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Le temps qui passe

Michel David   10 janvier 2009  Québec
Le gouvernement Charest a-t-il, oui ou non, l'intention de reculer sur la privatisation des services de santé?

Le report au 30 septembre du règlement prévu à la loi 33, qui établit la liste d'une cinquantaine d'interventions chirurgicales pouvant être pratiquées dans des cliniques privées de même que les conditions de leur exécution, donne lieu à des interprétations contradictoires.

L'opposition péquiste et les centrales syndicales, généralement si soupçonneuses, craignant toujours un nouveau coup fourré, ont choisi de crier victoire. «Le gouvernement se met à l'écoute. J'ai parlé au ministre Bolduc et il a clairement indiqué qu'il ne cherche pas à élargir la pratique médicale privée», a déclaré la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Le porte-parole du PQ en matière de santé, Bernard Drainville, a également conclu que le gouvernement s'était «rendu aux arguments» des partisans d'un système de santé résolument public, ajoutant toutefois que l'élimination pure et simple du règlement aurait été préférable.

Pourtant, l'attachée de presse du ministre de la Santé a été catégorique: «Ça n'a rien à voir avec un désistement de notre part. On continue dans notre volonté d'encadrer le travail des cliniques privées [...] Il restait certaines zones d'ombre, notamment pour les modalités d'obtention des permis.»

Les dispositions législatives requises étaient incluses dans un projet de loi cadre qui n'a pas pu être adopté avant le déclenchement des élections, le 5 novembre dernier, de sorte qu'un nouveau projet de loi est actuellement en cours de rédaction, a-t-elle expliqué.

Jusqu'à présent, les syndicats et le PQ n'avaient accordé aucune foi aux assurances données par le gouvernement, quand il soutenait que la loi 33 ne remettait pas en question l'intégrité du système public. Maintenant qu'il confirme sa volonté de mettre la réglementation en vigueur, ils y voient un recul. Comment le commun des mortels peut-il s'y retrouver?

***

À l'occasion d'un voyage en Europe, en janvier 2004, le premier ministre avait expliqué sur les ondes d'une station radiophonique britannique que la clé du succès pour un gouvernement était de faire adopter les mesures les plus controversées durant la première année de son mandat. Plus les élections se rapprochaient, plus cela devenait difficile.

D'ailleurs, si M. Charest avait observé ce précepte durant son premier mandat, la réélection des libéraux aurait peut-être été moins problématique au printemps 2007. On peut penser qu'il a retenu la leçon.

Si le gouvernement avait absolument tenu à ce que la réglementation prévue à la loi 33 entre en vigueur le 5 janvier, comme cela était prévu, il aurait très bien pu faire adopter les dispositions nécessaires à l'Assemblée nationale avec l'appui de l'ADQ.

À partir du moment où les stratèges libéraux voulaient faire de l'économie l'unique enjeu de la campagne électorale, il aurait cependant été maladroit de lancer un débat parallèle sur la place du privé dans le système de santé, qui aurait immanquablement dégénéré en procès de la «médecine à deux vitesses». La reconversion éthiquement douteuse de Phlippe Couillard dans le commerce des soins de santé a laissé un goût amer à plusieurs, qui y ont vu la preuve que le gouvernement avait bel et bien un programme caché.

De là à conclure qu'il a définitivement renoncé à son projet, il y a cependant un pas que les centrales syndicales et le PQ ne sont certainement pas assez naïfs pour franchir aussi allègrement. Selon ce que M. Charest avait expliqué en 2004 aux électeurs britanniques, il a un an pour y donner suite. Après quoi, il disposera de trois autres années pour laisser retomber la poussière.

***

Tout le monde reconnaît la nécessité de mieux encadrer la pratique privée, notamment la chirurgie esthétique, comme l'a démontré la malheureuse expérience de la fondatrice de Cinar, Micheline Charest. Encadrer et limiter sont cependant deux choses différentes. L'encadrement peut très bien servir de prétexte à un élargissement.

Le report au 30 septembre de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation offre néanmoins un répit aux opposants à la loi 33. Au moment où la population est préoccupée presque entièrement par la situation économique, la mobilisation risque toutefois d'être difficile.

Le PQ réclame la convocation d'une commission parlementaire pour débattre encore une fois de la place du privé en santé, mais il y a des limites à multiplier les consultations. Au cours des dernières années, trois commissions ont été créées et elles ont toutes plaidé en faveur d'une plus grande ouverture. À en croire les sondages, les Québécois y sont également disposés.

«Oui, mais je pense que, si on explique aux Québécois qu'il y a moyen de régler les problèmes en travaillant sur le système de santé, en prenant les moyens d'améliorer, en leur donnant accès à un médecin de famille, en améliorant l'efficacité des blocs opératoires...», a répliqué Bernard Drainville jeudi.

Précisément, la population est lasse de ces explications qu'on lui a serinées au fil des ans, alors que la situation ne cessait de se détériorer, peu importe le parti au pouvoir. Finalement, la plus grande menace pour le système public est peut-être le temps qui passe.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    samedi 10 janvier 2009 09h10
    Poser la question c'est y répondre
    « Poser la question : Le gouvernement Charest a-t-il, l'intention de reculer sur la privatisation des services de santé? C'est y répondre.

