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Le cabinet Charest - La continuité

Bernard Descôteaux   19 décembre 2008  Québec
Assermenté premier ministre une troisième fois, Jean Charest a formé hier l'équipe ministérielle sur laquelle il s'appuiera pour mettre en oeuvre un programme consacré en priorité à l'économie. À peu de choses près, ce nouveau cabinet est la copie conforme du précédent.

À l'aube d'une récession, le premier ministre se devait de miser sur la continuité. Il n'avait aucun motif sérieux de se livrer au traditionnel jeu de chaises musicales. Il aurait mis en péril la cohésion qui a fait le succès de son équipe ces 18 derniers mois. Mieux valait s'en tenir à quelques retouches.

Portant le nombre de fauteuils ministériels à 26, Jean Charest a pu réduire la charge de travail de certains ministres. C'est le cas de Monique Jérôme-Forget, qui était ministre des Finances et de présidente du Conseil du trésor. Ce double mandat, qui lui avait été confié pour assurer un meilleur contrôle sur les finances publiques, lui conférait un pouvoir considérable. Dans le contexte économique actuel, sa tâche allait devenir trop lourde.

En retirant la présidence du Conseil du trésor à Mme Jérôme-Forget pour la confier à Monique Gagnon-Tremblay, M. Charest rééquilibre les rapports entre ministres. Les arbitrages finaux se feront ainsi plus souvent au Conseil des ministres ou au bureau du premier ministre même. L'arrivée de Madame Gagnon-Tremblay au Trésor ne doit pas être vue par contre comme la fin de la gestion serrée instituée par sa prédécesseure. Elle a une poigne tout aussi solide.

Monique Jérôme-Forget continuera, malgré ce changement, d'être le numéro deux du gouvernement. Comme responsable des infrastructures, elle sera le fer de lance du plan d'action gouvernemental pour affronter la récession. L'essentiel des efforts visera à créer des emplois par la réfection des grandes infrastructures routières et la réalisation de quelques grands projets institutionnels. Elle sera sur la ligne de front pour obtenir la collaboration du gouvernement fédéral pour le financement de ces projets. Elle fera équipe avec Raymond Bachand qui, au Développement économique, demeure un des principaux piliers du gouvernement.

Le noyau dur du gouvernement est composé de ministres qui travaillent avec M. Charest depuis 2003. Il fallait un peu de sang neuf, qu'apportera Kathleen Weil, nouvelle ministre de la Justice. Dotée d'un grand charisme et d'une solide expérience dans les milieux d'intervention sociale, la barre sera haute pour cette nouvelle élue. Elle le sera aussi pour Pierre Arcand et Tony Tomassi, que rien ne préparait à diriger les ministères des Relations internationales et de la Famille. La nomination de plusieurs ministres délégués augmentera le nombre de limousines, mais cela se justifie, ne serait-ce que pour préparer une relève.

Deux nominations sont à relever. En premier lieu, celle du vétéran Jacques Dupuis, aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Son style batailleur contrastera avec la diplomatie pratiquée par Benoît Pelletier. On peut y voir le signe que Jean Charest se prépare à des affrontements avec Ottawa, notamment pour élargir l'autonomie du Québec en matière culturelle.

Le choix de Pierre Corbeil comme ministre responsable des Affaires autochtones est par contre regrettable. D'abord parce que cet ancien ministre des Ressources naturelles a contrevenu au code d'éthique ministériel en entretenant après sa défaite, en 2007, des liens avec des compagnies minières. Ensuite parce que ces liens récents jettent un doute sur sa neutralité pour agir auprès des communautés autochtones du Nord, où plusieurs projets miniers sont en discussion. Les leaders autochtones ne lui font pas confiance. Bien mauvaise décision que celle-là, d'autant plus qu'il y avait en Geoff Kelly un député à la compétence incontestée en la matière.

Ce cabinet respecte, pour une deuxième fois, une stricte égalité hommes-femmes. Il sera maintenant difficile pour tout futur premier ministre d'échapper à la tradition qu'est en train d'établir Jean Charest. On voit mal Pauline Marois devenant première ministre lors des prochaines élections ne pas y souscrire. Dès lors, la parité deviendra une obligation.

