La saison des amours
Il était presque touchant d'entendre roucouler Pauline Marois, tout miel avec le ministre fédéral de l'Industrie, Allan Rock, jeudi matin à Longueuil, quand ils ont annoncé conjointement le parachèvement de l'autoroute 30.
«Ce serait un plaisir pour moi de me retrouver avec mes collègues du gouvernement fédéral pour annoncer d'autres projets d'envergure», a-t-elle dit. Quand elle a pris M. Rock par le bras, on s'est presque demandé si elle n'allait pas l'embrasser.
Quel contraste avec la signature de l'entente sur les infrastructures, en octobre 2000, à Québec, quand Bernard Landry, alors vice-premier ministre, s'était conduit de façon parfaitement odieuse avec Lucienne Robillard et Alfonso Gagliano, soulignant dix fois plutôt qu'une à ces «représentants du gouvernement central» (comme dans «centralisateur») qu'ils se trouvaient dans «notre capitale nationale».
Il est vrai que Mme Marois est d'un naturel plus avenant, mais il y a surtout une question de conjoncture. En octobre 2000, la campagne électorale fédérale battait son plein et Lucien Bouchard avait identifié Jean Chrétien comme l'ennemi public numéro un contre lequel tous les Québécois, fédéralistes aussi bien que souverainistes, avaient le devoir de se liguer.
À l'aube d'une nouvelle campagne, provinciale celle-là, l'heure n'est pas à la croisade contre Ottawa. M. Landry a très bien compris le message. Les Québécois veulent de la collaboration entre les gouvernements? Eh bien, ils vont en avoir... jusqu'au lendemain des élections.
Les images sont souvent plus éloquentes que les mots. Autant Mme Marois rougissait de plaisir, autant Jean Charest semblait avoir du mal à contenir son exaspération de voir les cousins fédéraux offrir ce nouveau cadeau au PQ à moins d'une semaine du déclenchement des élections.
Il a certainement pensé que M. Rock se foutait de lui quand il a déclaré qu'une autoroute est «un sujet trop important pour [faire de] la partisanerie». Sans blague! M. Charest a fait la fine bouche quand Denis Coderre a offert de mettre l'organisation libérale fédérale au service du PLQ. Ça lui apprendra!
Remarquez, Stéphane Dion lui a déjà donné un bon coup de main en déclarant qu'une défaite péquiste pourrait le décider à prendre sa retraite. Si son départ est à ce prix, plus d'un souverainiste pourrait être tenté de «voter utile».
***
Cela ne semblait pas trop inquiéter le premier ministre Landry, qui rayonnait lors de sa visite au Devoir hier matin. D'entrée de jeu, s'adressant aussi bien à lui-même qu'aux militants transportés par les sondages, il a déclaré que l'arrogance et l'excès de confiance sont désormais les adversaires les plus dangereux du PQ. Cette fois, on peut lui pardonner une pointe d'autosatisfaction: le redressement des derniers mois force l'admiration.
À la veille du congrès d'orientation du PQ, qui a lieu en fin de semaine au Palais des congrès, il se réjouissait tout particulièrement d'y voir régner «une harmonie rarement connue dans l'histoire du parti». La perspective d'un troisième mandat alors qu'on prédisait sa mort prochaine n'y est sûrement pas étrangère, mais le fait demeure que M. Landry dispose actuellement d'une marge de manoeuvre interne que tous ses prédécesseurs lui auraient enviée. Au PQ aussi, c'est la saison des amours.
La chose peut sembler aller de soi, mais il est le premier chef qui ait réussi à convaincre les militants péquistes que la promotion de la souveraineté pouvait et devait être dissociée de l'échéancier référendaire. Paul Bégin était un des derniers «caribous», qui n'ont jamais cru possible de renoncer à l'un sans sacrifier l'autre et préféraient se précipiter dans l'abîme.
