dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Questions d'image - Salut coloc !

Jean-Jacques Stréliski   15 décembre 2008  Québec
8 décembre 2008, il est 20h. Il fait -14 °C. Un temps à ne pas mettre un électeur dehors. Depuis 1967, date de mon arrivée au Québec, j'ai vite appris à reconnaître ce type de froid qu'on qualifie de «frette». Celui qui vous perce les os et vous glace le sang de ses bourrasques venues de l'Est. Une heure auparavant, j'ai voté dans une école déserte.

Confortablement installé devant ma télé, je regarde Radio-Canada. Je ressens toute la fébrilité de ces moments uniques que sont les soirées électorales à la télévision. Il règne une atmosphère particulière. Comme beaucoup, je sais que c'est probablement la dernière soirée électorale de Bernard Derome. Je me mets à sa place. Ce doit être émouvant. Ce type fait partie de notre univers, de notre vie. À mon tour, je réalise qu'il m'a accompagné durant trente ans de passion journalistique. J'ai l'impression de le connaître depuis toujours, même si je le connais fort peu. Au fil de mes déménagements, il a habité chez nous, au sous-sol, dans le salon, dans la salle à manger, dans la cuisine et même dans la chambre à coucher. À ce titre, Derome est un peu le coloc de tous les Québécois.

Et, un soir d'élection, c'est à lui que revient de droit l'honneur d'en proclamer le résultat — même basé sur une projection informatique.

Donc, ce soir-là, comme tout le monde, j'attends la célébrissime formule. À 20h34, elle tombe. La tradition, comme la tendance, s'est maintenue: «À 20h34, Radio-Canada annonce que, si la tendance se maintient, le prochain gouvernement sera formé par le Parti libéral et il sera... majoritaire.»

Pour le moment, je ne suis guère surpris. J'aurais pu fermer le poste, prendre un livre ou commencer une chronique, mais c'est plus fort que moi, il faut toujours que je me rende jusqu'à la fin de ces soirées télévisuelles que je trouve excitantes à souhait. Comme j'ai bien fait. Personne ne s'attendait à tant de rebondissements. Trente minutes après l'annonce «officielle», les choses ne sont pas aussi tendancielles qu'on pourrait le supposer et, la majorité annoncée par tous fond comme neige au soleil. Le doute s'installe, le suspens aussi. Toutes les conditions sont réunies pour apporter tout le piquant voulu à une soirée qui s'annonçait plate. Pour son dernier show d'élections, Derome sera comblé. Le taux de participation est ridiculement bas. Tous prédisaient que, dans de telles circonstances, cela profiterait aux libéraux; tel n'est pas le constat. Le Parti québécois reprend de la vigueur. Derome excelle, il adore ces conditions houleuses, son instinct de vieux loup de mer lui dicte que, même si sa prévision est bonne, la lutte sera très chaude. Le chiffre de 63 est le repère. Bien en vue à gauche de l'écran, il oscille entre 68 et 62. Premier rebondissement, Amir Khadir est élu dans Mercier. Tout le monde s'en réjouit. Il y a quelque chose de rafraîchissant, presque de nostalgique, dans l'arrivée à l'Assemblée du candidat de Québec solidaire. Utopie pour les uns, candeur pour certains, espoir pour les autres, ce nouveau parti incarne pourtant de quoi inspirer bien des jeunes électeurs qui cherchent désespérément un nouveau discours et de nouvelles valeurs.

Au fil des minutes, le déclin adéquiste se confirme. Cette fois, Mario Dumont a un genou à terre. La politique ne fait pas de cadeau, il le sait et s'en montre fort digne. Entouré de sa petite famille, il entame un chant du cygne dont l'issue ne fait guère de doute, il jette l'éponge. Même si on ne partage pas ses idées, il faut reconnaître que ce soir-là le masque est tombé. Et Mario est apparu sous un visage qu'on aurait souhaité qu'il affichât plus souvent. Paradoxe qu'il aura saisi depuis belle lurette, lui qui a été la cible de toutes les railleries, de toutes les attaques, voici que déjà on lui rend hommage. En politique, on est toujours meilleur mort que vivant. Très peu de chefs ont annoncé en direct qu'il se retirait de la vie politique au soir de leur défaite. Cela prend du courage et de la dignité. L'émotion est à son comble. Le spectacle est assuré et... la soirée n'est pas terminée.

