Le PQ nouveau
Le gouvernement Charest a fait face cette semaine à l'Assemblée nationale à une opposition unie et dynamique
Photo : Agence Reuters
L’autorité de Pauline Marois sur le PQ ne fait plus de doute.
Québec — Pauline Marois n'a pas manqué une occasion cette semaine de dénoncer l'inutilité de la session extraordinaire de trois jours au cours de laquelle les députés du nouveau gouvernement Charest et de l'opposition ont croisé le fer pour la première fois à l'Assemblée nationale. Les deux périodes de questions de mercredi et jeudi ont pourtant donné un avant-goût de la force de l'opposition officielle formée de 51 élus du Parti québécois et de ce qui attend les libéraux lorsque la véritable session commencera en mars.
«Le Parti québécois a retrouvé son âme, a confié un député libéral. Tout ce qu'on a pu faire, c'est jouer du bon hockey défensif. C'est pas comme ça qu'on marque des buts.» De fait, si le PQ continue sur sa lancée, il pourrait s'avérer la meilleure opposition officielle à l'Assemblée nationale depuis la députation libérale de la fin des années 90.
En 2007, l'opposition officielle formée de 41 députés adéquistes manquait manifestement d'expérience. Il a fallu un an avant que la plupart d'entre eux ne sortent de l'amateurisme. Qui plus est, d'être passé si près de prendre le pouvoir a semblé brouiller le jugement de Mario Dumont, ce qui s'est soldé par le recours à des tactiques douteuses, comme son absence lors des négociations du premier budget du gouvernement Charest et la motion de défiance sur l'abolition des commissions scolaires que l'ADQ a présentée à l'automne 2007 sans jamais y croire.
Assommé par la défaite en 2003, le PQ dirigé par Bernard Landry retrouvait les banquettes de l'opposition. Peu de temps s'est écoulé avant que Pauline Marois et François Legault ne se lancent dans une course larvée pour remplacer le chef affaibli. Le parti était profondément divisé. Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, parlait alors «d'un cancer qui rongeait le PQ». Bernard Landry démissionnait avec fracas au printemps 2005 à l'issue d'un vote de confiance décevant, une décision qu'il a amèrement regrettée par la suite. Puis, une interminable course à sa succession a couronné André Boisclair, qui a conduit son parti à l'abattoir en 2007. L'opposition officielle que formait le PQ n'a jamais pu s'imposer en dépit des maladresses du gouvernement Charest qui se sont multipliées.
Il en est tout autrement aujourd'hui. Même si Jacques Parizeau a déjà dit qu'une victoire morale, ce n'était rien d'autre qu'une défaite, l'élection des 51 députés en décembre a galvanisé les troupes péquistes, tellement que, le 8 décembre au soir, Pauline Marois donnait l'impression que c'était elle qui avait remporté la victoire. Son autorité sur son parti, qualifié d'ingérable par plusieurs, est désormais solidement ancrée. Pour l'heure, même le SPQ libre mange dans sa main.
Des députés aguerris
À l'Assemblée nationale cette semaine, les députés péquistes ont fait preuve de dynamisme et d'à-propos. Une impression d'unité se dégageait des troupes de Pauline Marois; chacun semblait bien connaître son rôle.
Les députés, dont bon nombre ont une solide expérience de parlementaire, ont adressé aux ministres des questions pertinentes, précises et souvent difficiles pour le gouvernement. Les nouveaux élus péquistes ont montré une belle assurance lors de leur première prestation. Ce fut le cas de la députée de Joliette, Josée Hivon, de la députée d'Iberville, Marie Bouillé, et de l'incontournable député de La Prairie, François Rebello, dont on connaît la faconde. Le leader parlementaire péquiste, Stéphane Bédard, s'est montré juste assez tatillon pour montrer à son homologue libéral, Jacques Dupuis, qu'il ne s'en laissera pas imposer.