On aurait accusé Lucien Bouchard de duplicité s'il avait prétendu faire d'une «gouvernance de qualité» l'enjeu des élections tout en promettant de faire une place «grandiose» à la souveraineté pendant la campagne. S'il s'était simplement engagé à «élaborer une démarche cohérente visant à faire accéder le Québec à la souveraineté», comme le propose le document d'orientation qui sera soumis aux délégués au congrès, il aurait eu une véritable révolution sur les bras.
M. Landry se rend néanmoins compte qu'il y a des limites à jouer sur les mots. S'il refuse de dire qu'il interprétera une victoire péquiste comme un mandat pour préparer la tenue d'un référendum gagnant, il reconnaît qu'un électeur qui s'y oppose prend un «risque» en votant pour le PQ.
***
Le premier ministre n'ignore pas que dès le lendemain des élections, ses militants réclameront des gestes concrets. Dans son entrevue au Devoir, il a repris à son compte le projet de doter le Québec d'une constitution, sans attendre le jour où il sera souverain. Il a même dit avoir un échéancier assez court à l'esprit.
L'idée n'est évidemment pas nouvelle. L'Assemblée législative, qu'on ne qualifiait pas encore de «nationale», y avait souscrit de façon unanime en 1967, et elle refait périodiquement surface depuis.
Avant que la question constitutionnelle ne disparaisse de l'écran radar de Mario Dumont, l'ADQ avait déjà proposé l'adoption d'une charte du Québec. Sans parler explicitement d'une constitution québécoise, le rapport Pelletier, qui tient lieu de politique constitutionnelle au PLQ, y fait implicitement référence. Tout le monde devrait donc s'entendre sur le principe. C'est sur la finalité du projet que les choses risquent de se gâter.
Il n'est pas difficile d'imaginer une autre de ces commissions culminant en un grand sommet dont le PQ s'est fait une spécialité. Son président est tout trouvé: l'ancien ministre Jacques-Yvan Morin, qui a réexaminé la question tout récemment, à l'occasion de la mise à jour des travaux de la commission Bélanger-Campeau.
M. Landry dit voir dans la rédaction d'une constitution un «élément de consolidation» de l'identité nationale québécoise, mais d'autres y verront à coup sûr une nouvelle astuce.
mdavid@ledevoir.com
«Ce serait un plaisir pour moi de me retrouver avec mes collègues du gouvernement fédéral pour annoncer d'autres projets d'envergure», a-t-elle dit. Quand elle a pris M. Rock par le bras, on s'est presque demandé si elle n'allait pas l'embrasser.
Quel contraste avec la signature de l'entente sur les infrastructures, en octobre 2000, à Québec, quand Bernard Landry, alors vice-premier ministre, s'était conduit de façon parfaitement odieuse avec Lucienne Robillard et Alfonso Gagliano, soulignant dix fois plutôt qu'une à ces «représentants du gouvernement central» (comme dans «centralisateur») qu'ils se trouvaient dans «notre capitale nationale».
Il est vrai que Mme Marois est d'un naturel plus avenant, mais il y a surtout une question de conjoncture. En octobre 2000, la campagne électorale fédérale battait son plein et Lucien Bouchard avait identifié Jean Chrétien comme l'ennemi public numéro un contre lequel tous les Québécois, fédéralistes aussi bien que souverainistes, avaient le devoir de se liguer.
À l'aube d'une nouvelle campagne, provinciale celle-là, l'heure n'est pas à la croisade contre Ottawa. M. Landry a très bien compris le message. Les Québécois veulent de la collaboration entre les gouvernements? Eh bien, ils vont en avoir... jusqu'au lendemain des élections.
Les images sont souvent plus éloquentes que les mots. Autant Mme Marois rougissait de plaisir, autant Jean Charest semblait avoir du mal à contenir son exaspération de voir les cousins fédéraux offrir ce nouveau cadeau au PQ à moins d'une semaine du déclenchement des élections.
Il a certainement pensé que M. Rock se foutait de lui quand il a déclaré qu'une autoroute est «un sujet trop important pour [faire de] la partisanerie». Sans blague! M. Charest a fait la fine bouche quand Denis Coderre a offert de mettre l'organisation libérale fédérale au service du PLQ. Ça lui apprendra!