L'arrivée et le discours de Pauline Marois devant des troupes quelque peu stupéfaites par l'ampleur de la poussée collective redonnent à la fête péquiste des allures d'antan. Nul doute que l'âme de René flotte sur la joyeuse assemblée. Ça fait chaud au coeur. À s'y méprendre, on aurait pu penser que le clan souverainiste venait d'élire la première femme premier ministre de l'histoire du Québec. Peu importe, le moment est vrai, le moment est intense. Le Québec tout entier se souvient. Que faut-il lire dans ces images? Nostalgie ou prémonition. Les quatre ans à venir s'annoncent féroces.

Au tour de Jean Charest de s'adresser à la nation. Un calme apparent dissimule avec peine une déception évidente. Dans une certaine mesure, Pauline Marois lui a volé sa victoire. Il lui aurait fallu 70 sièges ou plus. Mais il se montre beau joueur. Son discours est celui d'un premier ministre en fonction. Du jour un, jusqu'à la fin de la course, il aura réussi à suivre la route indiquée. Un grand «ouf!» intérieur doit l'apaiser cependant, il est passé à deux cheveux de la catastrophe.

Derome l'a eue, sa dernière. Une sortie en beauté, une soirée électorale passionnante après une course plate. Il est tard. La nuit venue, j'aime ouvrir la fenêtre et respirer l'air frais de l'hiver avant de me coucher. Mais cette fois, la froidure fige une image dans mon esprit. Dans le fond, après toutes ces années, c'est bien lui le grand vainqueur de chaque élection. Au revoir monsieur Derome. Salut coloc.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'image






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Georges Paquet
    Abonné
    lundi 15 décembre 2008 01h56
    Curieux, cet amour du jeu!
    « Il est curieux en effet cet amour du jeu qui associe à un suspens, même à une joute excitante, le dévoilement par petites touches du décompte des bulletins qui ont été déposés dans les urnes. On sait pourtant que les votes exprimés ne changeront pas. Ils sont contenus dans des boîtes bien surveillées. Seul le temps qu'il faut pour les compter oblige les animateurs (ou les amuseurs) à nous faire croire à un suspens. C'est un show télévisuel, comme au casino. On passe proche de gagner, on s'excite. On perd son temps et son argent, mais on a vécu un suspens.
    Ce qui est important semble-t-il pour nos show télévisuels c'est d'annoncer les résultats avant les autres. C'est vrai que les prédictions tendancielles sont intéressantes. Le reste de la soirée sera intéressante dans la mesure où il y des surprises quant aux candidats qui sont élus et ceux qui sont défaits. Mais créer un suspens à chaque fois que l'on vient de compter une des 120 boites d'une circonscription, c'est un tour de force que seuls des animateurs de show peuvent réussir. »

  • Isabelle Lefebvre
    Inscrite
    lundi 15 décembre 2008 05h00
    Texte qui se lit...
    « comme un bon roman. Du journalisme à son meilleur. »

  • Jeanne du Lys
    Inscrite
    lundi 15 décembre 2008 09h14
    Je me souviens
    « Les gens attendent un chef et un vrai parti indépendantiste ! Cependant l'indépendance ne semble pas dans les faits être dans l'agenda du PQ

    Le PQ ne pourra pas les mettre les indépendantistes en cage indéfiniement.

    Félicitations à monsieur Amir Khadir, mais selon moi pour être député du Québec il faudrait obligatoirement être né au Québec si on ne veut pas perdre notre identité.Il est né en Iran...que pense t-il du port de la burka ? de la société laique ? Du droit à l'avortement ? De la laicité de l'état ?

    Cela a dû être un choc culturel pour lui de débarquer au Québec.

    Veut-il défendre les valeurs québécoises ou convertir les québécois à la philosophie Iranienne ? Est-ce qu'il connait un peu l'histoire du Québec ?

    Moi j'y est grandi dans ce beau pays et je me souviens.

    http://fr.youtube.com/watch?v=L6BZFz4wh5g

    Sylvie R. Tremblay
    Jeanne du Lys »

  • Hugues Lévesque
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 09h48
    La retraite d'un pionnier
    « Cette fois-ci, c'est la vraie! Je ne veux pas écrire que c'est la bonne, car c'est un événement triste.

    Bernard Derome, à l'instar de quelques grands personnages télévisuels malheureusement trop peu nombreux, a su utiliser son média, mettre à notre service les technologies qui ont façonné son évolution, pour développer notre esprit critique.