Dans l'ensemble, les ministres libéraux ont bien répondu aux salves de l'opposition. Talonné par le député de Gouin, Nicolas Girard, le nouveau ministre de la Famille, Tony Tomassi, a dû justifier les multiples hausses de tarifs qu'ont dû subir les familles québécoises. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, qui a autorisé Abitibi-Bowater à fermer son usine de Donnacona sans que la multinationale ait à payer les pénalités prévues, est toujours aussi mal à l'aise avec ce dossier. Il est apparu décontenancé quand la députée de Taschereau, Agnès Maltais, l'a interrogé sur une étude montrant la viabilité de l'usine qu'il a condamnée.
La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a dû répondre à plusieurs questions sur les pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le député de Rousseau, François Legault, le député adéquiste de Shefford, François Bonnardel, et Mario Dumont se sont relayés. La ministre a fait valoir que le portefeuille du richissime investisseur américain, Warren Buffett, avait perdu 32 % de sa valeur l'an dernier, comme si cette donnée avait quelque chose de rassurant. Mme Jérôme-Forget a aussi affirmé que personne ne connaissait la composition des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) au moment de les acheter, des titres problématiques que la Caisse a acquis en masse.
Des dossiers épineux
La question du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), et plus généralement l'enjeu des partenariats public-privé (PPP), est revenue sur le tapis: le député de Richelieu, Sylvain Simard, a relevé l'information voulant que la firme australienne Babcock and Brown, le bras financier d'un des deux consortiums en lice pour construire le CHUM, serait à deux doigts de la faillite. Un autre groupe financier prendra sa place, a tout simplement édicté Mme Jérôme-Forget. La formule des PPP est excellente puisque «tous le font», a-t-elle raisonné. Un ancien consultant du CHUM a dénoncé l'application de la formule des PPP, a aussi soulevé M. Simard. «C'est un consultant qui a développé des frustrations», a répliqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc. «On peut toujours trouver quelqu'un qui dit le contraire.»
Bref, l'opposition péquiste n'a pas perdu de temps avant d'exploiter des dossiers qui sont autant d'épines dans le pied d'un gouvernement qui en est tout de même à son troisième mandat, bien que son deuxième mandat ait été écourté. Le premier ministre Jean Charest peut bien parler de «l'esprit de collaboration» qui doit animer les élus en ces temps difficiles, nous sommes revenus dans la dynamique classique du système parlementaire britannique où l'opposition... s'oppose. C'est d'autant plus vrai que le PQ peut aspirer à former le prochain gouvernement dans quatre ans, en espérant que l'usure du pouvoir fasse son oeuvre chez les libéraux.
«Le Parti québécois a retrouvé son âme, a confié un député libéral. Tout ce qu'on a pu faire, c'est jouer du bon hockey défensif. C'est pas comme ça qu'on marque des buts.» De fait, si le PQ continue sur sa lancée, il pourrait s'avérer la meilleure opposition officielle à l'Assemblée nationale depuis la députation libérale de la fin des années 90.
En 2007, l'opposition officielle formée de 41 députés adéquistes manquait manifestement d'expérience. Il a fallu un an avant que la plupart d'entre eux ne sortent de l'amateurisme. Qui plus est, d'être passé si près de prendre le pouvoir a semblé brouiller le jugement de Mario Dumont, ce qui s'est soldé par le recours à des tactiques douteuses, comme son absence lors des négociations du premier budget du gouvernement Charest et la motion de défiance sur l'abolition des commissions scolaires que l'ADQ a présentée à l'automne 2007 sans jamais y croire.
Assommé par la défaite en 2003, le PQ dirigé par Bernard Landry retrouvait les banquettes de l'opposition. Peu de temps s'est écoulé avant que Pauline Marois et François Legault ne se lancent dans une course larvée pour remplacer le chef affaibli. Le parti était profondément divisé. Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, parlait alors «d'un cancer qui rongeait le PQ». Bernard Landry démissionnait avec fracas au printemps 2005 à l'issue d'un vote de confiance décevant, une décision qu'il a amèrement regrettée par la suite. Puis, une interminable course à sa succession a couronné André Boisclair, qui a conduit son parti à l'abattoir en 2007. L'opposition officielle que formait le PQ n'a jamais pu s'imposer en dépit des maladresses du gouvernement Charest qui se sont multipliées.