Depuis longtemps, des groupes de femmes réclamaient l'adoption d'une loi obligeant les partis politiques à présenter aux élections un nombre égal de candidats et de candidates. Cela ne sera plus nécessaire. Pour s'assurer de pouvoir composer un Conseil des ministres paritaire, les chefs de parti n'auront d'autre choix que d'accroître le nombre de femmes candidates. Il faut reconnaître à Jean Charest le mérite d'avoir trouvé une formule simple, qui changera nos moeurs politiques.
 
 
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  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2008 02h38
    Et le protection du français ?
    M. Charest a donc du mérite sur plusieurs choses mais pas trop sur la protection et la promotion de la langue française qui se détériore rapidement, principalement à Montréal et sa banlieue proche dont il n'a pas dit mot dans son discours à l'assermentation de ses ministres. Est-ce à cause de la clientèle très anglophone du PLQ ?

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 08h01
    "Il est encore plus beau que jamais"(Monique Legault)
    Cette phrase vient de la charmeuse Lisa Frulla, prononcée à la télévision lors de la présentation du cabinet. Elle a manqué une belle occasion de se taire et j'ose espérer que Radio-Canada en choisira une autre en 2009 car nous en avons ras le bol de ces commentaires.

  • Claude Archambault
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2008 08h47
    M Bousquet
    Peut on s'occuper de l'économie, de la santé et de l'éducation. La langue elle viendra en temps et lieu. Avec des ressource limitées il faut savoir mettre nos priorité à la bonne place.

  • Pierrette L. Ste Marie
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 10h23
    Le français, la langue du Québec
    Le premier ministre Jean Charest doit rapidement se manifester en ce qui concerne l'importance de parler français au Québec, de travailler en français, de promouvoir le français auprès de tous les citoyens qui vivent ici et ce, dans des projets concrets.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2008 12h04
    @ M. Archambault
    Ça ne coûterait pas cher pour M. Charest de mieux protéger la langue française au Québec sauf pour la peur de perdre des votes de notre communauté anglophone pas mal full-libérale jusqu'ici.

  • Bernard Gervais
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 13h01
    La seule raison pour laquelle Charest a déclenché les élections !
    Jean Charest était plutôt satisfait de son équipe ministérielle d'avant le scrutin du 8 décembre. La preuve : son nouveau cabinet est presque le même. De plus, même si son gouvernement précédent était minoritaire, il aurait pu très bien le conserver pour faire face à la crise économique, car les partis d'opposition lui avaient offert leur entière collaboration à ce sujet.

    Alors, pourquoi ces élections dont personne ne voulait - sauf lui - bien entendu : uniquement pour obtenir une majorité de sièges lui permettant, entre autres, d'imposer celui qu'il veut comme président de la Chambre.

    Son argument électoral voulant qu'il fallait un gouvernement fort pour contrer la présente crise financière n'était qu'un alibi. Il a voulu nous prendre pour des valises. Heureusement que la majorité qu'il a obtenue est bien mince. On est loin des quelques 80 candidats qu'il pensait faire élire !

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 15h31
    L'image de la stabilité
    Charest sait depuis des décennies que tout est dans l'image. Ici, l'image de la stabilité. Mais les mois passeront et certains des ministres reportés à leur poste vont disparaître un à un, sans trop faire de bruit. Habile ce fafoin !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Pierre Brosseau
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2008 17h42
    Promouvoir le français ne coûte rien
    M. Archambault, promouvoir le français ne coûte rien ou si peu en terme de dollars, surtout si on fait le rapprochement avec les $2 Milliards d'aide aux entreprises que le gouvernement met sur la table sous forme de garanties de prêts, subventions non remboursables, formation, etc. La promotion du français ne coûte rien, mais demande surout une vision politique que n'a certainement pas M. Charest. À cet effet, que penser de la nomination de Mme Kathleen Weil au ministère de la Justice ? Jusqu'à quel point peut-on mettre de côté ses accointances avec Brent Tyler, Bill Johnson et les ex- d'Alliance Québec ?
    M. Descôteaux, dans son éditorial, a la plume bien trop légère à cet effet.

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