Dumont avait bien mûri sa décision de partir
Rivière-du-Loup sous le choc
Rivière-du-Loup — Il tombait hier une douce neige à Rivière-du-Loup. Un temps d'hiver frisquet près du fleuve. Et dans les rues engourdies ou les magasins annonçant Noël, un grand regret: «Mario», le héros local, quitte la scène et tire le rideau sur une relation de 14 ans.
«C'est ben plate pour lui parce que c'est quelqu'un de bien, de droit», racontait Steve Malenfant, un de ses anciens camarades d'école qui évoquait hier matin la cinglante défaite encaissée lundi par M. Dumont et l'ADQ.
Propriétaire d'une compagnie de taxis à Rivière-du-Loup, M. Malenfant conduit d'une main et désigne de l'autre le bâtiment beige de l'école Notre-Dame où «Mario s'entraînait pour les Génies en herbe», du temps de ses études secondaires.
«Maintenant, je ne sais pas ce qu'il va faire, ajoute M. Malenfant en mettant le cap sur le centre-ville. Ça m'intrigue. Il n'a jamais fait que ça, de la politique. C'est sa formation. Bourassa était économiste, Bouchard était avocat, Dumont était un politicien.» Après une seconde d'hésitation, il poursuit: «Il est toujours un politicien, d'ailleurs: je ne peux pas croire qu'il ne fera plus de politique, il aime trop ça et il est trop talentueux.»
C'est à quelques centaines de mètres de son ancienne école secondaire, dans la salle de l'hôtel Universel, que Mario Dumont a annoncé lundi soir qu'il ne serait pas le chef de l'ADQ aux prochaines élections générales. Il était 22h15. Une véritable onde de choc a alors traversé la salle de congrès de l'hôtel. Surprise générale pour tous: les militants, les partisans, les employés du parti, les journalistes. Personne n'avait vu venir aussi rapidement une annonce que M. Dumont, 38 ans, avait pourtant longuement réfléchie.
Le Devoir a en effet appris hier que cette décision avait été prise «il y a plusieurs jours, au fil de la campagne». Dans une radio locale, un journaliste affirmait au réveil que le chef adéquiste lui avait indiqué en fin de soirée, lundi, avoir pris sa décision il y a trois semaines, soit avant même le débat des chefs.
Sans confirmer la date précise, un proche de M. Dumont confie que cette décision «n'avait rien d'un coup de tête». «On ne sait jamais, si on avait gardé le statut officiel à l'Assemblée, si les résultats avaient été meilleurs», M. Dumont aurait pu rester, dit cette même source. Mais les résultats obtenus (16,3 % du vote pour sept députés) «correspondent à peu près à ce qu'on attendait», indique-t-on à l'ADQ.
En début de soirée lundi, les proches de Mario Dumont ont été mis au courant de sa décision. «C'est ce soir que je l'annonce», leur a dit M. Dumont. «Annoncer quoi? — Mon départ.» Ce fut l'étonnement. Le discours que le chef avait rédigé ne faisait pas plus de dix minutes. Monsieur Dumont l'a livré sans quitter le texte des yeux. Jamais dans toute la campagne il n'avait «lu» un discours. Mais lundi, Mario Dumont ne voulait pas craquer. Il voulait être sûr de trouver les bons mots, le bon ton.
On sentait néanmoins l'émotion l'affecter: il a lu très rapidement certains passages du texte, comme pour s'assurer que la foule ne l'interrompe pas. Mais c'est après, en descendant enlacer sa femme et ses trois jeunes enfants, que l'on a vu Mario Dumont réellement ému. Il avait les yeux humides. Son jeune garçon s'est tourné vers ses grands-parents — qui n'auraient appris la nouvelle que lundi — pour demander ce qui se passait: «Ton papa ne fera plus de politique», lui a-t-on dit.
Quand sa fille cadette lui a remis un dessin de son cru, Mario Dumont a eu un regard qui en disait long sur l'importance des événements pour lui. Un regard trouble, porté à la fois vers les sacrifices qu'ont impliqués 14 années de vie politique au premier-plan, et aussi vers des lendemains inconnus. Une page fondamentale de sa vie s'est tournée. Et pour autant que l'on puisse en juger, il paraissait vivre sereinement cette décision.
Le traditionnel souper de fin de campagne qui a eu lieu dimanche s'était d'ailleurs déroulé dans une ambiance festive, malgré la défaite attendue. M. Dumont a longuement parlé — à micros fermés — avec les journalistes présents. Il était de bonne humeur, riait aux blagues, ne semblait nullement abattu. Simplement soucieux à la veille d'une élection cruciale.
Dans son entourage, bien peu semblaient au courant de la décision du chef. Ses collaborateurs ont été soufflés, les jambes sciées par sa décision de partir. «Je n'avais rien vu venir, je l'ai appris en écoutant le discours», disait un attaché de presse. La veille encore, M. Dumont avait indiqué en conférence de presse qu'il ne jouait pas sa «survie politique».