Il en est tout autrement aujourd'hui. Même si Jacques Parizeau a déjà dit qu'une victoire morale, ce n'était rien d'autre qu'une défaite, l'élection des 51 députés en décembre a galvanisé les troupes péquistes, tellement que, le 8 décembre au soir, Pauline Marois donnait l'impression que c'était elle qui avait remporté la victoire. Son autorité sur son parti, qualifié d'ingérable par plusieurs, est désormais solidement ancrée. Pour l'heure, même le SPQ libre mange dans sa main.
Des députés aguerris
À l'Assemblée nationale cette semaine, les députés péquistes ont fait preuve de dynamisme et d'à-propos. Une impression d'unité se dégageait des troupes de Pauline Marois; chacun semblait bien connaître son rôle.
Les députés, dont bon nombre ont une solide expérience de parlementaire, ont adressé aux ministres des questions pertinentes, précises et souvent difficiles pour le gouvernement. Les nouveaux élus péquistes ont montré une belle assurance lors de leur première prestation. Ce fut le cas de la députée de Joliette, Josée Hivon, de la députée d'Iberville, Marie Bouillé, et de l'incontournable député de La Prairie, François Rebello, dont on connaît la faconde. Le leader parlementaire péquiste, Stéphane Bédard, s'est montré juste assez tatillon pour montrer à son homologue libéral, Jacques Dupuis, qu'il ne s'en laissera pas imposer.
Dans l'ensemble, les ministres libéraux ont bien répondu aux salves de l'opposition. Talonné par le député de Gouin, Nicolas Girard, le nouveau ministre de la Famille, Tony Tomassi, a dû justifier les multiples hausses de tarifs qu'ont dû subir les familles québécoises. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, qui a autorisé Abitibi-Bowater à fermer son usine de Donnacona sans que la multinationale ait à payer les pénalités prévues, est toujours aussi mal à l'aise avec ce dossier. Il est apparu décontenancé quand la députée de Taschereau, Agnès Maltais, l'a interrogé sur une étude montrant la viabilité de l'usine qu'il a condamnée.
La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a dû répondre à plusieurs questions sur les pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le député de Rousseau, François Legault, le député adéquiste de Shefford, François Bonnardel, et Mario Dumont se sont relayés. La ministre a fait valoir que le portefeuille du richissime investisseur américain, Warren Buffett, avait perdu 32 % de sa valeur l'an dernier, comme si cette donnée avait quelque chose de rassurant. Mme Jérôme-Forget a aussi affirmé que personne ne connaissait la composition des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) au moment de les acheter, des titres problématiques que la Caisse a acquis en masse.
Des dossiers épineux
La question du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), et plus généralement l'enjeu des partenariats public-privé (PPP), est revenue sur le tapis: le député de Richelieu, Sylvain Simard, a relevé l'information voulant que la firme australienne Babcock and Brown, le bras financier d'un des deux consortiums en lice pour construire le CHUM, serait à deux doigts de la faillite. Un autre groupe financier prendra sa place, a tout simplement édicté Mme Jérôme-Forget. La formule des PPP est excellente puisque «tous le font», a-t-elle raisonné. Un ancien consultant du CHUM a dénoncé l'application de la formule des PPP, a aussi soulevé M. Simard. «C'est un consultant qui a développé des frustrations», a répliqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc. «On peut toujours trouver quelqu'un qui dit le contraire.»
Bref, l'opposition péquiste n'a pas perdu de temps avant d'exploiter des dossiers qui sont autant d'épines dans le pied d'un gouvernement qui en est tout de même à son troisième mandat, bien que son deuxième mandat ait été écourté. Le premier ministre Jean Charest peut bien parler de «l'esprit de collaboration» qui doit animer les élus en ces temps difficiles, nous sommes revenus dans la dynamique classique du système parlementaire britannique où l'opposition... s'oppose. C'est d'autant plus vrai que le PQ peut aspirer à former le prochain gouvernement dans quatre ans, en espérant que l'usure du pouvoir fasse son oeuvre chez les libéraux.
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