    Ce que j'ai toujours apprécié de M. Derome, ce qui m'a toujours fasciné aussi, c'est cette impression qu'il était à l'écran pour moi, pour moi seul.

    Ayant travaillé pendant de nombreuses années dans la restauration et l'hôtellerie, j'ai eu le bonheur d'avoir Bernard Derome comme client à quelques occasions. La première fois, j'étais drôlement sur les nerfs. Est-il celui que je perçois à la télé? Ma panique a disparu en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire.

    Comme c'est souvent le cas, un serveur peut avoir de la difficulté à attirer puis retenir l'attention d'une dizaine de personnes qui ont beaucoup à se raconter. C'est M. Derome qui a fait le travail pour moi. Je ne me rappelle pas des mots exacts mais son intervention peut se résumer ainsi: lorsque j'entre dans votre salon à tous les soirs, vous m'accordez toute votre attention; notre serveur mérite la même chose.

    Difficile d'être plus invisible qu'un téléspectateur. Les clients sont nombreux à percevoir leur serveur comme un serviteur, voire un simple porteur d'assiettes.

    Pourtant, en faisaint appel à notre intelligence et sachant fort bien que le téléspectateur possède tout ce qu'il faut pour comprendre autre chose que des faits et de l'information prédigérée, Bernard Derome nous rend visible, reconnait notre valeur comme individu. C'est bon de me savoir autre chose qu'un cote d'écoute.

    Comme serveur ce soir-là sur la terrasse d'un resto d'Outremont très en vue, j'ai reçu la plus belle gratification. Sans égard à notre destinée, chaque humain mérite toute notre attention.

    On ne pouvait pas s'attendre que vous changiez le monde, M. Derome. Vous avez cependant et certainement contribué à faire de nous des êtres humains meilleurs, plus compréhensifs et plus attentifs à autrui. POur cela et pour m'avoir donné le goût de comprendre l'actualité, je vous remercie infiniment.

    Hugues Lévesque, Montréal »

  • Claudette Deshaies
    Inscrite
    lundi 15 décembre 2008 10h09
    Hommage éloquent
    « Pour moi qui ne vis plus au Québec, je me réjouis surtout de la plume efficace de M. Stréliski qui rend un hommage si éloquent à mon coloc canadien. Au revoir Bernard! »

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 10h22
    Lâche pas Bernard, le plus intéressant est avenir
    « Bonne description de l'émission. Bravo

    Mais il y a des lendemains plus douloureux que doit affronter le Québec. Oui, Monsieur Jean Charest a eu chaud et du froid dans le dos maintenant.

    Monsieur Jean Charest n'a pas les deux mains sur le volant car d'autres considérations l'oblige de changer de direction, comme le brouillard qui enveloppe la CDPQ, aussi son livre de chevet est le rapport Castonguay. Il devra faire attention, de nommer certains partisans afin d'éviter les dérapages et les abus que l'on connaît car les fossés sont profonds. Il est difficile d'avoir les deux mains sur le volant. Il va parlé de conduite asymétrique (irrégulier,discontinu, sporadique,accidentel,désordonné ).


    Premier ministre de tous les Québécois, mais en regardant un peu les résultats cela ne semble pas la vérité. Donc si 5.7 millions de Québécois ont votés à 57 % ce qui donnent 3,271,122 de votants. Le PLQ a obtenu 43 % du suffrage soit 1,406,582 votants. Mais en examinant ce vote de 43 % pour le PLQ on observe que les anglophones ont mis dans l'urne pour environ 500,000 votes ( avec 30 comtés acquis d'avance ), donc il reste moins de 1 million de votants francophones pour un appui de 17 % pour le PLQ.

    C'est le parti représentatif des Anglophones. Il faut se demander si un électeur sur six fait du PLQ un parti représentatif de l'ensemble des Québécois ? Il y a 2,467,689 personnes qui n'ont pas votées. De plus, le PLQ par la bouche de Monsieur Jean Charest a dit que le 57 % de votants : C'est la faute du P.Q.



    L'identité Québécoise.

    On constate maintenant que Monsieur Jean Charest a les mains liées, il est coincé avec les différentes problématiques du respect de la primauté de la langue française, du laissé aller de l'intégration des nouveaux arrivants et du rapatriement de toutes les compétences du dossier de la culture. Le parti libéral est le parti des Anglais quoi en pense Monsieur Parisella. C'est le sens du mandat du PLQ pour mater les Québécois.


