la couleur, le sexe, la religion et l'orientation sexuelle.
«Évidemment que la discrimination est interdite, indique Mme St-Pierre. Mais je trouvais aberrant de voir que la notion d'égalité homme-femme n'était mentionnée nulle part dans le texte fondamental qu'est la charte. Pourtant, c'est une valeur fondamentale de notre société. Je trouvais très important que ce soit reflété clairement, parce que nous devons envoyer un message puissant en ce sens à toute la société. L'égalité des sexes doit habiter notre quotidien.»
Plusieurs gestes concrets
La ministre insiste toutefois sur le fait qu'il faut aussi envoyer des messages en multipliant les gestes significatifs. «Par exemple, le premier ministre en est à son deuxième conseil des ministres paritaire.»
De plus, adoptée en 2006, la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État exige notamment que la parité homme-femme soit atteinte dans l'ensemble des conseils d'administration des sociétés d'État à la fin de 2011.
«C'est une question très chère à M. Charest, et il s'informe souvent de l'évolution des choses dans ce dossier. Récemment, nous avons appris que la parité était atteinte dans 42 % des sociétés d'État», affirme Christine St-Pierre.
Pour la ministre, cette loi est capitale puisque, en plus d'envoyer un message aux entreprises privées, elle permet aux femmes d'investir les lieux de pouvoir. «Les femmes ont souvent des visions, des arguments et des intérêts différents de ceux des hommes et c'est important qu'elles les fassent valoir.»
La situation économique des femmes demeure toutefois préoccupante.
«On parle d'équité salariale, mais dans les faits, au Québec, pour des emplois équivalents, les femmes gagnent encore 70 % du salaire des hommes», déplore Mme St-Pierre.
Alors que 60 % des travailleurs au salaire minimum sont des femmes, le gouvernement du Québec a annoncé récemment que le taux horaire minimum passerait de 8,50 $ à 9 $ l'heure le 1er mai prochain. «Il y a clairement ici une volonté d'améliorer les conditions économiques des femmes», affirme la ministre.
Toutefois, si on voit des pas en avant, on voit aussi des pas en arrière. Dans son dernier budget, le gouvernement Harper a annoncé qu'il supprimerait le droit des femmes occupant un poste dans la fonction publique fédérale de recourir aux tribunaux afin d'exiger un salaire égal pour un travail équivalent.
«Ce n'est vraiment pas une bonne décision pour les femmes, dénonce Mme St-Pierre. C'est la preuve qu'il faut demeurer attentif à tout ce qui se passe et continuer de se battre pour faire progresser les choses.»
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