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Généreux avec les compagnies, chiche avec les hôpitaux

Le PQ a multiplié les crédits d'impôt aux sociétés plutôt que d'investir dans la santé, dénonce Jean Charest

Tommy Chouinard   14 mars 2003  Québec
Le chef libéral Jean Charest, accompagné du député sortant de Châteauguay, Jean-Marc Fournier.
Photo : Jacques Nadeau
Le chef libéral Jean Charest, accompagné du député sortant de Châteauguay, Jean-Marc Fournier.
Entre subventionner la compagnie IBM ou la Cité du commerce électronique et financer l'hôpital Sainte-Justine, le chef libéral choisit la dernière option. S'il est élu, Jean Charest promet en effet de faire un «grand ménage» dans les crédits d'impôt consentis par l'État aux grandes entreprises afin de dégager des fonds qui seront réinvestis dans le système de santé. Toutefois, le chef libéral n'est pas en mesure d'évaluer clairement les sommes qui seraient épargnées, ni d'identifier plusieurs crédits d'impôt qui seraient ainsi éliminés, et le programme libéral n'en fait pas plus mention.

Lors d'un point de presse tenu hier devant l'hôpital Sainte-Justine de Montréal, Jean Charest a expliqué que les subventions aux entreprises sous forme de congés fiscaux ont augmenté de 1,3 milliard de dollars entre 1996 et 2003, passant de 800 millions à 2,1 milliards. «Au Québec, on dépense quatre fois plus que l'Ontario en subventions et en crédits d'impôt, alors qu'on a 50 % moins de population. On reçoit en deçà de 18 % des investissements privés au Canada alors que nous avons 24 % de la population. C'est donc dire que les résultats ne sont pas au rendez-vous. C'est un mauvais choix du gouvernement», a-t-il lancé.

Plus tôt dans la journée, M. Charest s'est rendu sur le site de la Cité du commerce électronique pour appuyer ses dires. Il a dénoncé des crédits d'impôt de 76 millions de dollars accordés pour l'année 2003 par le gouvernement Landry aux entreprises en haute technologie qui s'installent dans la Cité du commerce électronique. Entre autres, la compagnie IBM a pu obtenir un crédit d'impôt de 17,2 millions de dollars sur 10 ans pour déménager ses locaux dans la nouvelle Cité. «Nous, on va discontinuer ce programme. Il n'est pas question d'agir rétroactivement. Il ne sera pas question de continuer avec ce genre de programme qui pour nous est absurde», a-t-il affirmé.

Par contre, outre les crédits d'impôt consentis à la Cité du commerce électronique, le chef libéral n'a pu citer qu'un seul autre exemple précis de congés fiscaux que son gouvernement abolirait une fois au pouvoir, c'est-à-dire ceux consentis à l'industrie des courses de chevaux. «Il y en a toute une série», a-t-il ajouté, sans autre précision.

De plus, même si le programme libéral dévoilé il y a six mois dispose d'un cadre financier précis, chiffres à l'appui, le document n'indique pas quelles seraient les sommes dégagées par la révision des programmes de subventions et des crédits fiscaux aux entreprises. Aucun montant n'est inscrit dans les colonnes de chiffres du programme vis-à-vis de cet élément. Qui plus est, cette mesure pourrait permettre, selon le même document, de financer une réduction de la taxe sur le capital des grandes entreprises, et non un réinvestissement dans le système de santé.

Jean Charest n'a pas été en mesure d'évaluer clairement combien d'argent pourrait ainsi être épargné par la réduction du nombre de crédits d'impôt. «On va les diminuer... On ne veut pas être dogmatique. On veut qu'on puisse revenir aux vraies valeurs de base, que chaque dollar dépensé soit justifié», a-t-il souligné.

À ceux qui l'accusent de verser dans la démagogie en liant le manque de financement de l'hôpital Sainte-Justine aux subventions accordées à la Cité du commerce électronique, M. Charest répond qu'«au contraire, c'est la réalité, il n'y a pas d'exagération». «Il faut faire cette comparaison, car les contribuables québécois, qui sont les plus taxés en Amérique du Nord, sont en train de donner de l'argent à leur gouvernement qui le donne à des compagnies qui n'en ont pas besoin, pour des emplois qui existent déjà, alors que cet argent devrait être transféré en santé», a-t-il expliqué.

Pourtant, le budget Marois déposé mardi prévoit une hausse de 1,4 milliard de dollars en santé pour l'année 2003-04, notamment grâce aux quelque 800 millions de dollars provenant d'Ottawa. «Ces budgets ne sont pas récurrents, les médecins [de l'hôpital Sainte-Justine] ont pris la peine de nous le dire. [...] Il a fallu sept ans pour faire approuver l'agrandissement de l'urgence, il manque deux millions pour la mise en chantier. Le plan de réfection du département de néonatalogie est en attente depuis dix ans et a reçu le tiers du budget. L'unité de soins intensifs a besoin de 24 lits supplémentaires. Le bloc opératoire doit être refait et doté de nouveaux équipements. Ça, c'est la réalité d'aujourd'hui à Sainte-Justine, à laquelle n'a pas répondu Bernard Landry», a affirmé M. Charest.

Jean Charest a dévoilé hier son «équipe santé», composée de dix membres. Le candidat dans Mont-Royal et directeur du département de chirurgie au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Philippe Couillard, et le candidat dans Robert-Baldwin et ex-directeur de l'Institut de cardiologie de Montréal, Pierre Marsan, en font notamment partie.

Le député sortant de Châteauguay et porte-parole du PLQ en matière de santé, Jean-Marc Fournier, est aussi membre de l'équipe santé. Son chef Jean Charest s'est rendu hier soir à son lancement de campagne au restaurant Le Rustik de Châteauguay. Normal, puisque l'élection n'est pas gagnée pour M. Fournier.

Le redécoupage de sa circonscription, causé par la nouvelle carte électorale adoptée en décembre 2001 et maintenant en vigueur, rend sa réélection incertaine. M. Fournier avait remporté l'élection de 1998 par seulement 4 % des voix. La partie annexée à sa circonscription, qui appartenait autrefois au comté de La Prairie, est très péquiste. Si la nouvelle carte avait été effective en 1998, M. Fournier aurait perdu l'élection par un peu plus de 1100 voix.
 
 
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