Remarquez, Stéphane Dion lui a déjà donné un bon coup de main en déclarant qu'une défaite péquiste pourrait le décider à prendre sa retraite. Si son départ est à ce prix, plus d'un souverainiste pourrait être tenté de «voter utile».
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Cela ne semblait pas trop inquiéter le premier ministre Landry, qui rayonnait lors de sa visite au Devoir hier matin. D'entrée de jeu, s'adressant aussi bien à lui-même qu'aux militants transportés par les sondages, il a déclaré que l'arrogance et l'excès de confiance sont désormais les adversaires les plus dangereux du PQ. Cette fois, on peut lui pardonner une pointe d'autosatisfaction: le redressement des derniers mois force l'admiration.
À la veille du congrès d'orientation du PQ, qui a lieu en fin de semaine au Palais des congrès, il se réjouissait tout particulièrement d'y voir régner «une harmonie rarement connue dans l'histoire du parti». La perspective d'un troisième mandat alors qu'on prédisait sa mort prochaine n'y est sûrement pas étrangère, mais le fait demeure que M. Landry dispose actuellement d'une marge de manoeuvre interne que tous ses prédécesseurs lui auraient enviée. Au PQ aussi, c'est la saison des amours.
La chose peut sembler aller de soi, mais il est le premier chef qui ait réussi à convaincre les militants péquistes que la promotion de la souveraineté pouvait et devait être dissociée de l'échéancier référendaire. Paul Bégin était un des derniers «caribous», qui n'ont jamais cru possible de renoncer à l'un sans sacrifier l'autre et préféraient se précipiter dans l'abîme.
On aurait accusé Lucien Bouchard de duplicité s'il avait prétendu faire d'une «gouvernance de qualité» l'enjeu des élections tout en promettant de faire une place «grandiose» à la souveraineté pendant la campagne. S'il s'était simplement engagé à «élaborer une démarche cohérente visant à faire accéder le Québec à la souveraineté», comme le propose le document d'orientation qui sera soumis aux délégués au congrès, il aurait eu une véritable révolution sur les bras.
M. Landry se rend néanmoins compte qu'il y a des limites à jouer sur les mots. S'il refuse de dire qu'il interprétera une victoire péquiste comme un mandat pour préparer la tenue d'un référendum gagnant, il reconnaît qu'un électeur qui s'y oppose prend un «risque» en votant pour le PQ.
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Le premier ministre n'ignore pas que dès le lendemain des élections, ses militants réclameront des gestes concrets. Dans son entrevue au Devoir, il a repris à son compte le projet de doter le Québec d'une constitution, sans attendre le jour où il sera souverain. Il a même dit avoir un échéancier assez court à l'esprit.
L'idée n'est évidemment pas nouvelle. L'Assemblée législative, qu'on ne qualifiait pas encore de «nationale», y avait souscrit de façon unanime en 1967, et elle refait périodiquement surface depuis.
Avant que la question constitutionnelle ne disparaisse de l'écran radar de Mario Dumont, l'ADQ avait déjà proposé l'adoption d'une charte du Québec. Sans parler explicitement d'une constitution québécoise, le rapport Pelletier, qui tient lieu de politique constitutionnelle au PLQ, y fait implicitement référence. Tout le monde devrait donc s'entendre sur le principe. C'est sur la finalité du projet que les choses risquent de se gâter.
Il n'est pas difficile d'imaginer une autre de ces commissions culminant en un grand sommet dont le PQ s'est fait une spécialité. Son président est tout trouvé: l'ancien ministre Jacques-Yvan Morin, qui a réexaminé la question tout récemment, à l'occasion de la mise à jour des travaux de la commission Bélanger-Campeau.
M. Landry dit voir dans la rédaction d'une constitution un «élément de consolidation» de l'identité nationale québécoise, mais d'autres y verront à coup sûr une nouvelle astuce.
mdavid@ledevoir.com
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