«Je ne m'attendais tellement pas à ça... c'est dur en maudit», exprime son attaché. Il avait les yeux rouges: pour lui comme pour des dizaines d'autres employés adéquistes, le résultat du scrutin signifie une perte d'emploi.
Médias visés
Durant la campagne, Mario Dumont avait été clair: le jour où il quitterait la politique, ce serait «pour de bon». M. Dumont ne se disait pas du «genre à rester accroché». «Un moment donné, il faut que tu tournes la page. Ça va-tu arriver à 44 ans, ou à 46 ans, je ne sais pas. Mais oui, il y aura une vie après la politique, et quand je vais partir, je vais partir.»
À Rivière-du-Loup, plusieurs doutaient hier matin de cette affirmation. «Je le vois prendre une pause et revenir. La politique, c'est sa vie», indiquait Lise, une dame dans la cinquantaine qui prenait un café au centre commercial. À sa droite, Nicole Dumas hochait la tête. «On l'a toujours vu faire de la politique. Il allait à l'école avec nos enfants, on le regarde grandir depuis. C'est dur de penser qu'il ne sera plus là.»
La serveuse de ce café était quant à elle en colère. Bouc émissaire: les médias, qui «ont voulu tuer son parti», selon Ginette, début quarantaine. Cette critique est récurrente depuis que la caravane adéquiste est arrivée à Rivière-du-Loup.
Dimanche, au local électoral de la campagne de M. Dumont, plusieurs ont apostrophé les journalistes pour se plaindre d'un traitement inéquitable de l'information. À l'hôtel Universel, lundi, ils ont été quelques-uns à crier leur mécontentement quand un journaliste de la télévision affirma que l'ambiance était lourde sur place. «Encore un qui veut décourager Mario», rageait une des tantes du politicien.
«C'est qu'on a vraiment l'impression que tout ce qu'il faisait de bien ne paraissait nulle part, ajoutait hier la serveuse. Pour nous, c'était le seul qui parlait de la vie en dehors de Montréal avec respect. On vient de perdre un maudit gros morceau, et c'est dommage. C'est triste. On est déçus, choqués.»
Mario Dumont rencontrera son caucus aujourd'hui ou demain. Les modalités de son départ ne sont pas connues. Il a indiqué lundi qu'il demeurerait en poste jusqu'à ce qu'un nouveau chef soit nommé, mais il n'a pas parlé de son mandat de député. Pour l'instant, aucune conférence de presse n'est prévue à l'agenda de M. Dumont cette semaine.
«C'est ben plate pour lui parce que c'est quelqu'un de bien, de droit», racontait Steve Malenfant, un de ses anciens camarades d'école qui évoquait hier matin la cinglante défaite encaissée lundi par M. Dumont et l'ADQ.
Propriétaire d'une compagnie de taxis à Rivière-du-Loup, M. Malenfant conduit d'une main et désigne de l'autre le bâtiment beige de l'école Notre-Dame où «Mario s'entraînait pour les Génies en herbe», du temps de ses études secondaires.
«Maintenant, je ne sais pas ce qu'il va faire, ajoute M. Malenfant en mettant le cap sur le centre-ville. Ça m'intrigue. Il n'a jamais fait que ça, de la politique. C'est sa formation. Bourassa était économiste, Bouchard était avocat, Dumont était un politicien.» Après une seconde d'hésitation, il poursuit: «Il est toujours un politicien, d'ailleurs: je ne peux pas croire qu'il ne fera plus de politique, il aime trop ça et il est trop talentueux.»
C'est à quelques centaines de mètres de son ancienne école secondaire, dans la salle de l'hôtel Universel, que Mario Dumont a annoncé lundi soir qu'il ne serait pas le chef de l'ADQ aux prochaines élections générales. Il était 22h15. Une véritable onde de choc a alors traversé la salle de congrès de l'hôtel. Surprise générale pour tous: les militants, les partisans, les employés du parti, les journalistes. Personne n'avait vu venir aussi rapidement une annonce que M. Dumont, 38 ans, avait pourtant longuement réfléchie.
Le Devoir a en effet appris hier que cette décision avait été prise «il y a plusieurs jours, au fil de la campagne». Dans une radio locale, un journaliste affirmait au réveil que le chef adéquiste lui avait indiqué en fin de soirée, lundi, avoir pris sa décision il y a trois semaines, soit avant même le débat des chefs.
Sans confirmer la date précise, un proche de M. Dumont confie que cette décision «n'avait rien d'un coup de tête». «On ne sait jamais, si on avait gardé le statut officiel à l'Assemblée, si les résultats avaient été meilleurs», M. Dumont aurait pu rester, dit cette même source. Mais les résultats obtenus (16,3 % du vote pour sept députés) «correspondent à peu près à ce qu'on attendait», indique-t-on à l'ADQ.