    1. L'agenda de M. Charest est demeuré inchangé et il n'a fait aucune annonce à cet effet.
    2. Le délai stratégique et technique qu'il s'impose n'a rien d'un recul ou d'un retrait sur la question.
    3. L'intégration de l'ex Ministre Couillard au soutien stratégique de McGill (le fer de lance de cette vision) n'a rien d'un hasard puisqu'il adjoint a cette institution un défenseur qui bénéficie des contacts qu'un ex ministre des Affaires Sociales jouit lorsque le gouvernement au pouvoir est demeuré inchangé.

    Le gouvernement Charest ne reculera en rien sur cette question à moins d'un rapport de forces tellement important, s'opposant à ce projet, qu'il ne puisse agir autrement. Un tel rapport de force n'a rien à voir avec la simple opposition des centrales syndicales déjà prise en compte par le PLQ.
    4. De même la préparation et le soutien technique du Groupe Gesca lui sont entièrement acquis sur cette question.

    Donc fort de plusieurs appuis de taille, Jean Charest maintien l'agenda à l'ordre du jour selon le barème déjà établi. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    samedi 10 janvier 2009 10h21
    Ça fait assez longtemps qu'on en parle sans résultats
    « Ça fait assez longtemps qu'on en parle sans résultats pour que nous ne puissions plus croire ou encore moins croire aux promesses en paroles de Charest.
    Et malheureusement il est devenu majoritaire, ce qui lui donne pour 5 ans la parole sans passer aux actes... »

  • Richard Dupuis
    Inscrit
    samedi 10 janvier 2009 12h56
    Ça ne pourrait vraiment pas être pire
    « Depuis tant d'années que l'on promet mer et monde, pour améliorer le système de santé, et ce sans recourir au privé,...

    Depuis tant d'années que l'on injecte de nouveaux milliards de dollars, sans aucun changement notable,...

    Depuis tant d'années que l'on entend des histoires d'horreur, sur ce qui se passe dans plusieurs hôpitaux, au Québec,...

    ...je crois que le privé, en santé, devrait avoir sa chance. En fait, c'est l'un des seuls trucs qui ne furent pas essayés, au fil des ans, tous partis confondus. Ou si peu; dans les trois opérations-types qui furent accordées, au privé, il y a déjà quelque temps, y a-t-il vraiment eu abus, de la part du privé? S'il y en avait, on le saurait!

    Québec solidaire, si l'on se fie à leurs pancartes, lors de la dernière élection, se dit contre "le profit sur la maladie"; actuellement, ce sont les centrales syndicales, qui font du profit sur la maladie. Évidemment, elles ne veulent pas perdre leur situation de monopole syndicalo-étatique, parce qu'elles ont de belles tours d'ivoire à entretenir, maintenant; après tout, Bell a perdu des plumes, suite à la perte de son monopole, en services téléphoniques. Les centrales syndicales oublient, par contre, que le consommateur, surtout au niveau des tarifs d'appels interurbains, fut le grand gagnant de l'avènement de la concurrence, dans ce domaine.

    Quand on regarde la situation dans laquelle nous a mené le monopole syndicalo-étatique, je suis d'avis qu'avec l'entrée du secteur privé, et surtout de la concurrence (nous avons le droit de rêver), dans le domaine de la santé, ça ne pourrait vraiment pas être pire. »

  • Fernand Lavigne
    Abonné
    samedi 10 janvier 2009 13h56
    Le privé dans les soins de santé, une nécessité de raison
    « Les Libéraux doivent donc demeurer fermes dans leur décision.

    Plusieurs raisons militent en faveur d'une place étendue du privé dans les soins de santé. Il y a d'abord le labyrinthe structurel, des raisons économiques et principalement des raisons de qualité, de célérité et d'adaptation aux besoins particuliers auxquelles une structure étatique n'est plus en mesure de répondre, même avec l'ajout de sommes colossales et la bonne volonté des ministres qui se sont succédé, sans résultats déterminants.

    D'ailleurs, précisons que le vent en opposition au privé vient principalement du côté des syndicats. Pour des raisons manifestement corporatives, la venue du privé menace le milieu syndical d'une part importante de membres qui leur sont présentement assurés. Le privé a l'avantage de briser un monopole d'État et syndical. Bien que la vigilance doit guider l'État à ne pas remplacer un monopole étatique par un autre du secteur privé.

    Fernand Lavigne »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    dimanche 11 janvier 2009 07h55
    Le privé dans la santé
    « Si je ne m'abuse, les chirurgiens sont limités dans leur accessibilité aux salles d'opérations. Apparemment, ils ne peuvent pas faire plus qu'un certain nombre d'opérations dans une journée. Or, si cela est vrai, ils devraient avoir le droit d'opérer à leur propre comte après avoir utilisé toutes les heures disponibles des salles d'opération. Si le goubernement ne veut pas qu'ils travaillent au privé, qu'il cesse de limiter leur accès aux salles d'opération. Si je suis dans l'erreur, j'apprécierais qu'on me corrige. »

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