    Depuis deux mois le Québec est en récession. Monsieur Jean Charest parlait de la crise économique et d'une crise politique à Ottawa. Il n'avait aucun plan et aucun chiffre pour y faire face. Mais il avait plutôt des millions et des milliards comme promesse électorale. Dans l'économie mondiale actuelle, il n'a que très peu de pouvoir par le fait que le Québec n'est qu'une province, dont le budget est déficitaire de plusieurs milliards par année et sans accès aux forums internationaux où s'élaborent les solutions durables.

    Si c'est mondial, ça regarde Ottawa d'intervenir dans l'économie car cet Ottawa qui a les deux mains sur le volant. D'ailleurs, en pleine campagne électorale québécoise Monsieur Jean Charest ne faisait que semblant en parlant d'économie. Au Québec les seuls outils de développement significatif de l'économie sont la CDPQ que M. Charest a renié trois fois en campagne électorale et Hydro-Québec.

    Le Québec aux Québécois, une odyssée.

    Les compagnies Rio Tinto et Abitibi Bowater ont des problèmes avec leurs dettes. Le rachat d'Alcan et de certains actifs d'Abitibi Bowater par Québec enlèverait une écharde de la main de Rio Tinto. Les actifs à eux seul valent de 10 à 12 milliards pour une dizaine de barrages hydroélectriques ( + / - 3000 MW ). Une puissance pour fournir de l'é1ectricité à un million de foyers québécois par an. Cette nationalisation permettra de corrigé l'erreur du 8 août 2008 ou Monsieur Jean Charest autorisait la vente d'Alcan à Rio Tinto.

    Ces actifs ont été payés grassement plusieurs fois par les Québécois pour l'hydroélectricité fournie à Alcan de façon gratuite. De plus cela va permettre de récupérer la propriété du Saguenay et du Lac-St-Jean ainsi que la rivière à saumon Sainte Marguerite de Alcan. Ce n'est pas rien, le territoire du Québec de retour aux Québécois.

    Monsieur le ministre Bachand aurez-vous l'audace de corriger l'histoire ? Ou présenter une vision d'avenir cohérente ?

    Les outils sont à votre portée avec le brio de la SGF, de CDPQ et Hydro-Québec pour conclure ces transactions.

    La CDPQ avec un actif sous gestion de 155.4 milliards de dollars, la CDPQ est un des plus gros investisseurs en Amérique du Nord. Uniquement avec la Régie des rentes du Québec, ce sont quatre millions de Québécois qui dépendent de la bonne ou mauvaise gestion de la Caisse. L'organisme gère, en outre, les fonds de 18 autres déposants, dont le Régime de retraite des employés du gouvernement du Québec, la Société de l'assurance automobile et la Société des alcools.

    Mais il y a un problème, soit les choix à la CDPQ.

    Première erreur de Monsieur Jean Charest<< Le rendement à tout prix ! >>

    Les pertes sur papier sont de 31 milliards et les PCAA dont l'ensemble du gouvernement et ses sociétés en possèdent pour près de 22 milliards pour une perte de 5 milliards. Madame Gérôme-Forget connaît bien les détails des pertes.

    Deuxième erreur de Monsieur Jean Charest << Réparer une erreur par une autre erreur ! >>.

    La vente d'actif de la CDPQ pour 10 milliards représente une perte sèche. Les pertes se situent à plus de 40 milliards. Qui sera lynché pour les PCAA et les ventes d'actifs en septembre et octobre 2008 ?

    Monsieur Sam Hamad annoncera des changements pour augmenter les cotisations et appliquer les changements des taux des rentes, l'âge d'admissibilité de 60 à 62 ans à la régie des rentes du Québec. Chaque année la RRQ reçoit près 4.4 milliards d'argent neuf pour renflouer la caisse.

    Malgré tous les déboires du gouvernement, il est primordial de réunir le consortium pour récupérer les actifs et le territoire du Québec de Alcan et d'Abitibi Bowater.

    Le Québec va grandir son territoire par l'intérieur, son coeur aussi


    Le Québec ne forment pas une nation battue. Cette nation Québécoise a atteint une maturité. Elle a tous les moyens de voler de ses propres ailes. Monsieur Jean Charest dans un moment de lucidité a dit qu'un: << Québec souverain a les moyens de ses ambitions >>.

    Donald Bordeleau »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009