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    Exportations d'électricité - Retour des contrats à long terme avec les États-Unis

    Béchard met le plan stratégique d'Hydro-Québec à la poubelle

    4 février 2009 |La Presse canadienne | Québec
    Québec — Même si Hydro-Québec tire de juteux profits du marché à court terme (spot) aux États-Unis, le gouvernement Charest entend revenir aux contrats à long terme pour la vente d'électricité aux Américains, une formule chère à Robert Bourassa au moment du développement de la Baie James.

    Il s'agit d'un changement majeur dans les orientations stratégiques d'Hydro-Québec qui, depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux en 2003, mettait l'accent sur la sécurité énergétique des Québécois et la vente dans le marché spot. «À partir du moment où l'administration américaine parle d'énergie verte [...], ça veut dire, potentiellement pour nous, plus d'exportations», a fait valoir Claude Béchard, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, en annonçant que le plan stratégique d'Hydro-Québec 2009-13, que la société d'État devait présenter il y a quelques jours, était bon pour la poubelle. Son dévoilement est reporté au 1er août prochain et il sera étudié en commission parlementaire à l'automne. Le ministre a indiqué qu'il n'était «pas satisfait» des grandes orientations de ce plan.

    La nouvelle politique énergétique de l'administration Obama — exigence en matière d'énergie renouvelable, mise sur pied d'un système national de droits d'échange d'émissions et promotion des véhicules électriques — représente «une occasion unique d'affaires pour l'avenir», a soutenu M. Béchard. «C'est de faire en sorte que nous soyons le réservoir d'énergie verte des Américains» comme l'est l'Alberta pour le pétrole.

    Le ministre a aussi mentionné que le plan stratégique d'Hydro-Québec devait davantage insister sur le Plan Nord, un plan de développement du Grand Nord québécois dont le premier ministre Jean Charest a fait la promotion durant la campagne électorale.

    Alors qu'en 2003 Hydro-Québec affirmait que le projet de centrale du Suroît était essentiel à la sécurité énergétique du Québec, un projet avorté, le producteur d'électricité est aujourd'hui aux prises avec un surplus d'électricité que le ralentissement économique n'a fait qu'accentuer. Il s'agit d'un facteur conjoncturel, mais les prévisions sont à la hausse de toute façon. Selon l'analyste Jean-François Blain, les surplus d'électricité passeront de 16 TWh en 2009 à 24,5 TWh puis à 32 TWh une fois le complexe de la rivière Romaine en service vers 2020.

    Aussi, Hydro-Québec entend tripler sa capacité actuelle d'exportation d'électricité avec la construction d'une ligne de 1200 MW avec l'Ontario et d'une ligne de même puissance avec les États-Unis.

    En décembre dernier, Hydro-Québec, par l'entremise de sa filiale HQ Energy Services (US), s'est associée à deux distributeurs d'électricité américains pour présenter une demande auprès de la Federal Energy Regulatory Commission américaine (FERC) en vue de la construction d'une ligne de haute tension de la frontière du Québec au sud du New Hampshire. Le coût du projet, mené par Northeast Utilities Service Company (NUSCO) et NSTAR Electric Company, pourrait atteindre un milliard de dollars. Ce projet est lié à un contrat d'approvisionnement ferme d'une durée de 20 ans qu'Hydro-Québec et les deux distributeurs de la Nouvelle-Angleterre doivent conclure. La demande présentée devant la FERC ne vise que la «structure» de l'entente, notamment le fait qu'il s'agit d'une ligne qui est réservée aux signataires et n'est donc pas accessible à d'autres compagnies d'électricité. Les tarifs feront l'objet d'une demande ultérieure.

    Selon Marie Archambault, porte-parole d'Hydro-Québec, la société d'État suit «le même principe que pour le complexe La Grande», c'est-à-dire conclure des contrats à long terme jusqu'à ce que la demande québécoise soit suffisante pour absorber la production supplémentaire de la centrale de la Romaine.

    Ces dernières années, Hydro-Québec a fait son pain et son beurre du marché spot américain. Ainsi, en 2007, Hydro-Québec a réalisé un peu moins de 10 % de ses ventes totales sur ce marché à raison de 8 cents le kW. Or la société d'État tire la moitié de ses profits de ses ventes aux États-Unis.

    Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole en matière d'énergie de l'opposition officielle, a dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement retient le plan stratégique d'Hydro-Québec. Il a rappelé que ce plan devait être déposé il y a un an. «Ça veut dire que le gouvernement Charest cache quelque chose aux actionnaires d'Hydro-Québec, c'est-à-dire à tous les Québécois», juge-t-il.

    Du côté des écologistes, on soutient toujours que le projet de la Romaine n'est aucunement justifié. Anne-Marie Saint-Cerny, de la Fondation Rivières, croit que le Québec est en train de manquer le train des technologies vertes. «Ça me rappelle beaucoup le "Drill, baby, drill" lors de la présidentielle américaine. Mais, ici, c'est "Dam, baby, dam".»

    Pas de privatisation

    Claude Béchard a rejeté du revers de la main, hier, la proposition de Claude Garcia, ancien président de la Standard Life, de privatiser complètement Hydro-Québec. Son gouvernement est «un héritier de la philosophie» de Robert Bourassa, de René Lévesque et de Jean Lesage, a-t-il souligné. «J'aime mieux voir les bénéfices d'Hydro-Québec [...] revenir dans les poches de tous les Québécois plutôt que dans les poches de quelques actionnaires.»

    Selon l'étude de Claude Garcia, faite pour le compte de l'Institut économique de Montréal, la privatisation d'Hydro-Québec enrichirait l'État québécois ainsi que tous les Québécois. Toutefois, l'opération se traduirait par une hausse importante des tarifs d'électricité et même par un exode de certaines entreprises énergivores, a-t-il reconnu.

    Claude Garcia en a faire rire quelques-uns lorsqu'il a évoqué les bienfaits de payer l'électricité au prix du marché, «de la même façon qu'on paie notre pétrole». «Pourquoi l'État se mêle-t-il de produire de l'électricité?, a-t-il demandé. On ne produit pas la nourriture alors que c'est un bien encore plus essentiel.»

    Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, tenait à être présent au lancement de l'étude, lui qui a proposé une privatisation partielle d'Hydro lors de la dernière campagne électorale.

    M. Dumont a noté que les «prémisses de départ» de Claude Garcia étaient les mêmes que celles de son parti, mais il a soutenu que le modèle de l'ancien assureur était «plus radical» que celui de l'ADQ. «Moi, je ne suis pas prêt à aller aussi loin que ça», a-t-il dit.

    Avec La Presse canadienne
     
     
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