En début de soirée lundi, les proches de Mario Dumont ont été mis au courant de sa décision. «C'est ce soir que je l'annonce», leur a dit M. Dumont. «Annoncer quoi? — Mon départ.» Ce fut l'étonnement. Le discours que le chef avait rédigé ne faisait pas plus de dix minutes. Monsieur Dumont l'a livré sans quitter le texte des yeux. Jamais dans toute la campagne il n'avait «lu» un discours. Mais lundi, Mario Dumont ne voulait pas craquer. Il voulait être sûr de trouver les bons mots, le bon ton.
On sentait néanmoins l'émotion l'affecter: il a lu très rapidement certains passages du texte, comme pour s'assurer que la foule ne l'interrompe pas. Mais c'est après, en descendant enlacer sa femme et ses trois jeunes enfants, que l'on a vu Mario Dumont réellement ému. Il avait les yeux humides. Son jeune garçon s'est tourné vers ses grands-parents — qui n'auraient appris la nouvelle que lundi — pour demander ce qui se passait: «Ton papa ne fera plus de politique», lui a-t-on dit.
Quand sa fille cadette lui a remis un dessin de son cru, Mario Dumont a eu un regard qui en disait long sur l'importance des événements pour lui. Un regard trouble, porté à la fois vers les sacrifices qu'ont impliqués 14 années de vie politique au premier-plan, et aussi vers des lendemains inconnus. Une page fondamentale de sa vie s'est tournée. Et pour autant que l'on puisse en juger, il paraissait vivre sereinement cette décision.
Le traditionnel souper de fin de campagne qui a eu lieu dimanche s'était d'ailleurs déroulé dans une ambiance festive, malgré la défaite attendue. M. Dumont a longuement parlé — à micros fermés — avec les journalistes présents. Il était de bonne humeur, riait aux blagues, ne semblait nullement abattu. Simplement soucieux à la veille d'une élection cruciale.
Dans son entourage, bien peu semblaient au courant de la décision du chef. Ses collaborateurs ont été soufflés, les jambes sciées par sa décision de partir. «Je n'avais rien vu venir, je l'ai appris en écoutant le discours», disait un attaché de presse. La veille encore, M. Dumont avait indiqué en conférence de presse qu'il ne jouait pas sa «survie politique».
«Je ne m'attendais tellement pas à ça... c'est dur en maudit», exprime son attaché. Il avait les yeux rouges: pour lui comme pour des dizaines d'autres employés adéquistes, le résultat du scrutin signifie une perte d'emploi.
Médias visés
Durant la campagne, Mario Dumont avait été clair: le jour où il quitterait la politique, ce serait «pour de bon». M. Dumont ne se disait pas du «genre à rester accroché». «Un moment donné, il faut que tu tournes la page. Ça va-tu arriver à 44 ans, ou à 46 ans, je ne sais pas. Mais oui, il y aura une vie après la politique, et quand je vais partir, je vais partir.»
À Rivière-du-Loup, plusieurs doutaient hier matin de cette affirmation. «Je le vois prendre une pause et revenir. La politique, c'est sa vie», indiquait Lise, une dame dans la cinquantaine qui prenait un café au centre commercial. À sa droite, Nicole Dumas hochait la tête. «On l'a toujours vu faire de la politique. Il allait à l'école avec nos enfants, on le regarde grandir depuis. C'est dur de penser qu'il ne sera plus là.»
La serveuse de ce café était quant à elle en colère. Bouc émissaire: les médias, qui «ont voulu tuer son parti», selon Ginette, début quarantaine. Cette critique est récurrente depuis que la caravane adéquiste est arrivée à Rivière-du-Loup.
Dimanche, au local électoral de la campagne de M. Dumont, plusieurs ont apostrophé les journalistes pour se plaindre d'un traitement inéquitable de l'information. À l'hôtel Universel, lundi, ils ont été quelques-uns à crier leur mécontentement quand un journaliste de la télévision affirma que l'ambiance était lourde sur place. «Encore un qui veut décourager Mario», rageait une des tantes du politicien.
«C'est qu'on a vraiment l'impression que tout ce qu'il faisait de bien ne paraissait nulle part, ajoutait hier la serveuse. Pour nous, c'était le seul qui parlait de la vie en dehors de Montréal avec respect. On vient de perdre un maudit gros morceau, et c'est dommage. C'est triste. On est déçus, choqués.»
Mario Dumont rencontrera son caucus aujourd'hui ou demain. Les modalités de son départ ne sont pas connues. Il a indiqué lundi qu'il demeurerait en poste jusqu'à ce qu'un nouveau chef soit nommé, mais il n'a pas parlé de son mandat de député. Pour l'instant, aucune conférence de presse n'est prévue à l'agenda de M. Dumont cette semaine.
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